Le président albanais se rend au Kosovo sur fond d’escalade avec la Serbie

Albin Kurti (G), Premier ministre de la République du Kosovo, et Edi Rama, Premier ministre de l’Albanie, inspectent la garde d’honneur du Kosovo à Pristina, Kosovo, 27 septembre 2021. Le Premier ministre albanais, Edi Rama, effectue une visite officielle d’une journée au Kosovo. EPA-EFE/VALDRIN XHEMAJ [EPA-EFE/VALDRIN XHEMAJ]

Le Premier ministre albanais Edi Rama est arrivé au Kosovo lundi (27 septembre) pour rencontrer le Premier ministre kosovar Albin Kurti et les dirigeants des partis d’opposition, sur fond d’escalade des tensions avec la Serbie au sujet des plaques d’immatriculation.

Les partis politiques du Kosovo se sont rassemblés alors que les troupes serbes se rassemblent le long de la frontière, à la suite d’une attaque présumée contre deux bureaux du ministère de l’intérieur kosovar samedi (25 septembre).

Deux bâtiments appartenant au ministère de l’Intérieur ont été attaqués à la grenade et incendiés, selon la police.

Des grenades à main auraient été lancées contre le bureau de l’état civil de Zvecan, mais n’ont pas explosé. Pendant ce temps, à Zubin Potok, le bureau d’immatriculation des voitures a été incendié. Malgré les dégâts matériels, aucune victime n’a été signalée.

Ces incidents font suite à plusieurs jours de tensions après que le gouvernement du Kosovo, dirigé par le Premier ministre Albin Kurti, a annoncé que tous les véhicules serbes traversant la frontière devaient utiliser des plaques d’immatriculation temporaires du Kosovo.

Les conducteurs du Kosovo sont tenus d’afficher des plaques serbes temporaires depuis 2008, date à laquelle le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie. M. Kurti affirme qu’il s’agit d’une mesure de réciprocité, qu’il annulera si la Serbie fait de même.

Belgrade ne reconnaît pas la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo et considère que la décision de Pristina concernant les plaques d’immatriculation implique son statut d’État souverain.

À la suite de cette annonce, les Serbes du nord du Kosovo ont bloqué deux routes principales près de la frontière avec la Serbie. Ces blocages sont restés en place pendant plus de sept jours et ont été rejoints par des avions militaires serbes violant l’espace aérien du Kosovo, ainsi que par des chars.

« Après les provocations des unités (de police spéciale) […], le président serbe Aleksandar Vucic a donné l’ordre de renforcer l’alerte pour certaines unités de l’armée et de la police serbes », a déclaré le ministère de la Défense à Belgrade dans un communiqué.

Dans un rare signe d’unité, le Parti démocratique du Kosovo s’est engagé à soutenir le gouvernement de Kurti Vetevendosje. Le leader Memli Krasniqi, ainsi que le leader de l’Alliance pour l’avenir du Kosovo Ramush Haradinaj, ont condamné les actions de la Serbie.

Krasniqi a écrit sur Facebook que la préservation de l’État du Kosovo « est une responsabilité morale, pas seulement politique », ajoutant que le Kosovo ne cédera pas aux menaces d’intimidation.

« Les décisions légitimes des institutions du Kosovo sont des décisions souveraines de l’État du Kosovo, qui ne peuvent être bloquées », a-t-il déclaré.

L’ancien Premier ministre Haradinaj s’est exprimé pour soutenir les actions entreprises par la police du Kosovo le long de la frontière. Il a qualifié les actions de Belgrade de « provocations » et a demandé à l’UE d’intervenir.

Samedi soir, M. Kurti a convoqué le Conseil national de sécurité, et la présidente Vjosa Osmani a annoncé qu’elle écourterait son voyage aux États-Unis et rentrerait au Kosovo en raison de la situation actuelle.

Le diplomate en chef de l’Union européenne, Josep Borrell, a exhorté la Serbie et le Kosovo à réduire les tensions « en retirant immédiatement les unités de police spéciales et en démantelant les barrages routiers ».

Le président serbe déclare qu'il ne reconnaîtra pas l'indépendance du Kosovo

Le président serbe Aleksandar Vučić a déclaré samedi qu’il ne signerait aucune reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, quelles que soient les pressions exercées.

« Toute nouvelle provocation ou action unilatérale et non coordonnée est inacceptable », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a appelé les deux parties à « faire marche arrière et à entamer la désescalade » samedi (25 septembre). Il a demandé le retrait des unités spéciales de police et des barricades afin de favoriser la poursuite du dialogue.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré qu’il s’était entretenu par téléphone avec le président serbe et le Premier ministre kosovar Albin Kurti.

« Il est vital que Belgrade et Pristina fassent preuve de retenue et reprennent le dialogue », a-t-il déclaré sur Twitter.

Les troupes de l’OTAN sont déployées au Kosovo depuis le conflit serbo-kosovar de 1998-99.

L’Albanie a une grande influence au Kosovo, mais MM. Rama et Kurti entretiennent des relations quelque peu houleuses, principalement en raison du refus de ce dernier de se joindre à l’initiative « Open Balkans », lancée par les dirigeants albanais, serbes et macédoniens. Cette initiative vise à établir une zone économique commune dans les Balkans occidentaux, mais M. Kurti maintient qu’elle ne reconnaît pas la souveraineté du Kosovo et qu’elle compromettrait une éventuelle intégration à l’UE.

Le président serbe a déclaré que le processus de normalisation ne pourrait reprendre que si le Kosovo retirait les forces de police spéciales du nord du Kosovo, principalement habité par la minorité ethnique serbe, qui rejette l’autorité du gouvernement de Pristina.

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