Turquie : Josep Borrell propose de manier « la carotte et le bâton »

Lundi (22 mars), les ministres européens des Affaires étrangères ont amorcé des pourparlers préliminaires sur certains points du rapport, y compris l’état de la situation politique, économique et commerciale entre l’UE et la Turquie, avant que les leaders du bloc ne s’entretiennent sur l’avancée des relations turco-européennes jeudi (25 mars). EPA-EFE/ARIS OIKONOMOU / POOL [EPA-EFE/ARIS OIKONOMOU]

Dialoguer ou se distancer  ? La Turquie devra choisir, a indiqué le chef de la diplomatie européenne dans son rapport sur la Turquie, qui devrait faire l’objet de discussions plus tard dans la semaine lors du sommet européen.

Lundi (22 mars), les ministres européens des Affaires étrangères ont amorcé des pourparlers préliminaires sur certains points du rapport, y compris l’état de la situation politique, économique et commerciale entre l’UE et la Turquie, avant que les leaders du bloc ne s’entretiennent sur l’avancée des relations turco-européennes jeudi (25 mars).

« Depuis décembre dernier, la Turquie affiche une attitude plus calme et se veut plus constructive sur de nombreux sujets, notamment ses relations bilatérales avec plusieurs États membres. Ces progrès sont positifs et bienvenus », indique le document.

Toutefois, « les procédures visant à apaiser la situation demeurent fragiles », peut-on lire. D’après Josep Borrell, « il faudra plus de temps pour juger si [ces démarches] sont durables et efficaces, notamment au vu de la montée des tensions à l’échelle nationale ».

Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan s’est retiré de la Convention d’Istanbul samedi (20 mars), un traité qui contraint ses signataires à empêcher, sanctionner et éradiquer les violences domestiques et qui met en avant l’égalité.

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Le gouvernement actuel, qui gère les affaires courantes, a démissionné en août après l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth (plus de 200 morts, des milliers de blessés).

Il semblerait que cette décision ait une nouvelle fois suscité les courroux de l’UE et des États-Unis. Quelques jours auparavant, les chefs du navire européen avaient déjà formulé des critiques à l’égard d’Ankara sur fond de non-respect des droits tandis qu’un procureur avait saisi la plus haute cour pour interdire le parti prokurde HDP.

Parallèlement, la semaine dernière les diplomates turcs et grecs ne sont pas parvenus à nouer un accord lors du dernier cycle des négociations visant à apaiser les tensions dans la Méditerranée orientale sur fond de forages gaziers.

Lors d’un sommet en décembre, les leaders européens avaient reporté à nouveau la décision d’imposer des sanctions à la Turquie pour ses activités « interdites » dans la Méditerranée orientale.

Le rapport de Josep Borell propose derechef une politique « de la carotte ou du bâton » face à Ankara, en présentant « un nombre de domaines où la coopération semble possible afin d’envisager des mesures proportionnées et réversibles ».  

Ces incitations principalement financières engloberaient « une modernisation et une extension de la portée de l’union douanière actuelle UE – Turquie », soutiendraient les réformes économiques et renforceraient la confiance de la population par le biais des programmes européens Erasmus + et Horizon Europe.

« La Commission européenne est prête à conseiller la Turquie sur les critères de référence figurant dans la feuille de route pour la libéralisation du régime des visas », rédige le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (HR/VP).

Le rapport indique également que la migration devrait faire partie d’un programme plus ambitieux avec la Turquie, faisant référence à la mise en pratique de l’accord de 2016 entre l’UE et la Turquie sur la migration.

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« Les ministres vont poursuivre leurs consultations sur l’Afghanistan et pour l’instant, toutes les options restent ouvertes », a déclaré lundi le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, lors de la présentation de la réunion.

Carotte ou bâton ?

Toutefois, le dossier énonce des sanctions si Ankara « ne progresse pas de façon constructive dans l’élaboration d’un véritable partenariat avec l’UE, et qu’elle lance des actions unilatérales ou nourrisse des actes de provocation ». 

Les sanctions impliqueraient des « restrictions évolutives, mais réversibles, venant compléter celles déjà en place », et elles pourraient s’étendre afin d’inclure des entités juridiques ou « des mesures ciblant d’autres secteurs cruciaux pour l’économie turque, notamment l’interdiction d’approvisionner la filière touristique ou la publication d’avertissements de voyage par les États membres ».

De telles mesures sectorielles devraient être approuvées par tous les États membres.

Par ailleurs, outre leur caractère évolutif, elles seraient également réversibles afin de « s’adapter à la situation et au niveau de menace de la meilleure façon qui soit, dans le but d’éviter une dynamique négative et de retourner sur la voie de la coopération », conclut le rapport.

Athènes s’est félicitée du document du HR/VP, soulevant toutefois qu’il ne faisait pas mention du casus belli turc.

La mer Égée est en effet le théâtre d’un contentieux gréco-turc depuis des décennies. Il y a 25 ans, le parlement turc avait déclaré que toute extension des eaux territoriales du côté grec serait considérée comme un acte de guerre.

Les diplomates européens remettent en cause la possibilité d’une percée dans les négociations prochainement.

« La Turquie a certes changé d’attitude, mais il y a encore un long chemin à parcourir », a fait savoir un représentant européen jeudi dernier (18 mars), ajoutant qu’il resterait une série de questions en suspens.

Vendredi (19 mars), le président turc Recep Tayyip Erdoğan a tenu une visioconférence avec le président du Conseil européen Charles Michel et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

« Ils se sont également entretenus sur la possibilité d’organiser une visite en Turquie à la suite du sommet de mars », peut-on lire dans une brève de l’UE.

Approche conjointe

Les conclusions tirées lors du sommet de décembre laissaient entendre que l’Europe devrait attendre la nouvelle administration américaine pour s’aligner sur approche.

Selon des sources proches du dossier, la Maison-Blanche aurait invité Bruxelles à faire profil bas avec Ankara avant d’éviter tout risque de rapprochement entre la Turquie et la Russie.

« Sachant que Joe Biden ne prévoit pas d’avoir d’aussi bonnes relations que Donald Trump avec l’Arabie saoudite, il n’y en aura personne pour contrebalancer la Turquie. Donc, la Turquie doit se rapprocher de l’Occident », a fait remarquer une autre source européenne.

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