Le Tadjikistan fait appel à des réservistes pour renforcer sa frontière avec l’Afghanistan

Lundi (5 juillet), le président du Tadjikistan a ordonné la mobilisation de 20 000 réservistes militaires pour renforcer la frontière avec l’Afghanistan, après que 1 000 membres du personnel de sécurité afghan ont franchi la frontière en réaction à l’avancée des talibans. EPA-EFE/JALIL REZAYEE [EPA-EFE/JALIL REZAYEE]

Lundi (5 juillet), le président du Tadjikistan a ordonné la mobilisation de 20 000 réservistes militaires pour renforcer la frontière avec l’Afghanistan, après que 1 000 membres du personnel de sécurité afghan ont franchi la frontière en réaction à l’avancée des talibans.

Les traversées de dimanche (4 juillet) ont mis en évidence la détérioration rapide de la situation en Afghanistan, où les troupes étrangères s’apprêtent à se retirer complètement après vingt ans de guerre et où les négociations de paix sont au point mort.

Le président tadjik Emomali Rakhmon a multiplié les appels internationaux pour discuter de la situation avec ses alliés dans la région, notamment son homologue russe Vladimir Poutine, dont le pays a une importante présence militaire au Tadjikistan.

M. Poutine a assuré à M. Rakhmon que Moscou aiderait l’ancienne république soviétique à stabiliser sa frontière avec l’Afghanistan si nécessaire, à la fois directement et par le biais d’un bloc de sécurité régional, a indiqué le Kremlin dans un communiqué.

La Russie exploite sa plus grande base militaire à l’étranger dans ce pays appauvri d’Asie centrale, où elle stationne des chars, des hélicoptères et des avions d’attaque au sol.

Le Tadjikistan envisage de créer des camps pour les réfugiés potentiels d’Afghanistan, ont déclaré des sources gouvernementales à Reuters lundi (5 juillet).

Des centaines de membres des forces de sécurité afghanes ont fui les avancées rapides des talibans islamistes dans le nord du pays. Mais, les traversées de dimanche (4 juillet) sont les plus importantes qui aient été confirmées, deux jours seulement après que les États-Unis ont officiellement quitté leur principale base aérienne de Bagram en Afghanistan dans le cadre d’un plan de retrait de toutes les troupes étrangères d’ici le 11 septembre.

Les talibans ont pris le contrôle de six districts clés de la province septentrionale de Badakhshan, qui borde le Tadjikistan et la Chine, à la suite de quoi 1 037 militaires afghans ont franchi la frontière avec l’autorisation du Tadjikistan, selon le service des gardes-frontières de ce pays.

Dimanche (4 juillet), le président afghan Ashraf Ghani s’est entretenu par téléphone avec M. Rakhmon pour discuter de la situation.

« Une attention particulière a été accordée à l’escalade des tensions dans les zones du nord de l’Afghanistan adjacentes au Tadjikistan », a déclaré le bureau du président tadjik dans un communiqué.

Il a ajouté que M. Rakhmon s’est dit préoccupé par les « passages forcés » effectués par des membres des forces de sécurité afghanes.

Emomali Rakhmon a également appelé ses homologues d’Asie centrale, Shavkat Mirziyoyev (Ouzbékistan) et Kassym-Jomart Tokayev (Kazakhstan), et a tenu une réunion du conseil de sécurité, a indiqué son bureau.

Nulle part où aller

Un haut responsable afghan a confirmé qu’il y avait eu des centaines de traversées vers le Tadjikistan, mais ne connaissait pas le nombre exact.

« Les talibans ont coupé toutes les routes et ces personnes n’avaient d’autre choix que de traverser la frontière », a-t-il déclaré à Reuters.

La semaine dernière, les forces américaines ont évacué Bagram, mettant ainsi un terme à la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis, dans le cadre d’un accord avec les talibans, contre lesquels elles se battent depuis qu’elles les ont chassés du pouvoir après les attentats du 11 septembre 2001.

Les talibans ont cessé leurs attaques contre les forces occidentales, mais continuent de cibler le gouvernement afghan et les installations de sécurité alors qu’ils avancent à grands pas dans le pays.

Les pourparlers de paix entre les deux parties ne sont toujours pas concluants.

Zabihullah Atiq, un parlementaire de Badakhshan, a indiqué à Reuters que les talibans avaient pris d’assaut 26 des 28 districts de la province frontalière.

Les membres des forces de sécurité afghanes ont emprunté diverses routes pour fuir, a-t-il fait savoir. Mais, les talibans ont capturé des dizaines de personnes dans le district d’Ishkashem, où les forces frontalières tadjikes avaient bloqué tout passage, a-t-il ajouté.

Les autorités tadjikes ont déclaré avoir laissé entrer 152 personnes en provenance d’Ishkashem, mais n’ont pas précisé si quelqu’un s’était vu refuser l’entrée.

Le conseiller national afghan pour la sécurité, Hamdullah Mohib, présent à Moscou lundi (5 juillet), a soutenu que les forces gouvernementales n’avaient pas anticipé l’offensive des talibans, mais qu’elles allaient contre-attaquer.

Moscou a déclaré que le consulat russe dans la ville de Mazar-i-Sharif, dans le nord de l’Afghanistan, suspendait ses activités pour des raisons de sécurité, selon l’agence de presse TASS.

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