L’UE cible les produits de luxe, les oligarques et les métaux dans le cadre de nouvelles sanctions contre la Russie

Le dispositif ajoutera également Roman Abramovitch, propriétaire du club de football de Chelsea, et 14 autres personnes à la liste des milliardaires russes sanctionnés par l'UE, ont déclaré des diplomates plus tôt dans la journée. [EPA-EFE/ANDY RAIN]

Le quatrième volet de sanctions de l’UE, qui entre en vigueur mardi 15 mars, vise davantage d’oligarques, interdit la vente de produits de luxe exportés vers Moscou et frappe plusieurs entreprises du secteur de la défense.

Les ambassadeurs de l’UE se sont mis d’accord sur le quatrième volet de sanctions lundi 14 mars, à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a trois semaines. Les sanctions seront officiellement mises en place après leur publication au journal officiel de l’UE, dans le courant de la journée de mardi.

Selon un document provisoire, les sanctions comprendront une interdiction d’importation de l’acier et du fer russes et une interdiction de participation des entreprises de l’UE à de nouveaux investissements dans les compagnies pétrolières et le secteur de l’énergie.

Elles comprendront également une interdiction d’exporter des produits de luxe d’une valeur supérieure à 300 euros, y compris l’interdiction d’exporter des voitures, bateaux et avions de luxe d’une valeur supérieure à 50 000 euros, qui s’applique aux modèles de plusieurs marques automobiles européennes, dont Audi, BMW, Mercedes, Ferrari et Porsche.

L'UE ne pourra pas imposer d'embargo complet sur les hydrocarbures russes

La ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili a fait valoir mercredi (9 mars) à New York que les 27 pays de l’Union européenne ne pourront pas imposer d’embargo complet sur leurs importations d’hydrocarbures russes, comme l’ont décrété les États-Unis.

La présidence française du Conseil de l’UE a déclaré que le statut commercial de « nation la plus favorisée » de la Russie auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) serait également révoqué.

Outre le fait qu’il s’agit d’un geste symbolique, cette décision pourrait ouvrir la voie à de nouvelles restrictions par le biais de droits de douane et de quotas d’importation.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que l’UE s’efforçait de suspendre les droits d’adhésion de la Russie aux principales institutions multilatérales, notamment le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Cela permettrait à l’Union d’interdire ou d’imposer des droits de douane punitifs sur les produits russes, à l’instar de ce qui se fait avec la Corée du Nord ou l’Iran.

Le dispositif ajoutera également Roman Abramovitch, propriétaire du club de football de Chelsea, et 14 autres personnes à la liste des milliardaires russes sanctionnés par l’UE, ont déclaré des diplomates plus tôt dans la journée.

La semaine dernière déjà, M. Abramovitch a fait l’objet de sanctions au Royaume-Uni, tout comme l’industriel russe Oleg Deripaska, qui ne figure pas actuellement sur la liste de l’UE.

Plusieurs personnalités des médias russes sous contrôle de l’État devraient également figurer sur la nouvelle liste de sanctions de l’UE.

En outre, neuf entreprises, principalement actives dans les secteurs de la défense et de l’armée, devraient être ajoutées.

Rosoboroneksport, le seul courtier d’État russe pour le commerce d’armes, de biens et de technologies à « double usage » (civil et militaire), qui a vendu des armes à l’étranger pour 180 milliards de dollars au cours des vingt dernières années, devrait également figurer sur la liste. Le constructeur naval Zelenodolsk Shipyar en est un autre.

Des pommes de discorde

Les États membres de l’Est de l’UE ont toutefois souligné que le train de sanctions n’allait pas assez loin.

La principale source de désaccord est un éventuel embargo sur le pétrole ou le gaz, qui n’est désormais réclamé avec force que par la Pologne et un petit groupe d’autres États membres de l’UE.

L’un des principaux problèmes posés par le paquet de mesures désormais adopté concernait la rapidité et l’intensité des nouvelles sanctions.

« Les ambitions de notre gouvernement étaient plus grandes que ce qui a finalement été convenu », a déclaré l’ambassadeur de Pologne auprès de l’UE, Andrzej Sadoś, aux journalistes après la réunion.

« Il devient plus clair de jour en jour que trois camps se forment : la Pologne et les Pays baltes d’un côté, qui veulent des sanctions plus nombreuses et plus fortes », a déclaré un diplomate d’Europe occidentale.

« De l’autre côté, l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie et la Bulgarie – le camp le plus ‘conservateur’, qui donne la priorité à ses propres intérêts économiques – et les autres », ajoute le diplomate.

Le camp conservateur a réussi à obtenir l’assouplissement de plusieurs sanctions relatives à des transactions avec des entreprises d’État. Il souhaitait des exceptions pour l’aluminium, le cuivre, le palladium et le minerai de fer, en plus d’éviter les sanctions dans le secteur de l’énergie, selon des sources européennes.

« Il est donc clair que les résultats d’aujourd’hui ont été bien accueillis par les conservateurs, qui ont réussi à obtenir la majorité des points ci-dessus, car leurs intérêts économiques ont été protégés », a déclaré un autre diplomate européen.

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Les dirigeants européens ont souligné, lors de la réunion informelle du Conseil européen à Paris, la nécessité de rendre l’économie européenne plus résiliente et moins dépendante des importations russes.

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