Le renforcement du soutien aux partenaires orientaux dans la proposition de stratégie militaire de l’UE

Des militants pro-russes de la République populaire de Donetsk (RPD) autoproclamée participant à un exercice tactique non loin de la ville de Donetsk, en Ukraine, le 16 octobre 2020. [DAVE MUSTAINE/epa]

Dans un contexte de tensions avec la Russie au sujet de l’Ukraine, l’UE devrait consacrer un soutien plus fort, notamment en matière de sécurité et de défense, à ses partenaires de l’Est, selon la dernière version du prochain document de stratégie militaire de l’Union, vue par EURACTIV.

«  L’UE doit accroître sa présence, son efficacité et sa visibilité sur la scène mondiale par le biais d’efforts et d’investissements conjoints  », indique le projet de document, qui compte désormais environ 34 pages (contre 28 précédemment).

«  Nous devons agir en tant qu’acteur politique fort et cohérent pour défendre les valeurs et les principes qui sous-tendent nos démocraties, soutenir la paix et la sécurité internationales et assumer davantage de responsabilités pour la sécurité de l’Europe et de ses citoyens  », peut-on lire dans un nouveau passage.

L’ébauche du nouveau document stratégique de l’UE a été officiellement soumise aux ministres des Affaires étrangères de l’UE au début du mois de novembre, ce qui a permis aux États membres d’y apporter des modifications, tandis que son adoption formelle par les dirigeants de l’UE est attendue en mars, sous la présidence française du Conseil de l’UE.

Rédigée par le service diplomatique de l’UE (SEAE) et les agences de sécurité nationales, la première partie du nouveau plan militaire de l’UE est censée couvrir les risques et les tendances en matière de sécurité dans l’Union et dans le monde.

Une dimension sécuritaire pour les partenaires orientaux  ?

Cependant, ce nouveau plan a déjà fait l’objet de critiques selon lesquelles la menace de Moscou aurait dû être mieux spécifiée en incluant les menaces et l’occupation militaires, la militarisation de l’approvisionnement énergétique et les actions hybrides. Des amendements sont attendus.

Bien que ce qui précède n’ait pas été directement spécifié, la nouvelle version inclut désormais une référence au fait que «  la manipulation et l’interférence de l’information étrangère, ainsi que les instruments militaires conventionnels, font partie de la réalité lorsqu’on traite avec la Russie  ».

En réaction probable aux tensions actuelles avec la Russie au sujet de l’Ukraine et de l’architecture de sécurité de l’Europe, il est également précisé maintenant que le bloc «  reste attaché à une approche européenne unie, à long terme et stratégique, fondée sur les cinq principes guidant la politique de l’UE à l’égard de la Russie, comme convenu en mars 2016  ».

Il s’agit notamment de la mise en œuvre intégrale des accords de Minsk, du resserrement des liens avec les anciens voisins soviétiques de la Russie, du renforcement de la résilience de l’UE face aux menaces russes, de l’engagement sélectif avec la Russie sur certaines questions comme la lutte contre le terrorisme et du soutien aux relations entre les peuples.

«  L’UE est ouverte à un engagement sélectif avec la Russie dans les domaines d’intérêt de l’UE tout en repoussant les actes illégaux, provocateurs et perturbateurs de la Russie à l’encontre de l’UE, de ses États membres et des pays tiers  », indique le document modifié.

Au cours des derniers mois, certains États membres de l’UE ont fait valoir que, pour devenir un acteur géopolitique important, l’UE devait jouer un rôle en matière de sécurité non seulement en Afrique, mais surtout dans son voisinage oriental.

Boussole stratégique et Ukraine au programme des discussions entre les ministres européens de la Défense

En réunion avec les ministres européens de la Défense dans la ville balnéaire de Brest, le diplomate en chef de l’UE, Josep Borrell, a souligné que l’UE devait définir des mesures concrètes en réponse au renforcement militaire de la Russie à la frontière ukrainienne.

À l’exception de la Biélorussie, chaque pays du Partenariat oriental de l’UE connaît un conflit territorial sur son sol, orchestré par la Russie.

Le projet de proposition modifié comprend désormais un paragraphe entier sur les partenaires orientaux, indiquant que «  compte tenu de l’environnement sécuritaire de plus en plus difficile qui affecte la stabilité et la gouvernance de nos partenaires orientaux, nous renforcerons notre coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense  ».

