L’UE n’a pas le « droit moral » d’exiger des sanctions contre la Russie de la part de la Serbie

Bien que la Serbie soit un pays candidat à l’UE et qu’elle soit censée s’aligner sur la politique étrangère de l’UE, la Serbie ne s’est pas ralliée à l’UE pour imposer des sanctions contre la Russie, s’attirant des critiques à Bruxelles et dans tout le bloc. [Shutterstock/goja1]

Les pays ayant bombardé la Serbie n’ont pas le « droit moral » de demander à Belgrade de suivre leur ligne et d’imposer des sanctions contre Moscou, a déclaré le ministre serbe de l’Intérieur Aleksandar Vulin à EURACTIV Grèce dans un entretien exclusif.

« Les pays qui nous ont bombardés, je ne dirais pas qu’ils ont le droit moral de nous demander de nous rallier à leur propre politique », a déclaré M. Vulin.

Bien que la Serbie soit un pays candidat à l’UE et qu’elle soit censée s’aligner sur la politique étrangère de l’UE, la Serbie ne s’est pas ralliée à l’UE pour imposer des sanctions contre la Russie, s’attirant des critiques à Bruxelles et dans tout le bloc.

Faisant référence à l’Ukraine, le ministre serbe a déclaré que son pays respecte l’intégrité territoriale de tous les pays, c’est pourquoi il exige que sa propre intégrité territoriale soit respectée.

« Nous ne devons pas oublier que l’Europe n’a pas résolu le problème de Chypre et qu’elle croit pouvoir résoudre d’autres problèmes. Pour nous, le respect du droit international doit commencer par la Serbie. Et le principe du respect des frontières et de l’intégrité territoriale doit être respecté », a-t-il déclaré.

Invité à commenter la position de l’UE à l’égard de la Turquie, qui est également un pays candidat mais qui n’impose pas non plus de sanctions contre Moscou, il a répondu : « La Turquie est membre de l’OTAN et y constitue la deuxième ou troisième force militaire. Pour nous, les mêmes règles ne s’appliquent tout simplement pas. »

M. Vulin a également laissé entendre que la politique occidentale selon laquelle « la Russie doit être vaincue » dans le cadre de la guerre en Ukraine ne permettrait pas d’établir la paix.

« Je pense que dans la politique actuelle, il est plus important que la Russie soit vaincue plutôt que de parvenir à la paix en Ukraine. Et de cette manière, nous ne pourrons pas instaurer la paix ».

Le chemin de la Serbie vers l’UE

La Serbie a obtenu le statut de candidat à l’UE en mars 2012 et a fait des progrès par rapport aux autres pays des Balkans occidentaux, même si la question du Kosovo reste un défi majeur.

Interrogé sur les aspirations de la Serbie à l’UE et sur le processus « accéléré » proposé pour l’Ukraine, il a déclaré que Belgrade ne s’attendait pas à ce que ce processus soit fairplay et que si la justice prévalait dans les relations internationales, « la Serbie serait beaucoup plus grande ».

« La Serbie doit s’efforcer de renforcer la Serbie elle-même pour être forte et pouvoir répondre aux défis. Tout le reste a moins d’importance ».

Évoquant ses relations avec la Grèce, il a déclaré que la Serbie applique la politique de neutralité afin de pouvoir choisir ses amis et « non les ennemis qui surgissent sans être invités, sans notre accord ».

« Si devenir membre de l’UE a quelque chose à voir avec ce que nous appelons l’ennemi de mon ennemi est mon ami, la Serbie ne veut vraiment pas jouer à ce jeu », a-t-il ajouté.

L’UE répète la même erreur en matière de migration

M. Vulin, qui a participé à la conférence régionale « Processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP) » à Athènes, a également critiqué l’UE pour sa position à l’égard de la migration, affirmant qu’avec la situation en Ukraine, l’Europe a complètement oublié la crise des réfugiés.

« L’Europe répète l’erreur qu’elle a commise dès le début de la crise des réfugiés. Elle n’a pas de politique commune et laisse chaque pays seul face à la crise des réfugiés », a-t-il déclaré.

« Je crains que l’Europe n’ait pas encore de position unie (…) Les responsables politiques n’ont pas réussi à créer une Europe unie, mais les criminels eux ont réussi à créer une telle union », a-t-il ajouté, se demandant ce qu’il adviendra des milliers de réfugiés ukrainiens en Serbie, en Macédoine du Nord ou en Grèce.

« De la même manière qu’avec l’émergence de la pandémie, l’hépatite ou le cancer n’ont pas disparu. Ainsi, dans le cas de l’Ukraine, la crise des réfugiés n’a pas disparu. Ce que j’ai demandé, c’est une position unie, pour nous dire si les réfugiés seront ou non acceptés en Europe ? » a-t-il conclu.

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