Le Parlement ne reconnaîtra pas les élections au Venezuela, affirme Tajani

Manifestation contre le gouvernement Maduro à Barcelone, où vivent un grand nombre de citoyens vénézuéliens. [David Ortega Baglietto/Shutterstick]

Antonio Tajani, le président du Parlement européen, assure que l’institution ne reconnaîtra pas le résultat des élections au Venezuela et qualifie le vote de « triste jour pour la démocratie ».

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a annoncé sa victoire après des élections très critiquée à l’international et boycottée par l’opposition. Sa nouvelle Assemblée constituante devrait se réunir dans le courant de la semaine pour commencer la réécriture de la Constitution. Une dizaine de pays ont déjà annoncé qu’ils ne reconnaitraient pas l’Assemblée.

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a quant à lui affirmé dans un communiqué que l’institution « ne reconnaîtra pas cette élection » de la Constituante, en fustigeant la nature « antidémocratique » du gouvernement de Caracas.

« C’est un triste jour pour la démocratie au Venezuela, en Amérique latine et dans le monde », a regretté l’Italien, qui s’est entretenu au téléphone avec Leopoldo López, dirigeant de l’opposition. « Les traités internationaux et la Constitution du pays sont violés, à l’encontre, et c’est le plus important, de la volonté des citoyens. »

Antonio Tajani a dénoncé une « répression chaviste » ayant atteint des sommets impensables et l’interdiction pour la presse de se rendre dans les lieux de vote et de couvrir les élections. « Cela montre à nouveau à quel point le régime n’est pas démocratique », souligne-t-il.

« En tant que président du Parlement européen […] je soutiens pleinement les représentants du peuple vénézuélien : l’Assemblée nationale. Nous ne reconnaitrons pas cette élection », a-t-il conclu.

Désapprobation internationale

Des États-Unis à l’UE, de nombreux gouvernements dans le monde ont fermement condamné l’élection dans la violence d’une Assemblée constituante au Venezuela, certains annonçant qu’ils refuseraient de reconnaître les futures décisions de cette institution.

La Commission européenne a exprimé « de sérieux doutes quant à savoir si le résultat de l’élection [de la Constituante] peut être reconnu », a souligné une porte-parole de l’exécutif européen.

« Une Assemblée constituante, élue dans des circonstances douteuses et souvent violentes, ne saurait faire partie de la solution », a poursuivi Mina Andreeva lors d’un point presse à Bruxelles, en s’inquiétant du « sort de la démocratie » au Venezuela.

L’UE a également « condamné le recours à la force excessif et disproportionné par les forces de sécurité vénézuéliennes. « Il est de la responsabilité du gouvernement du Venezuela de garantir le respect de l’État de droit et des droits fondamentaux, comme la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement », a ajouté la porte-parole.

Une dizaine de pays ont annoncé leur refus de reconnaître l’Assemblée constituante, notamment l’Espagne, où vit une importante communauté d’exilés vénézuéliens.

La Constituante « ne représente pas la volonté de la majorité des Vénézuéliens » et « n’est pas la solution aux graves problèmes d’affrontements politiques et de crise humanitaire qui frappent le pays », a déclaré le ministère espagnol des Affaires étrangères dans un communiqué.

C’est pourquoi Madrid « ne pourra pas reconnaître ni accorder de validité aux actes juridiques émanant de cette Assemblée constituante ».

La France a exigé du gouvernement vénézuélien « qu’il garantisse ses engagements internationaux en matière de respect des libertés publiques ».

Paris « demande aux autorités vénézuéliennes de consentir, dans un esprit de réconciliation nationale, aux compromis nécessaires au dénouement de la crise, dont le prolongement ne peut qu’accroître le désarroi du peuple vénézuélien et déstabiliser toute la région », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Plusieurs pays sud-américains, du Mexique à l’Argentine en passant par le Panama, le Costa Rica, le Paraguay et la Colombie, ont également condamné les violences pendant l’élection. Le Pérou a invité les ministres des Affaires étrangères d’Amérique latine à une réunion sur le Venezuela le 8 août à Lima.

« Nous continuerons à prendre des mesures fortes et rapides contre les architectes de l’autoritarisme au Venezuela, y compris contre ceux qui font partie de l’Assemblée constituante en vertu de cette élection irrégulière », a affirmé dans un communiqué la porte-parole du Département d’État américain, Heather Nauert.

Le scrutin de dimanche, boycotté par l’opposition après des mois de violence, a été marqué par des heurts qui ont fait dix morts. La Constituante de 545 membres, qui doit diriger le pays pour une durée indéterminée, doit s’installer au siège du Parlement dominé depuis 2016 par l’opposition.

Désarroi des citoyens

« Que dieu nous vienne en aide ! », lance en traversant une habitante de Palos Grandes, un des hauts lieux de la contestation au président socialiste Nicolas Maduro. Dimanche, plus de huit millions de Vénézuéliens, selon le gouvernement, ont voté pour élire une toute puissante Assemblée constituante, faisant craindre une hausse des violences et une fuite en avant du pouvoir en place.

Depuis quatre mois, les violences dans les affrontements entre manifestants et policiers ont déjà fait plus de 120 morts.

Le résultat du scrutin, « personne n’y croit », assure Alfredo Quinones, un avocat de 57 qui devise avec ses amis au kiosque à journaux.

« C’est sans doute la plus grande fraude de l’histoire », souligne Ivan Hidalgo, un médecin de 60 ans tenant dans ses mains le quotidien proche de l’opposition El Nacional. Sur huit colonnes, il titre ‘Échec de la fraude constituante’ ».

Les antichavistes, du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013, refusent de reconnaître cette nouvelle institution chargée de réécrire la Constitution promulguée en 1999 par celui dont le président socialiste Nicolas Maduro se revendique l’héritier.

Le chef de l’État assure au contraire que ce « super pouvoir » sera la solution à la crise politique et économique du pays, où règne la pénurie et une inflation galopante.

« Ici, avant tout, on a faim », lance Gladis Villarroel, 85 ans, en commentant les résultats dans une des files d’attente qui sont de rigueur au Venezuela pour qui veut acheter de la nourriture. « Tout ça, c’est des mensonges ! »

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