Les défis auxquels ces pays sont confrontés, notamment l’ingérence hostile de la Russie et l’utilisation extensive de tactiques hybrides, compromettent leur stabilité et leurs processus démocratiques et ont des implications directes pour la sécurité de l’UE.

«  En tant que partenaires proches de l’UE, les dialogues spécifiques avec la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie seront renforcés dans des domaines tels que la lutte contre les menaces hybrides, la désinformation et la cybersécurité  », peut-on ainsi lire dans le document, qui ajoute que l’Union aidera ses partenaires orientaux à «  renforcer leur résilience par des mesures d’assistance  ».

Dans le cadre de la Facilité européenne de soutien à la paix (FEP), un instrument récemment adopté par l’UE et qui permet au bloc de fournir une aide militaire aux pays partenaires ainsi que de financer le déploiement de ses missions militaires à l’étranger, l’UE a déjà décidé en décembre de commencer à fournir une aide à la sécurité à l’Ukraine, à la Géorgie et à la Moldavie dès cette année.

Concernant la Russie, mais aussi la Chine, l’expansion de leurs arsenaux nucléaires et le développement de nouveaux systèmes d’armes, le document fait également référence à la prolifération des armes de destruction massive, un «  vide normatif ayant un impact direct sur la stabilité et la sécurité de l’UE  ».

Exercices indo-pacifiques

En ce qui concerne la Chine, la première version avait déjà qualifié le pays de «  partenaire, concurrent économique et rival systémique  », qui est «  de plus en plus impliqué et engagé dans les tensions régionales  » par sa « présence croissante en mer, dans l’espace et en ligne ».

La version modifiée comprend désormais une référence spécifique à la capacité militaire croissante de Pékin.

«  En outre, la Chine a considérablement développé ses moyens militaires et vise à disposer des forces armées les plus avancées technologiquement d’ici 2049, ce qui aura un impact sur la sécurité régionale et mondiale », indique le nouveau document.

Toutefois, cette section n’aborde pas le type de tactiques de coercition économique auxquelles la Lituanie a été confrontée dernièrement en raison de son soutien à Taïwan, ce qui, selon certains diplomates européens, devrait être inclus dans la version finale.

La première version soulignait notamment que l’UE devait étendre ses présences maritimes dans les zones d’intérêt, en commençant par l’Indo-Pacifique, ce qui impliquerait des escales et des patrouilles plus fréquentes de l’UE et des exercices maritimes réels avec les partenaires régionaux que sont le Japon, la Corée du Sud, l’Inde, l’Indonésie et le Vietnam.

La nouvelle version prévoit spécifiquement de mener des «  exercices maritimes réels avec les partenaires de la région indo-pacifique, en plus des escales et des patrouilles plus fréquentes de l’UE  » d’ici 2023.

L’OTAN «  essentielle  » à la sécurité européenne

L’autonomie stratégique, c’est-à-dire l’objectif de l’UE d’agir de manière plus indépendante dans sa politique étrangère et de sécurité, n’apparaît en revanche qu’une seule fois dans le document de 34 pages.

«  Le partenariat stratégique de l’UE avec l’OTAN est essentiel pour notre sécurité euro-atlantique  », indique une nouvelle formulation du partenariat avec l’alliance militaire. «  L’UE reste pleinement déterminée à renforcer encore ce partenariat clé, notamment pour favoriser le lien transatlantique  », selon le document.

L’année dernière, les États-Unis, la Norvège et le Canada avaient adhéré au projet de l’UE sur la mobilité militaire, considéré comme la «  solution miracle  » pour la coopération UE-OTAN en matière de défense et conçu pour garantir un déplacement sans heurts des équipements militaires dans l’UE en cas de crise.

Le texte de proposition modifié souligne désormais spécifiquement la nécessité de «  mouvements rapides et sans rupture de personnel et d’équipements pour des missions, des opérations et des exercices réels, en renforçant la mobilité militaire au sein et au-delà de l’Union, en coopération avec l’OTAN et d’autres partenaires  ».

Il s’agirait notamment d’améliorer l’infrastructure de transport à double usage, les procédures transfrontalières, la numérisation des forces armées et le développement de capacités pour les «  environnements non permissifs  ».

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