Le « roi du chocolat » pourrait remporter les élections ukrainiennes

Petro Porochenko. Davos, janvier 2014. [World Economic Forum/Flickr]

Les Ukrainiens se rendent aux urnes le dimanche 25 mai pour élire leur nouveau président. Les relations avec la Russie sont tendues alors que les milices prorusses tentent de faire capoter les élections dans l’Est du pays.

De l’aveu des médias russes, le « roi du chocolat », Petro Porochenko, pourrait remporter les élections au premier tour.

Selon un sondage de l’Institut international de sociologie de Kiev mené entre le 29 avril et le 11 mai, l’ancien ministre des Affaires étrangères serait accrédité de 34 % des voix, contre 6 % pour l’ancienne première ministre, Ioulia Timochenko, et 4 % pour Serhiï Tihipko, député proche de l’ancien président Viktor Ianoukovitch. Un quart des personnes interrogées ont déclaré qu’elles n’avaient pas encore faire leur choix.

Parmi les électeurs qui savent pour qui ils vont voter, Petro Porochenko a reçu le soutien de 54,7 % contre respectivement 9,6 % et 6,7 % pour Ioulia Timochenko et Serhiï Tihipko. Au total, 18 candidats se sont inscrits sur les listes.

L’ancien boxeur Vitali Klitschko, dirigeant du parti Oudar, a pour sa part préféré se présenter au poste de maire de Kiev, ce qui augmente les chances de Petro Porochenko. Ioulia Timochenko a refusé de se retirer de la course présidentielle même si cette décision pourrait assurer l’élection au premier tour de Petro Porochenko.

L’homme d’affaires de 48 ans est souvent considéré comme l’une des personnalités les plus influentes sur la scène politique ukrainienne. Diplômé en économie à l’université de Kiev en 1989, il a lancé sa propre entreprise active dans la vente de fèves de cacao. Dans les années 1990, il a pris le contrôle de différentes entreprises en les rassemblant sous la houlette du groupe Roshen, la plus grande confiserie d’Ukraine.

Petro Porochenko s’était rendu en mars à Bruxelles et avait soutenu publiquement que l’Ukraine souhaitait s’aligner sur les normes européennes alors que le mandat de Viktor Ianoukovitch semblait incontesté et qu’Ioulia Timochenko était sous les verrous.

La Russie a pris pour cible les entreprises de Petro Porochenko présentes sur le sol russe. Au même moment, Moscou faisait pression pour contrecarrer le rapprochement de Kiev avec l’Occident.

>> Lire : La Russie entre dans une guerre du chocolat avec l’Ukraine

Malgré des relations difficiles avec Moscou, les experts considèrent toutefois que Petro Porochenko est un leader pragmatique capable de normaliser les relations avec la Russie.

La Russie fait croire en sa bonne volonté

Reste à savoir dans quelle mesure les Ukrainiens de l’Est du pays seront en mesure de voter et si la Russie reconnaîtra la légitimité des élections…

Dans un geste pour s’attirer apparemment les faveurs de l’Occident, le président russe, Vladimir Poutine, a ordonné aux forces militaires de revenir dans leurs bases permanentes à la suite de manœuvres dans trois régions à la frontière de l’Ukraine, a déclaré le Kremlin le 19 mai. Un officier de l’OTAN a cependant déclaré que l’alliance occidentale n’avait constaté aucun signe de retrait des troupes russes. Vladimir Poutine avait prononcé un discours semblable le 7 mai, qui a eu peu de répercussions sur le terrain.

Dans un autre signe de conciliation, Vladimir Poutine a salué les premiers contacts établis entre le gouvernement ukrainien et les « partisans de la fédéralisation » qui souhaitent plus de pouvoir pour les régions en grande partie russophones dans l’est de l’Ukraine. La Russie souhaite que Kiev s’adresse directement aux séparatistes.

Pour ou contre une Ukraine fédérale ?

Après l’élection d’un nouveau président, l’Ukraine devra préparer une réforme constitutionnelle qui réduirait les pouvoirs du chef d’État et accorderait plus d’autonomie aux régions. La dernière visite de l’actuel premier ministre, Arseni Iatseniouk, révèle toutefois que Kiev s’oppose à une « fédéralisation », une proposition présentée par la Russie et les séparatistes. Le premier ministre craint qu’un État fédéral n’accorde trop d’autonomie aux régions et n’affaiblisse l’emprise du gouvernement central.

Selon une étude récente de l’Institut démocratique national pour les affaires internationales, fondé par le gouvernement américain, les conditions pour organiser une élection démocratique sont favorables dans la majeure partie de l’Ukraine, sauf dans les régions de Donetsk et de Louhansk. La semaine dernière, des référendums d’autodétermination ont eu lieu dans ces régions, mais l’Occident ne les a pas reconnues. Les élections ne se dérouleront pas en Crimée, qui a été annexée illégalement par la Russie en mars dernier.

Le droit électoral ukrainien n’impose pas un taux de participation minimum aux élections. Les résultats proviennent de tous les bureaux de vote qui sont considérés comme valables. Les protocoles des circonscriptions électorales qui ne sont pas considérées comme légitimes ne sont pas pris en compte. La non-participation des électeurs de la Crimée et d’autres régions ne soulèverait pas en soi la question de la légitimité du processus, écrit l’institut américain.

Par contre, ce sont les autorités ukrainiennes elles-mêmes qui pourraient mettre à mal les élections.

Le président ukrainien intérimaire, Olexandre Tourtchinov, a demandé au ministère de la Justice d’évaluer les preuves des activités illégales commises par le parti communiste ukrainien et d’envisager de l’interdire.

Selon le site Internet du président, les services de sécurité du pays ont rassemblé des preuves sur le rôle du parti dans les mouvements séparatistes dans l’Est. Ils ont également déclaré que différents partis membres ont agi « au détriment » des intérêts de l’Ukraine.

Les observateurs ukrainiens se demandent cependant si c’est le moment adéquat pour soulever cette question.

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant Orient et Occident depuis la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses ont affirmé qu'ils ont remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. L'Occident estime pour sa part que ce référendum est illégal et illégitime.

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