La Lituanie accuse la Biélorussie de violation des frontières

Mardi (17 août), une dizaine de policiers biélorusses habillés en tenue antiémeute sont illégalement entrés sur le territoire lituanien en tentant de repousser un groupe de migrants irakiens de l’autre côté de la frontière. [Lithuanian Border Guard Service]

Mardi (17 août), une dizaine de policiers biélorusses habillés en tenue antiémeute sont illégalement entrés sur le territoire lituanien en tentant de repousser un groupe de migrants irakiens de l’autre côté de la frontière, ont fait savoir les services douaniers du pays. Les ministres européens des Affaires intérieurs se rencontrent aujourd’hui (18 août) à Bruxelles pour discuter des mesures à prendre face à cette infraction.

Ces dernières semaines, Vilnius et Bruxelles ont accusé à plusieurs reprises l’homme fort de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, de faire usage de la crise des réfugiés comme d’un moyen de pression pour que le bloc lève les sanctions imposées contre Minsk sur fond de fraude électorale et de répression contre l’opposition.

Entre autres, les autorités bélarusses sont accusées de faire venir délibérément des migrants irakiens à Minsk par avion pour qu’ils traversent ensuite la frontière avec la Lituanie en bateau, et ce, dans le but d’y demander l’asile.

Une vidéo de l’incident d’hier près du village de Dieveniskes montre un groupe d’officiers bélarusses en ligne derrière plusieurs migrants qui se dirigent vers les garde-frontières lituaniens.

La séquence dévoile également que les policiers de Minsk ont traversé un fossé, dont les douanes lituaniennes affirment qu’il représente la frontière terrestre entre les deux pays.

« Les agents biélorusses ont quitté les lieux quelques minutes plus tard, après avoir été avertis à plusieurs reprises par les gardes lituaniens qu’ils transgressaient la frontière établie », a déclaré le porte-parole des services douaniers lituaniens Rokas Pukinskas.

Toutefois, il semblerait qu’il ne s’agisse pas là d’un fait isolé à la frontière Lituanie-Biélorussie.

En effet, d’après la douane, un autre incident de la sorte s’est produit la semaine dernière dans le district de Šalčininkai. À l’aide de la surveillance vidéo, les agents ont pu observer un garde-frontière biélorusse faire brièvement quelques pas sur le territoire lituanien.

« Nous avons immédiatement agi face à cette provocation en renforçant le nombre d’effectifs à la frontière », a indiqué la ministre lituanienne de l’Intérieur Agnė Bilotaitė dans un communiqué publié mardi (17 août), ajoutant que son pays « ne peut pas accepter ces actes éhontés ».

Les renseignements obtenus dans cette affaire seront utilisés lors d’une enquête préliminaire au procès menée par les autorités lituaniennes, a-t-elle poursuivi.

La semaine dernière seulement, le Parlement lituanien a voté pour la construction d’une barrière à la frontière avec la Biélorussie dans le but de mettre un terme aux entrées illégales de migrants non européens.

Selon Vilnius, 4 124 personnes ont pénétré dans le territoire lituanien illégalement depuis le début de l’année. Toutefois, cet afflux a considérablement baissé étant donné que les autorités ont commencé en août à repousser les migrants en provenance de la Biélorussie.

Réponse biélorusse : les services douaniers ont publié une vidéo sur les réseaux sociaux le 17 août également montrant un incident survenu de leur côté de la frontière sans que les agents de police soient habillés en tenue antiémeute.

« Les forces de police lituaniennes ont eu recours à la force pour tenter de repousser les réfugiés sur le territoire de la République du Bélarus », a tweeté le Comité national des garde-frontières.

Cet incident survient tandis que les ministres européens de l’Intérieur prévoient de se retrouver lors d’une réunion extraordinaire pour discuter des prochaines mesures à prendre face à la crise migratoire.

Alors que l’Afghanistan est désormais tombé aux mains des talibans à la suite d’un retrait de la plupart des troupes militaires américaines et internationales, les leaders européens craignent l’arrivée de milliers de migrants afghans en Europe.

D’après un projet de communiqué, les ministres européens de l’Intérieur devraient annoncer que l’UE se tient prête à fournir des garde-frontières supplémentaires et à débloquer des fonds pour endiguer la hausse de l’afflux migratoire à la frontière lituanienne causée par la Biélorussie.

De plus, l’ensemble des représentants du bloc devraient sanctionner les agissements biélorusses, jugés inacceptables, évoque un document provisoire consulté par Reuters.

La semaine dernière, les États-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et le Canada ont imposé un arsenal de sanctions contre la Biélorussie dans le but d’affaiblir le régime de M. Loukachenko, et ce, à l’occasion du premier anniversaire de sa réélection – jugée truquée par de nombreux pays occidentaux.

Pour les diplomates européens à Bruxelles, de nouvelles sanctions restent certes envisageables, mais il convient d’abord d’évaluer les conséquences des mesures punitives précédemment imposées contre Minsk.

Les sanctions ciblées visent à décourager les sociétés occidentales à entretenir des relations commerciales avec la Biélorussie, en particulier avec toute personne ou entité liée au régime.

À l’occasion d’un entretien avec EURACTIV le mois dernier, le ministre lituanien des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis a laissé entendre que des organismes officiels impliqués dans la traite des personnes par le biais de la Biélorussie devraient également être assujettis à des sanctions européennes.

Toutefois, ce point n’a toujours pas été abordé lors des discussions officielles.

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