L’énergie au centre des discussions lors d’une rencontre entre ministres de l’UE au sujet de l’Ukraine

L’UE dépend de la Russie pour 40 % de son gaz, et l’Allemagne est l’une des grandes économies de l’UE qui en est le plus dépendante. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Alors que les ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense se réunissent à Bruxelles ce lundi 21 mars, la question est de savoir jusqu’où le bloc est prêt à aller si la guerre en Ukraine devait s’intensifier.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE discuteront très probablement d’un cinquième volet de sanctions à l’encontre de la Russie avant l’arrivée du président américain Joe Biden à Bruxelles, ce jeudi, dans le cadre de sommets avec l’OTAN, l’UE et le Groupe des sept (G7), y compris le Japon.

Jusqu’à présent, l’UE et ses alliés occidentaux ont pris des sanctions importantes à l’encontre de la Russie et de la Biélorussie, notamment en retirant plusieurs banques russes du système SWIFT, de la finance et du commerce, et de 685 citoyens russes et biélorusses.

Sur le plan économique, le choix le plus difficile sera cette semaine de savoir s’il faut cibler le pétrole russe, comme l’ont fait les États-Unis et le Royaume-Uni. L’UE ne l’a pas encore fait, étant donné sa dépendance énergétique vis-à-vis du gaz russe.

Plus tôt, la Commission européenne s’était engagée à réduire de deux tiers les achats de gaz russe de l’UE cette année, en diversifiant les fournisseurs et en augmentant la production d’hydrogène renouvelable.

Selon certains diplomates de l’UE, la semaine dernière, il n’y avait « pas beaucoup d’appétit » pour agir rapidement avec un cinquième volet de sanctions qui pourrait inclure des options énergétiques douloureuses.

Les pays d’Europe de l’Est, en particulier la Pologne et la Lituanie, se sont dits prêts à frapper le pétrole, le gaz et le charbon russes et ont averti à plusieurs reprises que la « lassitude vis-à-vis des sanctions » pourrait inciter M. Poutine à aller encore plus loin.

La Pologne propose d’ajouter dès que possible un blocus commercial à ce volet de sanctions,
« [y compris] ses deux ports maritimes (…) mais aussi une interdiction du commerce terrestre », a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki.

L’UE dépend de la Russie pour 40 % de son gaz, et l’Allemagne est l’une des grandes économies de l’UE qui en est le plus dépendante.

L’Allemagne, premier acheteur de pétrole brut russe de l’UE, est à la tête du camp des États membres réticents, mettant en garde contre une action trop rapide en raison des prix déjà élevés de l’énergie en Europe.

La Bulgarie, qui dépend presque entièrement de l’approvisionnement en gaz de la société russe Gazprom, a déclaré qu’elle pourrait demander l’option de se retirer.

Les Européens du Sud, quant à eux, réfléchissent à une réforme du marché de l’énergie.

La France, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, a déclaré que si la situation s’aggravait en Ukraine, il ne devrait y avoir aucun « tabou » en termes de sanctions.

Les diplomates européens ont également indiqué, avant la réunion de lundi, qu’une attaque russe aux armes chimiques en Ukraine ou un bombardement intensif de la capitale Kiev pourraient déclencher un embargo énergétique.

Au cours du week-end, les forces russes ont élargi leurs bombardements sur la ville ukrainienne assiégée de Marioupol.

Les ministres de la Défense de l’UE seront informés de la situation par leur homologue ukrainien, Oleksii Reznikov, via une liaison vidéo, dans le courant de la journée de lundi.

Toutefois, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ne devraient pas encore approuver une nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros pour la Facilité européenne pour la paix (FEP) en faveur de l’Ukraine, bien que l’idée en ait été lancée au sommet de Versailles au début du mois.

L’une des raisons est que l’Allemagne exige l’approbation du Parlement pour les grandes décisions en matière de défense, a déclaré un diplomate européen aux journalistes.

La Boussole stratégique

Lors d’une session conjointe, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense devraient donner leur feu vert à la future stratégie militaire de l’UE, la Boussole stratégique, qui sera soumise à l’approbation finale des dirigeants européens d’ici la fin de la semaine.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a entraîné une réécriture importante du document, la menace sécuritaire de l’agression de Moscou devenant le fil conducteur des dernières versions du document.

Au cours de la semaine écoulée, le document a fait l’objet de quelques modifications de dernière minute mais néanmoins significatives, principalement liées à la communication politique et aux investissements.

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Les dirigeants européens ont souligné, lors de la réunion informelle du Conseil européen à Paris, la nécessité de rendre l’économie européenne plus résiliente et moins dépendante des importations russes.

 

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