Les frappes en Syrie, une opération avant tout politique

Les frappes du 14 avril ont détruit le centre de recherche scientifique de Barzeh en Syrie. EPA-EFE/YOUSSEF BADAWI

Les frappes conjointes de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis en Syrie semblent plus symboliques que militaires.

L’opération de frappes militaires de trois alliés en Syrie – Français, Britanniques et Américains – est une première après sept ans de guerre. Un projet de frappe avait avorté à l’été 2013, faute de soutiens  de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. En avril 2017, les Américains étaient intervenus, mais seuls.

Cette fois, la frappe ponctuelle a avant tout une portée symbolique, de l’ordre de l’avertissement politique. Elle n’est pas suffisamment forte pour être dissuasive pour le régime syrien ni intense pour détruire toutes ses capacités. C’est une frappe « limitée » et « proportionnée » comme le dit la coalition entre les trois pays. Mais elle est suffisamment marquée, soit une centaine de missiles tirés, et forte, pour ne pas être tenue pour quantité négligeable. Elle a aussi reçu le soutien de la plupart des pays européens, comme par la plupart des pays de la région, engagés directement ou indirectement dans le conflit, des pays aussi différents que la Turquie, Israël, l’Arabie saoudite ou le Qatar).

L'UE divisée après les frappes contre la Syrie

Les frappes effectuées en Syrie par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni sont loin de faire l’unanimité au sein de l’UE. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves le Drian va chercher à resserrer les rangs au cours d’une réunion avec ses homologues lundi à Luxembourg.

 

Par cette opération, les alliés tentent aussi de reprendre pied dans un conflit qui leur échappe en bonne partie. Ils ne sont pas vraiment présents ni militairement ni diplomatiquement. Sur le terrain, leur engagement militaire est limité à la lutte contre Daesh.

Une tentative des Alliés de desserrer l’étau russe

Et ils n’ont pas l’intention de s’engager davantage. Au plan diplomatique, toutes les initiatives sont bloquées par les Russes. Mener une frappe est une manière de dire non à Assad, de lui montrer que les « lignes rouges » affichées sont de vraies lignes. C’est aussi un message à ses soutiens, Russes et Iraniens notamment. Il s’agit de sortir du piège posé par la Russie, de pouvoir dire à Moscou que si sa diplomatie continue de bloquer tous les points de la négociation, les Occidentaux n’hésiteront pas à recourir à d’autres moyens, à contourner le blocage russe. Le message a d’ailleurs bien été reçu au Kremlin qui a, somme toute, réagi avec une certaine modération. Il reste maintenant à obtenir des Russes qu’ils donnent leur feu vert au déploiement d’une nouvelle mission d’enquête.

Un succès de technique militaire, mais minime sur le cours de la guerre

D’un point de vue de la technique militaire, c’est un succès. Les frappes ont été réalisées de façon magistrale, coordonnées, à la fois par air et mer permettant même de tester des armes nouvelles, sans pertes côté alliés ni côté syrien (du moins aucune perte n’a été signalée par le régime).

Certes quelques missiles ne sont pas partis comme prévus. Côté français, il y a eu un ou deux ratés avec les nouveaux missiles de croisière naval MdCN de MBDA, dont c’était la première utilisation opérationnelle. Mais ce défaut n’a pas eu vraiment d’effet sur l’ensemble de la frappe. Avec une centaine de missiles sur trois cibles, les alliés avaient, en effet, prévu très large.

Un effet sur l’arsenal chimique de Bachar Al-Assad temporaire

Même à supposer que toutes les cibles aient bien été détruites — comme l’affirment les alliés — et que les équipements indiqués étaient encore présents sur place, l’effet réel de la frappe doit être relativisé. La mise en place d’une arme au chlore, produit couramment utilisé, est relativement facile. Celle du gaz sarin est plus complexe, car elle nécessite de pouvoir se procurer certains produits et autres techniques et de conservation. Mais elle est à la portée d’un régime comme la Syrie. Si dégradation il y a, elle ne pourra donc être que temporaire, le temps de reconstituer les stocks.

Un laissez-passer russe

Les Russes étaient informés sinon de l’exacte teneur des frappes, du moins de leur existence, de leur intensité et du moment. Ils n’ont pas tenu à intervenir, pour des raisons à la fois militaires et géopolitiques.

Premièrement, sur le plan militaire, il s’agissait de ne pas exposer leur bouclier antimissile à la possibilité d’une défaillance, afin de lui garder son pouvoir de dissuasion.

Deuxièmement, Moscou peut enfin tenir le beau rôle, et contre-attaquer au niveau des instances internationales, en se parant de tous les arguments possibles du droit international (violation de la souveraineté, etc.)

Enfin, au passage la Russie rappelle à l’allié syrien que, sans la protection russe, il est exposé. Une façon subliminale de faire un rappel au règlement au chef d’État syrien.

Paris et Londres imposent leur tempo sur la Syrie

Le conflit en Syrie a pimenté les discussions des chefs d’Etat européens réunis à Bruxelles. Ils sont divisés sur l’action à mener contre le régime criminel. Pour la France, l’issue passe par l’armement des rebelles.

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