Le régime d’asile de l’UE serait « extrêmement dysfonctionnel »

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António Guterres, le haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés, a déclaré à Bruxelles hier (20 avril) que le régime d'asile de l'Union européenne était dysfonctionnel et qu'il ne pensait pas que les réformes envisagées puissent permettre d'atteindre l'objectif défini pour décembre 2012.

M. Guterres, ancien premier ministre portugais, a choisi un évènement marquant l'anniversaire du printemps arabe pour faire part de sa déception quant au manque de cohérence de la politique de l'UE vis-à-vis de ses voisins du sud.

« Le réveil du monde arabe a été l'un des moments les plus frustrants de ma vie en tant que citoyen européen et portugais », a-t-il déclaré lors de cet évènement organisé par le European Policy Centre (EPC).

Il a pris l'exemple de la révolution des Œillets de 1976 pour illustrer le fait que la solidarité et l'enthousiasme de la communauté internationale avaient été cruciaux pour que la démocratie l'emporte dans son pays.  Selon lui, le principal message de l'Europe à l'occasion des évènements qui ont secoué l'Afrique du Nord en 2011 n'a pas été empreint de solidarité et d'enthousiasme, mais bien d'inquiétude quant à une possible invasion. 

Il a expliqué que dans le cas du printemps arabe, l'Europe avait transformé une opportunité en un problème. Il a donné l'exemple des 1,5 million de personnes, dont bon nombre de travailleurs africains, qui ont quitté la Libye lors de la chute du régime, mais qui ne se sont pas rendus en Europe. Une grande partie d'entre eux sont en effet repartis dans leur pays d'origine.

« L'Europe doit adopter une attitude rationnelle vis-à-vis de ces questions et l'Europe doit voir le réveil du monde arabe comme une opportunité fantastique pour la région et le monde, comme un évènement qui peut avoir un impact historique », a-t-il affirmé.

L'espace humanitaire rétrécit

Le haut commissaire de l'ONU a donné une vue d'ensemble des flux de réfugiés qui, selon lui, comptent 800 000 personnes supplémentaires aujourd'hui en raison du grand nombre de conflits dans le monde.

Il a expliqué que de nouveaux conflits avaient éclaté, notamment en Côte d'Ivoire, en Libye, en Syrie, au Yémen, dans la Corne de l'Afrique, entre le Sud-Soudan et la République du Soudan ou encore au Mali avec le soulèvement touareg, tandis que d'anciens conflits perduraient en Afghanistan, en Irak, en Somalie et en République démocratique du Congo. L'espace humanitaire se rétrécit, a-t-il ajouté.

Le responsable du HCR a semblé regretter l'époque où le monde était bipolaire, régi par deux super-puissances, les Etats-Unis et l'Union soviétique, qui « gardaient les choses sous contrôle », ou encore l'hégémonie américaine dans années 1990 et du début des années 2000, lorsque « les règles étaient claires ».

« Nous ne vivons plus dans un monde bipolaire ou unipolaire, mais nous ne vivons pas encore dans un monde multipolaire », a-t-il affirmé.

« Les Etats-Unis ont perdu beaucoup de leur influence. L'Europe en tant qu'entité politique n'agit pas, même si les pays européens sont actifs dans certaines de ces crises, et les nouvelles puissances émergentes ne peuvent pas encore jouer un rôle déterminant dans le modelage des relations internationales. »

Personne n'est responsable

« Apparemment, nous sommes dans une situation où personne n'est responsable et où l'imprévisible est légion », a-t-il déclaré.

Il a ensuite insisté pour que l'UE revoie sa copie sur l'immigration et l'asile et qu'elle tente de bâtir une nouvelle plateforme de coopération avec les pays d'origine, les pays de transit et les pays de destination sur la question des migrants.

Mais pour cela, l'UE devra d'abord s'atteler aux problèmes de son propre régime d'asile, a affirmé M. Guterres.

« Et là nous avons un problème fondamental. Le régime européen de l'asile est extrêmement dysfonctionnel […] Le régime européen de l'asile est unique en son genre », a-t-il ajouté, se montrant sceptique quant à la possibilité de réformer le système d'ici la fin de l'année comme le souhaitent les Etats membres.

Pour illustrer ses propos, il a donné l'exemple d'un Afghan qui a demandé la protection de plusieurs pays de l'UE. En fonction des pays, ses chances d'être accepté d'un point de vue statistique l'an dernier ont oscillé entre 8 et 91 %, a-t-il expliqué. Il a cependant précisé que ses critiques ne visaient pas la Commission européenne qui avait présenté de « bonnes propositions ».

Le haut commissaire de l'ONU a affirmé que la société européenne vieillissante avait cruellement besoin de l'immigration.

« L'Europe ne peut pas survivre sans l'immigration. L'immigration est un élément essentiel de la capacité de survie de l'Europe », a-t-il expliqué. « Nous n'avons pas le choix. L'Europe deviendra, inévitablement, une société multiethnique, multireligieuse et multiculturelle. Il est impossible de l'éviter […] Il est plus judicieux de gérer l'immigration que de prétendre pouvoir l'éviter. »

Le responsable du HCR a rejeté les affirmations de ceux qui prétendent que des millions de réfugiés de pays en développement pourraient envahir l'Europe. Il a expliqué que dans la plupart des cas, les personnes étaient déplacées dans des zones frontalières en attendant la fin d'un conflit. Il a en outre salué les pays qui ont laissé leurs frontières ouvertes malgré l'afflux massif de réfugiés. Il a affirmé que les habitants des pays en développement étaient généralement plus généreux que les Européens occidentaux. La générosité n'est manifestement « pas proportionnelle à la richesse », a-t-il déclaré.

M. Guterres, un social-démocrate, a également fustigé le « débat schizophrène » sur l'immigration en Europe, ainsi que les déclarations de plusieurs décideurs politiques qui ont affirmé que la politique d'intégration des immigrés avait échoué en Europe.

En octobre 2010, la chancelière allemande, Angela Merkel, avait en effet déclaré que les tentatives de son pays de créer une société multiculturelle avaient lamentablement échoué. Quelques mois plus tard, le premier ministre britannique, David Cameron, avait tenu des propos similaires.

 

Le 4 janvier 2011, un vendeur de fruits tunisien de 26 ans est mort des suites de ses blessures après s'être immolé pour protester contre la police qui confisquait régulièrement ses produits.

 

La révolution de Jasmin a déclenché une série de révolutions qui ont secoué le monde arabe. Les soulèvements populaires contre les régimes autoritaires ont suscité l'espoir d'un printemps arabe semblable aux vagues de liberté et d'opportunités qui avaient déferlé en Europe après la chute du mur de Berlin et du rideau de fer. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a qualifié ces évènements de « rendez-vous avec l'Histoire ».

 

Une « peur panique » des réfugiés en a toutefois découlé en Europe dans des pays comme la Grèce et l'Italie qui devaient déjà faire face à d'autres pressions.

 

Après les promesses du printemps arabe est arrivé l'automne qui a été synonyme de désenchantement pour l'Union. Les élections en Tunisie ont propulsé un parti islamiste au pouvoir. Les élections égyptiennes se sont tenues dans la violence. En Libye, l'OTAN a participé une guerre menée par la Grande-Bretagne et la France sous prétexte de mettre en place une zone d'exclusion aérienne. Le leader libyen, Mouammar Kadhafi, a été tué dans des circonstances plus que suspectes et les soulèvements en Syrie deviennent de plus en plus violents. 

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