Le Parlement européen réclame une enquête internationale sur l’assassinat de Nemtsov

Boris Nemtsov [Wikimedia]

Dans une résolution sévère adoptée le 12 mars, les eurodéputés ont condamné le meurtre de la figure d’opposition russe Boris Nemtsov, et le climat actuel en Russie.

Le meurtre de Boris Nemtsov doit faire l’objet d’une enquête internationale indépendante, ont réclamé les eurodéputés dans une résolution. La résolution souligne qu’il s’agit de « l’assassinat politique le plus marquant de l’histoire russe récente » et que la propagande du Kremlin transforme la Russie en «  un État marqué par la répression, les discours de haine et la peur ».

Les eurodéputés demandent le lancement d’une enquête internationale indépendante sur l’assassinat de Boris Nemtsov. L’homme politique rassemblait des preuves de l’implication de la Russie dans le conflit ukrainien, et devait diriger une manifestation contre l’ingérence russe, deux jours seulement après sa mort.

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Le Parlement a rendu hommage à Boris Nemtsov, décrit dans la résolution comme un « ardent défenseur d’une Fédération de Russie moderne, prospère, démocratique et ouverte sur le monde ».

Les eurodéputés ont condamné l’interdiction d’entrée sur le territoire russe qui a frappé certains parlementaires et diplomates européens souhaitant assister aux funérailles.

« La Russie emprunte une voie qui n’est pas celle d’une démocratie saine », avertit la résolution, qui exhorte le Kremlin à « cesser toute forme de pression, de répression ou d’intimidation, tant politique que judiciaire, à l’encontre des figures de l’opposition, des représentants de la société civile et des médias indépendants » et de libérer les prisonniers politiques, comme la parlementaire ukrainienne Nadia Savchenko et le policier estonien Eston Kohver.

Les eurodéputés ont également réprouvé la non-coopération de la Russie à l’enquête internationale sur l’accident du vol MH 17 de Malaysia Airlines, qui s’est écrasé en Ukraine en juillet 2014.

Le Parlement a exprimé son soutien aux forces démocratiques russes et exhorté le Conseil à unifier les États de l’UE autour d’un message unique fort sur le respect des droits de l’Homme et de la liberté d’expression et de réunion en Russie. L’UE et ses membres devraient également « tenir compte, dans l’élaboration de leur future politique à l’égard de la Russie, du fait que le climat politique instauré par les autorités russes est propice à de tels meurtres, violences et pressions ». Les eurodéputés estiment enfin que la Commission doit mettre en place un programme de soutien de la société civile russe, en Russie et dans les territoires occupés de Crimée, renforcé.

« L'assassinat de Boris Nemtsov est un 'message hybride' [illustrant le] système de Poutine au monde démocratique et libéral », estime Sandra Kalniete, vice-présidente du groupe PPE pour la politique de voisinage et Euronest, en référence au concept de guerre hybride : un mélange d'outils conventionnels ou non utilisés afin de mener un conflit.

L'eurodéputée espère voir une transition démocratique en Russie. « Il est important que l'Union européenne définisse une nouvelle politique vis-à-vis de la Russie, sur la base de cette nouvelle réalité. Bien sûr, nous devons faire preuve de 'patience stratégique'. Je pense que, tôt ou tard, toutes les dictatures se détruiront elles-mêmes », ajoute-t-elle.

« Pour l'instant, l'économie russe est en train de s'éroder. L'agonie du régime pourrait encore durer des années. Parfois, les choses empirent avant d'aller mieux », conclut Sandra Kalniete.

Hans van Baalen (VVD, Pays-Bas), porte-parole de l'ALDE sur la Russie et l'Ukraine, a déclaré que l'UE devrait continuer d'imposer ses sanctions à l'encontre de l'État russe, mais être solidaire de sa population :

« Boris Nemtsov était notre homme, son parti appartient au parti de l'ALDE. Il voulait faire de la Russie un endroit meilleur. Comme l'a dit Mikhail Kassianov hier, ici même à Strasbourg, nous ne devrions pas nous regarder dans le miroir et nous dire que nous avons fait des erreurs, comme l'élargissement de l'OTAN. L'OTAN a protégé tous les pays qui l'ont rejoint. Il revient à Vladimir Poutine de s'assurer que les assassins de Boris Nemtsov sont traduits en justice. Les sanctions à l'encontre du régime doivent être maintenues, mais nous devons tendre la main aux citoyens russes. »

Petras Auštrevi?ius (Mouvement libéral de la République de Lituanie), vice-président de l'ALDE, a déclaré que l'UE doit présenter un front uni et faire preuve de détermination dans ses relations avec le Kremlin.

« Cet événement est le résultat de l'atmosphère de haine contre l'Occident et d'hostilité à l'encontre des citoyens ouverts d'esprit en Russie. C'est une conséquence logique de la politique menée en Russie depuis 15 ans. Cela s'appelle le Poutinisme. Est-ce que ça va s'arrêter ? Ça dépend de nous, de tout le monde démocratique. Aujourd'hui, cela dépend tout d'abord de la manière dont nous réagissons à la guerre que Poutine a déclarée à l'Ukraine. J'espère vraiment que nous saurons présenter un front uni et fort face au régime de Poutine. » 

Parlement européen

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