Les personnes handicapées en Ukraine sont confrontées à une « crise dans la crise »

« Environ 10 % des réfugiés sont des personnes handicapées. Elles ont besoin d’un logement accessible, d’une rééducation, d’équipements et d’autres aides », a déclaré à EURACTIV Milan Šveřepa, directeur d’Inclusion Europe. [Shutterstock/Drop of Light]

La société civile appelle l’UE, les gouvernements nationaux et les organisations humanitaires à intensifier leurs efforts pour protéger les 2,7 millions de personnes handicapées d’Ukraine qui risquent d’être abandonnées, tuées ou privées d’abri suite à l’invasion russe.

Des actions urgentes et concrètes sont nécessaires pour garantir aux personnes handicapées le même accès aux services essentiels que leurs pairs, ont conclu les participants à une conférence organisée par l’EASPD, Inclusion Europe et l’EDF le 10 mars.

« Nous assistons actuellement à des meurtres de masse sur la population, et les plus vulnérables sont les personnes handicapées qui se déplacent en fauteuil roulant ou qui ont des déficiences visuelles ou auditives. Comment peuvent-elles se rendre dans un abri ? », a déclaré Valery Sushkevych, président de l’Assemblée nationale des personnes handicapées d’Ukraine.

Une « crise dans la crise »

Les personnes handicapées sont souvent incapables de se mettre à l’abri sans aide ou d’accéder aux informations qui leur sont pertinentes.

En outre, certaines ont même « du mal à comprendre ce qui se passe », a déclaré Raisa Kravchenko de la coalition VGO, une coalition d’ONG ukrainiennes pour les personnes souffrant de handicaps intellectuels.

Parallèlement, les filles et les femmes handicapées sont exposées à un risque de violence sexuelle et sexiste, selon Yannis Vardakastanis, président de l’International Disability Alliance.

Les personnes vivant dans des centres de soins ont souvent été laissées sans assistance, et certaines de ces structures « sont à court de produits de base tels que la nourriture, l’eau, les médicaments et le combustible pour le chauffage », a ajouté M. Vardakastanis, estimant qu’il s’agit d’une « crise humanitaire imminente au sein même de la crise ».

L’évacuation de l’Ukraine prend souvent plusieurs jours en raison des postes de contrôle sur la route et du risque d’attaques, ce qui rend le voyage trop difficile et trop long pour les personnes souffrant de handicaps graves.

Toutefois, ce ne sont pas seulement les personnes restées en Ukraine dont le bien-être est menacé, mais aussi celles qui ont réussi à fuir mais ne sont pas suffisamment assistées dans le pays d’arrivée.

« Environ 10 % des réfugiés sont des personnes handicapées. Elles ont besoin d’un logement accessible, d’une rééducation, d’équipements et d’autres aides », a déclaré à EURACTIV Milan Šveřepa, directeur d’Inclusion Europe.

Appels au soutien

Les professionnels saluent le soutien des individus et des ONG sans expérience préalable à l’aide humanitaire, mais critiquent le manque de réponse coordonnée des gouvernements nationaux et de l’Union européenne.

« À l’heure actuelle, les systèmes ne répondent pas comme ils le devraient, et tout est laissé à la charge des personnes dans les communautés locales. Mais cela ne devrait pas reposer uniquement sur ces dernières », a déclaré Maya Doneva, secrétaire générale de l’EASPD.

Selon M. Šveřepa, outre le renforcement de la coordination, les efforts devraient s’accompagner d’un financement plus important et d’autres aides, comme des fauteuils roulants et des logements accessibles pour les personnes handicapées à l’intérieur et à l’extérieur de l’Ukraine.

Un manque de visibilité

Bien qu’elles représentent un Européen sur quatre, les personnes handicapées manquent encore de visibilité, ce qui explique en partie l’insuffisance de la prise en compte dans la réponse humanitaire à la guerre, selon M. Šveřepa.

« Espérons que nous pourrons attirer un peu plus l’attention sur ce sujet », a ajouté M. Šveřepa. « Chaque petit geste compte, car les gens n’ont aucune idée de ce que cela implique réellement pour les personnes handicapées de pouvoir se mettre à l’abri, être évacuées ou quoi que ce soit d’autre. »

Les ministres européens en charge du handicap se sont réunis à Paris le mercredi 9 mars pour faire le point sur la stratégie de l’UE en matière de handicap et échanger les meilleures pratiques. Pourtant, bien que certains ministres aient eu des interventions sur l’Ukraine, notamment la Pologne, un participant à la conférence a déclaré que l’Ukraine n’était pas à l’ordre du jour, et aucune déclaration officielle n’a été faite.

« Il faut que les personnes handicapées prennent le pouvoir », selon Sophie Cluzel

Les ministres européens en charge du handicap se réunissent jeudi (9 mars) à Paris pour faire un premier point d’étape de la stratégie européenne en la matière et échanger sur les bonnes pratiques à mettre en œuvre. EURACTIV France s’est entretenu avec Sophie Cluzel, à l’initiative de l’invitation dans le cadre de la présence français du Conseil de l’UE.

Sur une note plus optimiste, M. Šveřepa a déclaré que la proposition de la Commission européenne concernant la modification du règlement de l’UE sur les investissements structurels afin d’être plus flexible dans l’aide aux réfugiés dans les pays de l’UE va « définitivement dans la bonne direction. »

« Nous travaillons 24 heures sur 24 pour soutenir ceux qui en ont le plus besoin en Ukraine », a déclaré un porte-parole de la Commission à EURACTIV.

L’EDF, Inclusion Europe et EASPD ont également compilé une liste de ressources sur la manière d’aider les personnes handicapées en Ukraine. Elles peuvent être trouvées ici, ici et ici.

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