L’UE et l’OTAN espèrent arrondir les angles avec Trump

L'inconstance de Donald Trump inquiète les Européens. [stock_photo_world/Shutterstock]

Il tient l’UE en piètre estime et ses critiques vis-à-vis de l’OTAN ont fait craindre un désengagement des États-Unis : à Bruxelles, les dirigeants européens attendent avec fébrilité Donald Trump en espérant effacer ces désaccords.

Dans la capitale de l’UE, où siège également l’Alliance atlantique, les diplomates enchaînent les réunions pour s’assurer que la visite historique du nouveau président américain, qui sera à Bruxelles les 24 et 25 mai, se passera sans accroc.

« L’intention est de faire en sorte que ça soit court, dynamique et positif, et d’éviter des remarques qu’on mettra ensuite des mois à dégonfler », explique Tomas Valasek, directeur du think tank Carnegie Europe.

Les commentaires de Donald Trump, qui avait jugé l’OTAN « obsolète », ont suscité un profond malaise au sein de l’organisation. Le président américain va certainement redemander avec insistance aux Européens qu’ils mettent la main à la poche pour augmenter leurs budgets militaires afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de Washington, et les mettre sous pression pour qu’ils participent davantage à la lutte antiterroriste.

Washington réclame notamment que l’OTAN rejoigne formellement la coalition internationale en Irak et en Syrie contre le groupe jihadiste État islamique (Daesh).

Tous les dirigeants présents auront à l’esprit l’attentat-suicide de lundi soir à Manchester (22 morts, dont des enfants), revendiqué par Daesh et qui vient une nouvelle fois illustrer à quel point le terrorisme est difficile à combattre.

Trump sans concession envers l'UE et l'OTAN

La main tendue vers la Russie, «l’erreur catastrophique de Merkel» sur les migrants, l’Otan «obsolète», le «succès» du Brexit qui verra d’autres pays quitter l’UE: le président américain élu Donald Trump a réalimenté la machine à polémiques dimanche dans des entretiens à la presse européenne.

« Trou à rat »

Mais sur le fond, « tout le monde se demande encore quelle est la politique de Trump sur l’OTAN et l’UE », souligne Markus Kaim, chercheur associé de l’institut de politique étrangère allemand SWP.

Pour éviter toute fausse note, aucune déclaration commune n’est prévue à l’issue du sommet de l’OTAN – des diplomates ont confié en privé leurs craintes que le président américain veuille, au dernier moment, tout changer au mépris des règles de consensus en vigueur – et Donald Trump ne devrait pas donner de conférence de presse.

Juncker menace Trump de soutenir l'indépendance du Texas

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avertit Donald Trump qu’il soutiendra le « Texit », l’indépendance du Texas, si le président américain continue d’afficher son soutien pour le Brexit.

Même les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, et de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui le reçoivent le 25 mai au matin dans le quartier européen, n’ont pas prévu de parler aux médias.

« Le style compte et les Alliés espèrent que cette brève visite renforcera le lien transatlantique au lieu de l’éroder », observe Ian Lesser, analyste du think tank américain German Marshall Fund. En raison du caractère imprévisible de Donald Trump, il y a un « risque que la visite déraille », prévient-il.

Pourtant, les difficultés domestiques du chef de la Maison-Blanche depuis le limogeage du patron du FBI James Comey pourraient favoriser l’UE, en l’incitant à éviter les polémiques afin d’« engranger un succès de politique étrangère sans controverses », selon l’analyste.

Avant son élection, Donald Trump avait décrit Bruxelles comme « un trou à rat ». Il s’est aussi félicité en janvier du « merveilleux » Brexit, prédisant que « d’autres pays vont quitter » l’Union, et a critiqué « l’erreur catastrophique » de l’Allemagne d’ouvrir ses portes aux réfugiés en 2015.

Les Bruxellois ripostent face aux insultes de Donald Trump

Donald Trump, candidat républicain pressenti aux élections américaines de 2016, a qualifié Bruxelles d’« enfer », entrainant un tsunami de commentaires tout aussi ironiques les uns que les autres.

Parapluie nucléaire

À l’OTAN, la sympathie qu’il a affichée pour le président russe Vladimir Poutine a fait trembler certains pays de l’Est à l’idée que les États-Unis pourraient ne pas honorer la clause de défense collective en cas d’agression contre un pays de cette alliance militaire sans équivalent dans le monde, comme prévu à l’article 5 de son traité fondateur.

Mais dans les faits, « les États-Unis n’ont pas indiqué qu’ils allaient retirer ou même réduire leurs engagements militaires en Europe centrale et de l’Est, ni qu’ils allaient retirer d’Europe leur parapluie nucléaire », relève Markus Kaim.

Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, puis le vice-président Mike Pence sont venus en février et mars à Bruxelles réaffirmer la « force » du lien transatlantique.

Et en recevant le secrétaire général de l’OTAN en avril à Washington, Donald Trump est revenu sur ses propos controversés, assurant que l’Alliance « n’est plus obsolète ».

Les autres pays de l’OTAN ont de leur côté affiché leur volontarisme pour augmenter leurs dépenses de défense et se rapprocher de l’objectif d’un budget militaire équivalent à 2% du Produit intérieur brut (PIB) comme promis depuis 2014.

« Plusieurs gouvernements européens ont compris le message selon lequel le leadership américain en Europe n’est plus acquis », souligne Markus Kaim.

Par ailleurs, entre Donald Trump et l’UE, les divergences – sur le protectionnisme commercial ou la lutte contre le changement climatique – sont profondes.

« Il n’y a jamais eu de président américain aussi ouvertement opposé à l’UE » et la rencontre avec Donald Tusk et Jean-Claude Juncker « a potentiellement plus de chances de mal se passer », prédit Tomas Valasek.

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