Les dirigeants bosniaques s’engagent en faveur de l’Europe, de la démocratie et de la stabilité

La Bosnie-Herzégovine, candidat potentiel à l’adhésion à l’Union européenne, est en proie à l’instabilité et aux défis politiques. Le leader de l’entité serbe, Milorad Dodik, menace de rompre l’union tripartite et les Croates déplorent leur manque de représentation au Parlement par rapport aux Bosniaques. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET / POOL]

Les dirigeants des partis politiques de Bosnie-Herzégovine et les membres de la présidence du Conseil de l’UE se sont réunis à Bruxelles dimanche (12 juin) en vue d’adopter un accord par lequel ils s’engagent à maintenir la paix, la stabilité et l’indépendance de l’État et à adhérer aux valeurs de l’UE.

La Bosnie-Herzégovine, candidat potentiel à l’adhésion à l’Union européenne, est en proie à l’instabilité et aux défis politiques. Le leader de l’entité serbe, Milorad Dodik, menace de rompre l’union tripartite et les Croates déplorent leur manque de représentation au Parlement par rapport aux Bosniaques.

Réunis en présence du président du Conseil européen Charles Michel et du chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell, les participants ont convenu qu’« il est essentiel de renforcer la confiance, le dialogue, la recherche de compromis et d’œuvrer pour la paix et le respect mutuel entre tous les peuples et citoyens de Bosnie-Herzégovine », en particulier dans le contexte de la guerre russe en Ukraine.

Au terme de la réunion, M. Michel a tweeté sur la « feuille de route crédible et solide pour les réformes en Bosnie-Herzégovine vers notre avenir européen commun ».

Les signataires de l’accord se sont engagés à préserver et à construire un État européen fonctionnel entre les peuples constitutifs croate, bosniaque et serbe, ainsi qu’entre les deux entités et le district de Brčko.

La Bosnie-Herzégovine est divisée en deux entités, la Fédération de Bosnie-Herzégovine, représentée par les Croates et les Bosniaques (musulmans) et la Republika Srpska (République serbe de Bosnie), composée de Serbes. La présidence alterne entre les trois entités et est principalement responsable de la politique étrangère et du budget.

Le Haut représentant, une personne étrangère, est quant à lui la plus haute autorité politique du pays, conformément au traité de paix des accords de Dayton, signé après la fin de la guerre en 1995.

Bosnie-Herzégovine : l'absence de réforme électorale avant un scrutin clé divise la Croatie et la Commission européenne

La Croatie a qualifié d’« illégitimes » les prochaines élections en Bosnie-Herzégovine, exprimant son mécontentement suite à l’absence d’une réforme électorale en Bosnie voisine. La Commission a elle répété qu’elles étaient essentielles pour l’avenir européen de ce pays.

19 points clés

Le groupe de 12 représentants et dirigeants de Bosnie-Herzégovine a également convenu de 19 points clés pour aller de l’avant.

Ceux-ci comprennent l’extension du mandat d’EUFOR Althea, un déploiement militaire dans le pays pour superviser la mise en œuvre militaire des accords de Dayton.

Il s’agit également de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les prochaines élections générales, prévues le 2 octobre, soient organisées efficacement et sans discours de division et de haine. Après ce scrutin, les autorités devront coopérer de manière constructive pour assurer la formation rapide des nouvelles autorités législatives et exécutives dans les délais prescrits.

Par ailleurs, toute réforme électorale doit être conforme au droit européen, aux droits de l’homme, à la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine, à la Commission de Venise, au GRECO et à l’OSCE/BIDDH.

Pour ce qui est de l’adhésion à l’UE, ils ont convenu de réaliser une « quantité critique de réformes » afin de rétablir un dialogue politique régulier avec l’UE et de travailler résolument à la réalisation des 14 priorités clés de l’avis de la Commission sur l’adhésion à l’UE.

Parmi les autres engagements, citons le renforcement de la lutte contre la corruption et le crime organisé, la mise en place d’une fonction publique professionnelle et dépolitisée, et l’application de plusieurs lois telles qu’une loi sur les marchés publics, une loi sur les conflits d’intérêts et plusieurs lois relatives aux tribunaux.

En ce qui concerne le maintien de la paix et de la stabilité, les parties ont convenu de « prendre des mesures concrètes pour promouvoir un environnement propice à la réconciliation afin de surmonter les séquelles de la guerre, conformément aux priorités essentielles et à la déclaration commune des membres de la présidence de Bosnie-Herzégovine. »

Cette déclaration a été approuvée par M. Dodik, membre de la présidence serbe, son homologue bosniaque Šefik Džaferović et le Croate Željko Komšić.

Au cours de la discussion, la Republika Srpska a appelé au dialogue et à l’adoption d’une décision au sein de la présidence sur la situation en Ukraine.

Il a déclaré qu’il n’accepterait rien qui fasse « une quelconque qualification du conflit en Ukraine. Pour tous les responsables politiques de la République serbe [de Bosnie], des conclusions contraignantes de notre parlement indiquent que nous restons neutres ».

M. Dodik, qui est proche de Belgrade, est également perçu comme un proche du président russe Vladimir Poutine. Il est également persona non grata aux États-Unis en raison « d’activités de corruption à des fins de déstabilisation et de tentatives de démantèlement des accords de paix de Dayton ».

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Les Croates de Bosnie mécontents

Parallèlement, le leader des Croates de Bosnie Dragan Čović, chef du plus grand parti croate, le HDZ, a refusé de participer à la réunion.

M. Čović a tweeté que « le format était décourageant et qu’il était impossible de parvenir à un accord équitable avec ceux qui encouragent la violation des accords de Dayton ».

« On a demandé à un parti politique croate de négocier un accord politique avec neuf partis bosniaques et six partis serbes à Bruxelles aujourd’hui ».

Les Croates sont le plus petit des trois groupes ethniques et M. Čović, bien qu’il revendique le soutien de la majorité des Croates, n’est pas un membre actuel de la présidence tripartite du pays (représentant les Bosniaques, les Croates et les Serbes).

Le HDZ refuse également de reconnaître l’actuel représentant croate à la présidence, Željko Komšić, affirmant qu’il a été élu grâce aux votes des Bosniaques, et le parti fait pression pour une réforme de la loi électorale nationale, affirmant qu’elle est biaisée au détriment des Croates, qui constituent le plus petit groupe.

M. Komšić a assisté à la réunion de dimanche, incitant M. Čović à déplorer que « cela n’a aucun sens d’assister à des réunions qui vont légitimer et promouvoir les deux membres bosniaques de la présidence ».

Les positions des Croates et des Serbes de Bosnie se sont rapprochées cette année, M. Čović faisant l’éloge de M. Dodik, qui est ouvertement pro-russe et prône la sécession de la République serbe de Bosnie.

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