Les Pussy Riot sélectionnées pour le Prix Sakharov

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Hier (9 octobre), les Pussy Riot, dont trois des membres du groupe ont été condamnées à deux ans de prison pour avoir organisé une manifestation anti-Poutine dans une cathédrale de Moscou, on été nominées pour le Prix Sakharov de la liberté de l’esprit.

 

Les autres finalistes nominés hier pour le prix du Parlement européen sont Ales Bialiatski, une figure biélorusse de l'opposition aujourd'hui en prison et les Iraniens Nasrin Sotoudeh, une avocate et militante des droits de l'Homme emprisonnée, et Jafar Panahi, un réalisateur de cinéma.

 

Le nom du lauréat sera annoncé le 26 octobre lorsque la conférence des présidents aura pris sa décision. Le vainqueur recevra 50 000 euros et sera invité à la cérémonie de remise des prix le 12 décembre à Strasbourg.

 

Le prix Sakharov, qui a pris le nom du scientifique soviétique et dissident Andreï Sakharov, a été créé en 1988 par le Parlement européen (voir « Contexte »). Les récents lauréats sont l'ONG russe Memorial en 2009, le dissident cubain Guillermo Fariñas en 2010 et en 2011, des représentants du peuple pour leur rôle dans le printemps arabe.

 

Les trois finalistes ont été choisis parmi cinq nominés proposés par les groupes politiques du Parlement ou au moins 40 eurodéputés.

 

L'eurodéputé Jacek Saryusz-Wolski (PPE, Pologne), qui avait choisi M. Bialiatski, tout comme 82 autres eurodéputés, a déclaré qu'il s'agissait d'un personnage remarquable « très proche du message de M. Sakharov lui-même ».

 

Qui a le droit de parler au nom de M. Sakharov ?

 

Lors d'un récent entretien accordé à EURACTIV, M. Saryusz-Wolski a expliqué que M. Sakharov, mort en décembre 1986, ne remettrait pas son prix aux Pussy Riot.

 

« À mon sens, le verdict et la peine infligée aux Pussy Riot sont scandaleux et inacceptables. Mais je pourrais dire la même chose de leur comportement. Les églises ne sont pas des endroits où exprimer des opinions politiquement motivées […] Je ne comparerais même pas M. Bialiatski aux Pussy Riot », a-t-il affirmé.

 

Ces propos ont toutefois semblé encourager l'eurodéputé Werner Schulz (Verts/ALE, Allemagne) à affirmer le contraire :

 

« Andreï Sakharov lui-même serait très heureux de voir la reconnaissance de ces jeunes femmes créatives et courageuses […] qui ont exprimé la contestation contre un pouvoir public patriarcal et un régime autocratique qu'elles ont réussi à mettre dans l'embarras », a-t-il déclaré lors de la présentation d'hier. Les Pussy Riot ont été nominées par M. Schulz et 45 autres eurodéputés.

 

Vladimir Poutine donne ses instructions

 

Les trois membres emprisonnées du groupe Pussy Riot, Nadezhda Tolokonnikova (22 ans), Maria Aliokhina (24 ans) et Ekaterina Samoutsevitch (30 ans) assisteront à leur procès en appel aujourd'hui. Le président russe, Vladimir Poutine, largement cité dans la presse internationale, ne laisse toutefois que peu d'espoir quant à leur éventuelle libération.

 

« Il est correct qu'elles aient été arrêtées et le tribunal a pris la bonne décision », a déclaré M. Poutine à un journaliste sur NTV, une chaîne de télévision gérée par l'État, lors d'un documentaire d'une heure diffusé en l'honneur de son 60e anniversaire dimanche.

 

Les deux nominations européennes semblent éclipser les candidats iraniens.

 

« Il est grand temps que le prix Sakharov soit attribué à des Iraniens. Mme Sotoudeh est une excellente candidate, une avocate des droits de l'homme qui a défendu les jeunes, les femmes et les prisonniers d'opinion, mais qui est actuellement en prison elle-même », a déclaré Marietje Schaake (ADLE, Pays-Bas).

 

Mme Sotoudeh est une avocate iranienne qui a représenté les militants iraniens de l'opposition ayant été jetés en prison à la suite des élections présidentielles controversées de juin 2009.

 

M. Panahi a remporté la Caméra d'Or lors du Festival du film de Cannes en 1995. « Ses films témoignent de la réalité quotidienne en Iran. Pour nous, il incarne la lutte contre la répression officielle et la lutte pour les droits de l'Homme et la liberté », a affirmé Mme Schaake.

 

Le film récompensé de M. Panahi, « Ceci n'est pas un film », a été introduit à Cannes sur une clé USB cachée dans un gâteau.

 

Les deux candidats iraniens sont nominés par le groupe des Socialistes et Démocrates, le groupe ADLE, le groupe des Verts/Alliance libre européenne, les eurodéputés José Ignacio Salafranca, Elmar Brok et onze autres députés européens.

 

Le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit est décerné chaque année par le Parlement européen. Ce prix a été créé en 1988 pour honorer des individus ou des organisations qui oeuvrent en faveur des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

 

Le Parlement remet ce prix, accompagné de la somme de 50 000 euros, lors d'une session officielle à Strasbourg aux alentours du 10 décembre, le jour où la Déclaration universelle des droits de l'Homme des Nations unies a été signée en 1948.

 

Le physicien soviétique Andreï Dmitrievitch Sakharov (1921-1989) était un militant. En 1970, il a fondé un comité pour la défense des droits de l'Homme et des victimes de procès politiques. En 1975, il a reçu le prix Nobel de la paix pour ses efforts.

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