Les leaders politiques allemands ne se font pas de cadeau pour le mercredi des Cendres

Dans son discours, Markus Söder s’est également réjoui des élections de septembre, déclarant que le FDP était le « partenaire prioritaire » de la CDU/CSU au sein d’une coalition. [PETER KNEFFEL/EPA]

Mercredi (17 février), les dirigeants de tous les grands partis allemands ont tenu plusieurs discours dans le cadre du « Aschenmittwoch », une tradition politique de longue date, à l’origine bavaroise, généralement caractérisée par des rassemblements bruyants et une rhétorique grossière. Les politiques de tous bords ont critiqué l’UE, le gouvernement allemand et les Länder dans leurs réponses à la pandémie de Covid-19.

Cependant, pour cette année électorale, l’événement a été contraint de passer au numérique, et le nouveau coronavirus était en tête de liste des sujets abordés, les partis suggérant différentes voies à suivre.

Alors que le dirigeant bavarois et candidat potentiel à la chancellerie, Markus Söder (CSU), a encouragé à continuer à faire preuve de patience, déclarant que « ça s’améliore de jour en jour », il a tenu des propos plus durs à l’égard du gouvernement allemand ainsi que de l’UE. Les critiques ont en effet fusé à l’égard de Bruxelles. En cause ? Les problèmes liés au déploiement des vaccins : « l’UE a commandé trop tard [et] trop peu ».

Dans la lignée de ses critiques précédentes sur le programme de soutien du ministre des Finances Olaf Scholz (SPD), il a déploré les retards dans le versement des aides octroyées pour surmonter les retombées de la pandémie.

Pour sa part, Olaf Scholz a rassuré les Allemands au sujet du plan de relance, avançant que « nous tiendrons jusqu’à la fin de la crise ». Il a également riposté à Markus Söder : « Je sais que beaucoup de choses sont plus importantes en Bavière, mais personne n’aurait pensé que les frondes seraient d’une telle ampleur », en référence à un rapport précédent, où son adversaire avait qualifié les mesures de « fronde sans pierre », tandis qu’Olaf Scholz les qualifiait de « bazooka ».

Markus Söder a en outre défendu l’approche plus stricte qu’il a adoptée pour sa région pendant la pandémie. Il n’a pas voulu s’engager sur une date de déconfinement, mais a noté qu’une fois que le taux d’incidence atteindrait de manière stable 35 pour 100 000, le pays pourrait rouvrir les magasins.

Cette ligne de conduite stricte l’a mis en désaccord avec le président de la CDU, Armin Laschet, qui a récemment rompu publiquement avec l’approche prudente de Markus Söder et d’Angela Merkel.

Cependant, Armin Laschet a eu des mots plus conciliants dans son discours d’ouverture des festivités de la CSU, indiquant que « si la CDU et la CSU se soutiennent mutuellement, nous passerons également cette année électorale très importante ». Néanmoins, Markus Söder a tout de même taclé Armin Laschet, qui s’est présenté sur un programme de poursuite de la voie modérée de Mme Merkel. « Les votes de Merkel ne sont gagnés que pour les politiques de Merkel », a-t-il soutenu.

Le coprésident des Verts Robert Habeck a critiqué l’approche du gouvernement fédéral et des Länder face à la pandémie, affirmant que ces sommets ne devraient pas être un « étalage vain entre Munich et Düsseldorf », faisant référence à la rivalité entre M. Söder et M. Laschet. Annalena Baerbock, l’autre leader des Verts, a également critiqué le gouvernement pour ce qu’elle a appelé un manque de « cohésion pratique ». Alors que le pays se serre les coudes, « au sein du gouvernement fédéral, tout le monde se bat encore pour soi-même », a-t-elle renchéri.

Toujours dans l’opposition, Christian Lindner, leader du FDP libéral, a plaidé pour des tests plus rapides afin d’accélérer le retour à la vie normale. Il a également attaqué les Verts, qui, selon lui, ont fait preuve d’une grande indulgence à l’égard des politiques d’Angela Merkel pour entrer dans la coalition au pouvoir sur une « piste gluante » et se sont livrés à une « fausse complaisance pour des raisons de politique de parti » pendant la pandémie.

Dans son discours, Markus Söder s’est également réjoui des élections de septembre, déclarant que le FDP était le « partenaire prioritaire » de la CDU/CSU au sein d’une coalition. Cependant, il n’est pas certain que les libéraux obtiennent suffisamment de soutien pour atteindre une majorité avec les chrétiens-démocrates. Le dernier sondage de Forsa indique que le FDP est à 7% et la CDU/CSU à 35%.

Les Verts (actuellement à 19% dans le sondage de Forsa) pourraient donc être les seuls partenaires de gouvernement viables de la CDU/CSU (puisqu’elle a refusé de chercher une autre coalition avec le SPD), ce que M. Söder a reconnu. Toutefois, cela ne serait « pas facile […] Le programme actuel qu’ils ont n’est pas adapté à une coalition », a-t-il déclaré.

[Édité par Mathieu Pollet]

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer