Le partenariat transatlantique inquiète les Américains

Anti-TTIP protestors. Berlin, March 2014. [Uwe Hiksch/Flickr]

Même si les réticences et objections européennes sont les plus visibles, les Américains ont également quelques inquiétudes quant au futur partenariat transatlantique.

Les intervenants se suivent et entonnent le même refrain : « le message ne passe pas. Nous ne sommes pas entendus ». Ainsi a débuté le 27 mars dernier, la conférence transatlantique 2014 accueillie par la chambre de commerce américaine auprès de l’Union européenne (AMCHAM EU). 

Au programme des discussions, l’accord de libre-échange transatlantique, actuellement sur la table des négociations entre la Commission européenne et le gouvernement américain devenu au fil des mois de plus en plus impopulaire et source d’innombrables éditoriaux et de théories conspirationnistes.

Plus tôt ce mois-ci, le 4 mars dernier, le parti des Verts allemand a rendu publique une copie du document d’orientation de l’UE portant sur le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI), document qui était secret jusqu’alors. Il y était clairement écrit que la Commission menait les négociations avec les États-Unis en excluant le Parlement européen, ainsi que les membres du Conseil européen. Au lieu de quoi, 93 % des réunions regroupant les parties prenantes avaient lieu avec le secteur industriel et les groupes de pression.

Lors de la conférence, le chef du cabinet du commissaire au commerce, Karl de Gucht a insisté sur le fait que la Commission avait un « mandat démocratique » en vue de négocier et ratifier le PTCI.

Michael Punke, ambassadeur des États-Unis auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) répond aux critiques sans détour. Les partisans du partenariat transatlantique devraient cesser les querelles technocratiques, et devraient au contraire montrer que le PTCI apporte des solutions à la crise économique actuelle. Le partenariat, selon lui, apportera une nouvelle « architecture » économique pour les cinquante prochaines années, dont les peuples d’Europe et des États-Unis tireront profit, et non les seules élites du monde des affaires. Pour Micheal Punke,  le partenariat a un objectif de « régulation » et non de « dérégulation ». Une position opposée à celle de l’eurodéputé Sven Giegold, qui avait soutenu à EURACTIV Allemagne que le partenariat saperait les bases démocratiques en matière sociale et environnementale.

Micheal Punke, à grand renfort de mots à la mode, tels que « participation », « responsabilité » ou encore « transparence », assure également que les promoteurs du partenariat transatlantique font tout leur possible afin de garantir aux citoyens que l’accord prend en compte leurs inquiétudes. En réponse à l’opposition de certains Européens à l’accord de libre-échange – à leurs yeux l’expression de la volonté américaine de s’imposer en Europe – l’ambassadeur rétorque que le partenariat profitera autant à l’Europe qu’aux États-Unis.

L’ALENA dans les mémoires

L’économiste Joseph Quinlan est pour sa part moins convaincu. D’après lui, bien que le PTCI représente une opportunité économique comparable à celle qu’a pu être l’expansion économique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’accord serait comme un « patient décédé avant l’admission aux urgences ». L’opposition de l’opinion américaine face au partenariat est juste trop forte, explique-t-il. L’accord est difficile à vendre, car les Américains ne « comprennent rien au commerce ».

Bien que l’économiste n’en touche mot, il fait clairement allusion, ici, au Tea Party, à son conservatisme libertaire et à son approche radicalement protectionniste. Tout particulièrement, parmi ceux qui ont été touchés de près par les délocalisations massives vers le Canada et le Mexique suite à la ratification de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1994.

En effet, selon l’American Federation of Labour – Congress of Industrial Organisations (AFL-CIO – le principal regroupement syndical des travailleurs aux États-Unis), l’ALENA a provoqué la délocalisation de 415 000 emplois américains vers le Mexique, emplois allant du secteur électronique (150 000 emplois) à celui de l’industrie automobile (108 000). Étant donné l’ampleur de la destruction d’emplois directement imputable à l’ALENA, il est dès lors compréhensible que le futur partenariat transatlantique soit aussi peu attrayant outre-Atlantique qu’il peut l’être de ce côté-ci, ajoute-t-il.

Malgré les pronostics de l’économiste américain, son rapport sur l’économie transatlantique de 2014, qui a été présenté lors de la conférence de l’AMCHAM, ne montrait que des données positives relatives à l’économie entre l’Europe et les États-Unis. L’économie transatlantique génère à peu près 5 mille milliards d’euros de ventes chaque année et garantit environ 15 millions d’emplois de part et d’autre de l’Atlantique.

Si l’on se réfère au rapport de Joseph Quinlan, les États-Unis sont les principaux investisseurs étrangers en Europe et vice-versa, ce qui peut être vu comme roboratif. Ainsi, ces quatorze dernières années, l’Europe représente 56 % des investissements directs étrangers au niveau mondial réalisé par les États-Unis. Les investissements européens aux États-Unis sont également très élevés avec plus de 8 mille milliards d’euros investis durant la seule année 2012.

Avec de tels chiffres, les négociations continuent de s’intensifier, et ce, malgré les nombreuses réticences que suscite le partenariat transatlantique,.

Les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI) ont débuté en juillet.

Si un accord est conclu, il concernerait plus de 40 % du PIB mondial et représenterait les plus grandes parts commerciales et d'investissement direct étranger. Les relations commerciales entre les États-Unis et l'Union européenne sont déjà les plus importantes au monde. La direction générale au commerce de l'UE affirme que les échanges commerciaux transatlantiques augmenteraient jusqu'à 119 milliards d'euros si un accord global de libre-échange était ratifié.

Les détracteurs du PTCI affirment que la réduction des coûts prévue par la Commission européenne proviendrait « de la suppression de 25 % des coûts inhérents aux barrières non tarifaires », à savoir les normes environnementales, de santé et de protection sociale.

Le PTCI serait l'accord commercial bilatéral le plus important jamais négocié. Bruxelles et Washington ont pour ambition d'achever les négociations d'ici la fin de 2014. Mais les chances que ce soit le cas s'amoindrissent au fur et à mesure que les négociations avancent.

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