L’UE est «déterminée à préserver» l’accord nucléaire iranien

Hassan Rohani souhaite continuer la coopération avec les autres parties à l'accord. [frederic Legrand - COMEO/Shutterstock]

L’UE est compte préserver l’accord nucléaire iranien en dépit de la décision de Donald Trump de s’en retirer, a déclaré mardi soir à Rome la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

Le Plan d’action conjoint (JCPOA, le nom officiel de l’accord nucléaire iranien) « répond à son objectif qui est de garantir que l’Iran ne développe pas des armes nucléaires, l’Union européenne est déterminée à le préserver », a estimé Federica Mogherini, lors d’une brève déclaration à la représentation de la Commission européenne à Rome.

« Ne laissez personne démanteler cet accord. C’est l’une des plus belles réussites jamais réalisées de la diplomatie, et nous l’avons construite ensemble », a-t-elle exhorté, en s’adressant aux dirigeants et citoyens iraniens. « Restez fidèles à vos engagements et nous resterons fidèles aux nôtres. Et ensemble, avec le reste de la communauté internationale, nous préserverons cet accord nucléaire », a insisté l’Italienne.

En outre, la haute-représentante de l’UE pour les Affaires étrangères s’est dite « particulièrement inquiète » de l’annonce de nouvelles sanctions américaines contre Téhéran par le président Trump.

« La levée des sanctions liées au nucléaire est une part essentielle de l’accord. L’UE a souligné maintes fois que la levée de ces sanctions a eu un impact positif sur les relations commerciales et économiques avec l’Iran, y compris en apportant des bénéfices cruciaux au peuple iranien », a-t-elle plaidé.

L'Iran et l'UE font bloc face à Trump pour défendre l'accord nucléaire

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif doit recevoir jeudi à Bruxelles le soutien des Européens à l’accord sur le nucléaire iranien, avant une décision imminente de Donald Trump sur l’éventuel rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran.

En annonçant le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, Donald Trump a promis le rétablissement des sanctions contre Téhéran qui avaient été levées en contrepartie de l’engagement pris par l’Iran de ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Le locataire de la Maison Blanche n’a donné aucune précision sur la nature des sanctions qui seraient rétablies et à quelle échéance, mais il a mis en garde : « tout pays qui aidera l’Iran dans sa quête d’armes nucléaires pourrait aussi être fortement sanctionné par les États-Unis ».

« L’UE est déterminée à agir conformément à ses intérêts sécuritaires et à protéger ses investissements économiques », a répondu la cheffe de la diplomatie européenne.

L’UE proroge d’un an ses sanctions contre l’Iran

Les États membres ont décidé de prolonger jusqu’au 13 avril 2019 les sanctions imposées à l’Iran depuis 2011, en raison de « graves violations des droits de l’Homme » dans le pays. Un article de notre partenaire, Euroefe.

L’UE a participé à la conclusion du Plan d’action conjoint signé à Vienne en juillet 2015, après des années d’âpres négociations entre l’Iran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). Aux termes de l’accord, Téhéran a accepté de geler son programme nucléaire jusqu’en 2025.

« Aussi longtemps que l’Iran continue à appliquer ses engagements liés au nucléaire, comme il le fait jusqu’à présent, l’Union européenne restera engagée à la poursuite de la mise en œuvre complète et effective de l’accord nucléaire », a assuré la haute-représentante.

Mardi soir, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont dit « regretter la décision américaine de sortir de l’accord nucléaire » iranien et ont fait part de leur « détermination à assurer la mise en œuvre de l’accord », dans un communiqué conjoint.

« Au cours des prochains jours, il sera important de rester en contact avec toutes les parties afin d’éviter une escalade incontrôlée », a observé une source diplomatique allemande.

De son côté, Bruno Le Maire juge que le retrait américain de l’accord nucléaire est « une erreur » pour la sécurité internationale, mais aussi du point de vue économique. Il observe que cette décision aura des « conséquences » pour les entreprises françaises, telles que Total, Sanofi, Renault ou encore Peugeot.

Or, la décision américaine impose aux entreprises étrangères des « délais très courts de l’ordre de six mois » pour se retirer de l’Iran, faute de quoi elles pourraient être frappées par les mesures punitives leur barrant l’accès aux marchés américains.

Cela va « poser des difficultés à toutes les entreprises européennes qui ont des difficultés considérables économiques. Mais plus important encore que le problème économique, c’est le problème de principe, d’avoir des sanctions extraterritoriales », a-t-il jugé.

Dans un tweet, le président du Conseil européen (représentant les 28 Etats membres), Donald Tusk, a promis une « approche européenne unie » et précisé que les dirigeants européens aborderaient la crise nucléaire iranienne mais aussi la guerre commerciale qui menace avec les Etats-Unis lors de leur sommet la semaine prochaine à Sofia.

Selon une source européenne, une réunion de la Commission est prévue la semaine prochaine pour discuter des possibles contre-mesures face aux sanctions américaines. La décision de Donald Trump est « la pire qui pouvait être prise », a jugé la même source.

Téhéran compte toujours sur l’accord

L’Iran souhaite continuer à respecter l’accord de 2015 sur son programme nucléaire, a déclaré le président iranien, Hassan Rohani, après l’annonce de la décision de Donald Trump de le dénoncer.

« Si nous atteignons les objectifs de l’accord en coopération avec les autres parties prenantes, il restera en vigueur […] En sortant de l’accord, l’Amérique a officiellement enfreint un traité international », a déploré le président iranien dans une allocution télévisée.

L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique, avait affirmé en octobre dernier que Téhéran déchirerait l’accord si les États-Unis le dénonçaient.

« J’ai donné pour consigne au ministère des Affaires étrangères de négocier avec les pays européens, la Chine et la Russie dans les semaines à venir. Si, au bout de cette courte période, nous concluons que nous pouvons pleinement bénéficier de l’accord avec la coopération de tous les pays, il restera en vigueur », a poursuivi le président.

Hassan Rohani a ajouté que Téhéran était prêt à reprendre ses activités nucléaires si ses intérêts n’étaient pas garantis par un nouvel accord après des consultations avec les autres signataires du « Plan d’action global conjoint » (PAGC) de 2015.

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