Les eurodéputés s’indignent face à la torture pratiquée par la CIA

Manifestation contre Georges Bush. Londres, 2008. [Reprieve/flickr]

Les eurodéputés libéraux s’interrogent sur la participation de certains pays européens au transport de suspects pour le compte de la CIA. Un rapport du Sénat américain a confirmé que l’agence américaine avait recours à la torture durant l’opération « War on terror ».

Le 9 décembre, la commission spéciale du Sénat américain sur le renseignement (SSCI) a publié le résumé d’un rapport récemment déclassifié sur l’utilisation de la torture dans la « guerre contre la terreur » menée par le président Georges W. Bush près l’attaque du 11 septembre. Ce rapport confirme l’utilisation de la torture et d’autres traitements dégradants à l’égard de personnes suspectées d’être des terroristes.

Les méthodes d’interrogation utilisées par la CIA qui y sont citées comprennent le « water-boarding » (simulacre de noyade), de fausses exécutions, des privations de sommeil durant de longues périodes et l’imposition de positions douloureuses. Bloomberg, qui révèle les détails les plus repoussants du rapport, mentionne aussi que certains prisonniers ont été alimentés de force par le rectum.  Amnesty International dénonce ces actes, qui relèvent de la torture, selon le droit international.

Le rapport du Sénat confirme également la participation de certains États européens, qui ont contribué au transport aérien des prisonniers vers des centres d’interrogation secrets situés pour certains en Europe.

Au Parlement européen, des députés libéraux ont exprimé leur indignation. « Il est honteux que l’Europe ait non seulement soutenu ces actions, mais ait également joué un rôle actif dans son exécution. Le silence des États membres jusqu’ici est scandaleux », s’énerve Sophie in’t Veld, du groupe libéral ALDE.

Une enquête parlementaire en 2007 déjà

Ces révélations ne sont cependant pas si surprenantes. Selon une enquête réalisée par le Parlement européen en 2007, plus de 1 000 vols organisés par la CIA et transportant des détenus vers des centres d’interrogations américains sont passés par l’espace aérien européen entre 2001 et 2005.

« Au moins 1245 vols pilotés par la CIA ont survolé l’Europe ou se sont arrêtés dans les aéroports européens entre la fin de 2001 et la fin de 2005 », relate le rapport de l’enquête parlementaire.

Les enquêteurs avaient aussi conclu que des structures de détentions secrètes provisoires « pourraient avoir été situées dans des bases militaires » américaines en Europe. Des suspects y étaient envoyés pour interrogations, parfois après avoir été « enlevés ».

Le Conseil de l’Europe estime qu’au moins 12 États membres ont coopéré à un degré ou un autre avec le transport de détenus par la CIA. Dans un rapport datant de 2006, le Conseil cite l’exemple de la Roumanie et de la Pologne, où se trouvaient des centres de détentions du service de renseignement américain. Varsovie et Bucarest avaient toutes deux vivement nié ces accusations, qui n’ont pas pu être confirmées par l’enquête parlementaire de 2007.

Craig Murray, ancien ambassadeur britannique en Ouzbékistan, a expliqué à la commission chargée de l’enquête que l’échange de renseignements obtenus sous la torture était une pratique connue et tolérée par le gouvernement britannique.

Les États membres ont fermé les yeux

Pour Sophie in’t Veld, le silence des États membres est pourtant assourdissant. « Pour garder une once de crédibilité, les États européens doivent aujourd’hui admettre leur rôle dans tout cela, comme l’a demandé à maintes reprises le Parlement », lit-on dans un communiqué de l’eurodéputée libérale.

Celle-ci faisait partie de la commission spéciale temporaire chargée de se pencher sur les accusations selon lesquelles des États européens auraient participé ou aurait été utilisés par la CIA pour mener des activités illégales.

Selon l’enquête de cette commission, les pays européens ont « fermé les yeux » sur le problème. « Il est essentiel que la Commission européenne réagisse immédiatement à ce rapport et que la question soit ajoutée comme sujet prioritaire à l’ordre du jour du sommet européen de décembre », estime Sophie in’t Veld.

Amnesty International, une organisation de défense des droits de l'Homme, estime que le rapport du Sénat est un « rappel frappant de l'impunité régnante concernant les nombreuses violations inadmissibles des droits de l'Homme perpétrées au nom de la 'sécurité nationale' ».

« Malgré les preuves nombreuses connues du public depuis des années, personne n'a été poursuivi pour avoir autorisé ou mené à bien les actes de ces programmes de la CIA » a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice d'Amnesty International Amériques.

Amnesty International cite les États européens qui ont coopéré avec la CIA, dont la Pologne, la Macédoine, l'Italie, la Lituanie, la Roumanie, la Suède et le Royaume-Uni.

« Les États-Unis et tous les pays qui ont participé au transport, à la détention et à la torture des suspects ont l'obligation légale de s'assurer que les crimes commis, et notamment la torture et les enlèvements, sont poursuivis, selon le droit international. Ces pays doivent aussi faciliter l'accès à la justice à toutes les victimes et faire dévoiler toute la vérité sur les violations des droits de l'Homme commises liées à ces opérations » explique Julia Hall, spécialiste du contre-terrorisme et des droits de l'Homme pour Amnesty International.

Amnesty souhaite à présent que l'intégralité du rapport soit publié, avec « le moins de modifications possibles et aucune qui puisse dissimuler des preuves de violations des droits de l'Homme.

À la fin de l'année 2005, des allégations selon lesquelles des États membres de l'UE avaient autorisé des vols secrets de la CIA à survoler leurs territoires ou à s'y arrêter avaient causé une polémique.

Le Parlement européen avait mis sur pieds une commission temporaire chargée d'enquêter sur ces allégations, quelques jours seulement après que la Pologne ait lancé des investigations sur des centres de détention ou d'interrogation secrets dirigés par les États-Unis sur son propre territoire.

L'enquête parlementaire aboutit en février 2007, après un an de travail mené par cette commission, concluant que la CIA avait détenu de possibles membres d'Al Quaïda dans certains États membres, avant de les déplacer vers des pays connus pour leurs pratiques de tortures.

>> Lire : 1000 vols de la CIA ont survolé l'Europe

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