Le Royaume-Uni menace de suspendre le protocole sur l’Irlande du Nord

« Je veux qu’une solution soit négociée, mais si nous devons utiliser des dispositions légales, notamment l’article 16, je suis prête à le faire », a expliqué la ministre du Brexit, Liz Truss. [EPA-EFE/WILL OLIVER]

La ministre du Brexit, Liz Truss, a de nouveau engagé le gouvernement britannique dans un bras de fer avec Bruxelles, avertissant dimanche (9 janvier) qu’elle était prête à suspendre le protocole sur l’Irlande du Nord, et potentiellement à faire échouer l’accord commercial du Royaume-Uni avec l’UE.

« Je veux qu’une solution soit négociée, mais si nous devons utiliser des dispositions légales, notamment l’article 16, je suis prête à le faire », a expliqué Mme Truss dans le quotidien britannique Daily Telegraph.

« Cette clause de sauvegarde a été explicitement conçue — et elle a été acceptée par toutes les parties — pour atténuer les problèmes sérieux dus à la sensibilité des questions en jeu », a-t-elle ajouté.

L’UE a prévenu que le recours à l’article 16 pourrait entraîner la suspension de l’accord de commerce et de coopération avec le Royaume-Uni, qui régit les relations entre les deux parties depuis le Brexit.

Mme Truss a pris la responsabilité des relations post-Brexit avec l’UE après la démission de l’ancien ministre du Brexit, David Frost, le mois dernier. M. Frost avait démissionné en déclarant qu’il ne pouvait pas cautionner les restrictions liées à la pandémie prises par le gouvernement de Boris Johnson ainsi que ses projets d’augmentation des taxes.

« Je ne signerai rien qui empêche les habitants d’Irlande du Nord de bénéficier des mêmes décisions que le reste du Royaume-Uni en matière de fiscalité et de dépenses, ou qui soumet encore les marchandises circulant dans notre propre pays à des contrôles », Mme Truss a fait savoir.

Les discussions entre les fonctionnaires de l’UE et du Royaume-Uni sur le protocole reprendront cette semaine, et Mme Truss rencontrera pour la première fois le vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič.

Les remarques de Mme Truss ont été relayées par le chef de la diplomatie de l’UE à Londres.

« Nous avons déjà entendu cela de la part du gouvernement, donc nous ne sommes ni surpris ni impressionnés », a confié l’ambassadeur de l’UE au Royaume-Uni, João Vale de Almeida, à Sky News.

« Ce sur quoi nous nous concentrons, c’est d’essayer de trouver une solution aux problèmes que nous rencontrons dans la mise en œuvre du protocole », a-t-il ajouté.

2021, la première année du Royaume-Uni hors du marché unique de l’UE, a été marquée par une série de querelles avec la Commission européenne, concernant notamment la pêche, le statut de la mission diplomatique de l’UE à Londres et le protocole sur l’Irlande du Nord, qui a constitué un sujet de discorde majeur tout au long du processus de sortie de l’UE.

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Depuis six mois, les fonctionnaires négocient un compromis sur la mise en œuvre du protocole relatif à l’Irlande du Nord, après que le Royaume-Uni s’était plaint que les entreprises étaient confrontées à de nouvelles exigences administratives coûteuses et à des problèmes dans la chaîne d’approvisionnement et que le protocole risquait de compromettre la stabilité politique en Irlande du Nord.

Le protocole avait introduit des contrôles douaniers sur les marchandises voyageant du Royaume-Uni vers l’Irlande du Nord afin de ne pas mettre en place une frontière douanière dure sur l’île d’Irlande.

La Commission européenne avait toutefois pris des mesures visant à garantir que les médicaments continueront à être disponibles en Irlande du Nord en même temps que dans le reste du Royaume-Uni et que les médicaments entrant en Irlande du Nord depuis le Royaume-Uni ne nécessiteront pas d’étiquetage supplémentaire.

Néanmoins, peu de progrès ont été réalisés sur d’autres points de désaccord, tels que les contrôles douaniers sur une série de marchandises et le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne dans le règlement des différends.

Les deux parties considèrent les élections de l’Assemblée d’Irlande du Nord en mai comme une date clé. Ces élections pourraient voir le parti républicain irlandais Sinn Fein devenir pour la première fois le plus grand parti du gouvernement décentralisé.

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