L’UE et les États-Unis entameront un nouveau dialogue sur la défense et la sécurité début 2022

Le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell (à droite), s’entretient avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à gauche) avant leur réunion à Bruxelles le 24 mars 2021. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Vendredi 3 décembre, dans un communiqué, le secrétaire d’État américain Antony Blinken et le chef de la diplomatie de l’Union européenne Josep Borrell ont annoncé que le dialogue entre les États-Unis et l’UE sur la sécurité et la défense, qui avait déjà été annoncé, serait lancé début 2022.

Annoncée pour la première fois lors du sommet conjoint UE-États-Unis de juin, la première réunion devrait se tenir début 2022, avec la participation des départements américains des Affaires étrangères et de la Défense et du Service européen d’action extérieure (SEAE), ainsi que de la Commission européenne et de l’Agence européenne de défense (AED).

Le nouveau forum vise à formaliser les relations des états-majors qui se sont développées entre les deux côtés de l’Atlantique. C’est ce qu’a déclaré le directeur général de l’État-major de l’UE, Hervé Bléjean, lors d’un événement organisé par un groupe de réflexion à Washington jeudi 2 décembre.

Selon M. Bléjean, les domaines de coopération possibles comprendraient la lutte contre les cybermenaces, le changement climatique ainsi que la collaboration en matière de technologies révolutionnaires.

Dans leur déclaration conjointe, M. Blinken et M. Borrell ont reconnu « l’importance d’une défense européenne plus forte et plus performante qui contribuera à la sécurité mondiale et transatlantique » ainsi que « la nécessité de relever les défis communs en matière de sécurité, compte tenu de la solidité de nos liens, de nos valeurs communes et de nos intérêts partagés ».

Cette initiative intervient également à un moment où les tensions entre l’Occident et Moscou sont vives en raison de la situation à la frontière de l’UE avec la Biélorussie et du renforcement des troupes russes en Ukraine et dans les environs, ainsi qu’à un moment où les États-Unis et l’UE adoptent des points de vue de plus en plus convergents sur la menace que représente la Chine.

Ils ont également rappelé la « nécessité de développer des capacités cohérentes, complémentaires et interopérables » et de « soutenir la participation la plus complète possible des États-Unis aux initiatives de défense de l’UE ».

Au début du mois de mai, les États membres ont accepté d’autoriser les États-Unis, la Norvège et le Canada à rejoindre le projet de mobilité militaire de l’Union européenne, considéré comme la « solution miracle » pour la coopération UE-OTAN en matière de défense et conçu pour garantir un déplacement sans accroc des équipements militaires à travers l’UE en cas de crise.

Le mois dernier, ils ont également chargé l’Agence européenne de défense (AED) d’entamer des discussions avec les dirigeants du Pentagone au sujet d’un accord qui faciliterait la coopération sur des projets militaires communs dans le cadre de la coopération structurée permanente (CSP ou PESCO selon l’acronyme anglais) de l’UE.

Si les deux diplomates ont salué cette décision, ils ont également exprimé « un engagement commun à chercher à clôturer rapidement les négociations ».

La CSP comprend actuellement 60 projets militaires conjoints visant à améliorer les principales capacités de défense de l’UE au cours de la prochaine décennie, notamment dans les domaines aérien, spatial, des capacités de formation ainsi que des technologies relatives aux drones.

Selon les experts de la défense, nombre de ces projets pourraient combler les mêmes lacunes capacitaires que celles que les planificateurs de l’OTAN ont identifiées jusqu’à présent et contribuer au renforcement des capacités de l’alliance militaire.

L’UE travaille actuellement sur la boussole stratégique (Strategic Compass), le nouveau document sur la stratégie militaire du bloc, et prévoit d’organiser un sommet européen de la défense au cours du premier semestre de l’année 2022, durant la présidence française du Conseil de l’UE.

La pression en faveur de l’« autonomie stratégique » européenne a été stimulée par le mandat Donald Trump et a repris de plus belle après le retrait des États-Unis d’Afghanistan et l’annonce surprise par Biden, qui a par ailleurs irrité la France, d’un accord de sécurité indopacifique avec le Royaume-Uni et l’Australie.

À la suite de la crise en Afghanistan, les États membres de l’UE ont discuté des propositions relatives à un détachement précurseur et de la possibilité d’évoluer vers une coopération militaire ad hoc entre les États membres de l’UE intéressés, indépendamment des États-Unis et de l’OTAN si nécessaire.

Toutefois, l’UE est confrontée à une division sur la question de savoir jusqu’où doit aller l’intégration de l’Union en matière de sécurité et de défense, les États d’Europe de l’Est craignant que les nouveaux efforts de l’UE pour développer des armes et des capacités n’entrent en concurrence avec l’alliance.

M. Blinken et M. Borrell se sont engagés à « continuer de travailler conjointement pour relever le niveau d’ambition de la coopération OTAN-UE, afin de consolider encore ce partenariat stratégique clé qui se renforce mutuellement ».

Ils ont également réaffirmé leur « soutien indéfectible à une coopération OTAN-UE robuste », un engagement pris dans les déclarations conjointes de 2016 et 2018 de l’organisation.

Une nouvelle déclaration conjointe UE-OTAN, qui devait être présentée avant la fin de l’année mais qui se verra probablement reportée au début 2022, est supposée devenir une référence essentielle pour la coopération future.

« C’est un soutien important et une forme de reconnaissance de la part des États-Unis en faveur de l’autonomie de la défense européenne ainsi qu’un signe qu’ils sont désireux de travailler avec nous », a confié un fonctionnaire européen à EURACTIV.

« C’est également un signal lancé à tous les sceptiques qui rejetaient l’autonomie stratégique et la défense de l’UE en les considérant comme contradictoires avec les États-Unis ou l’OTAN », a-t-il ajouté.

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