L’UE sanctionne trois sociétés pour violation de l’embargo contre la Libye

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas et le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio lors d'une visite au quartier général de l'EUNAVFOR MED IRINI (European Union Naval Force Mediterranean Operation IRINI) à Rome, Italie, 22 juin 2020. [EPA-EFE/ALESSANDRO DI MEO]

L’Union européenne a sanctionné lundi trois entreprises, dont une société turque, impliquées dans les violations de l’embargo sur les ventes d’armements imposé à la Libye par les Nations unies, une décision aussitôt dénoncée par la Turquie.

Outre la société turque Avrasya Shipping, les deux autres entreprises sanctionnées sont le jordanien Med Wave Shipping et le kazakh Sigma Airlines, selon le communiqué de l’UE, qui précise que deux Libyens ont également été sanctionnés.

La décision avait été adoptée vendredi au niveau des ambassadeurs et a été avalisée par les ministres des Affaires étrangères au cours d’une réunion lundi à Bruxelles, selon des diplomates.

Des preuves probantes ont été constituées contre les sociétés et les personnes sanctionnées.

Leurs avoirs dans l’UE seront gelés et elles ne pourront plus avoir de relations avec les entreprises de l’UE, ni avoir accès aux marchés financiers européens.

Cette décision illustre « l’utilisation stratégique par l’UE de son régime de sanctions et sa capacité à réagir aux développements sur le terrain pour soutenir le processus politique et pour dissuader les auteurs passés et présents de nouvelles violations », a affirmé l’UE dans son communiqué.

L’Union européenne a mis en place une opération navale, Irini, chargée de contrôler le respect de l’embargo de l’ONU. Elle a permis de « documenter » de nombreuses violations de l’embargo commises par la Turquie, ont souligné les diplomates. Ses moyens devraient être renforcés, a-t-on confié lundi.

Ces violations « minent le processus politique engagé pour mettre un terme au conflit en Libye », explique-t-on à Bruxelles.

Toutes les preuves de ces violations sont par ailleurs transmises à l’ONU, qui peut aussi décider de sanctions.

L’UE affirme que la société turque Avrasya Shipping exploite un navire appelé le Cirkin, qui, selon elle, a violé l’embargo sur les armes en transportant du matériel militaire vers la Libye en mai et juin 2020.

Décision « erronée » selon Ankara

La Turquie a aussitôt dénoncé la décision européenne. « A un moment où des efforts sont faits pour réduire les tensions en Méditerranée orientale, prendre une décision aussi erronée est extrêmement regrettable », a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué, ajoutant que l’initiative européenne n’avait « aucune valeur » à ses yeux.

La Grèce réclame des sanctions contre la Turquie, mais l'UE veut favoriser le dialogue

Le ministre grec des Affaires étrangères demande à l’UE d’adopter une liste de sanctions potentielles contre la Turquie, au cas où Ankara violerait le territoire grec. Mais des sources affirment que l’UE veut privilégier le dialogue.

Ankara a aussi accusé l’opération navale Irini d’avoir « ignoré » les expéditions en faveur du maréchal Haftar, « en particulier de la part des EAU (Emirats arabes unis) ». « L’opération Irini de l’UE récompense Haftar et punit le gouvernement libyen reconnu par les Nations unies », ajoute le communiqué de la Turquie.

La Libye est déchirée par un conflit entre deux pouvoirs rivaux : le Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et le maréchal Haftar, qui règne sur l’Est et une partie du Sud.

Le premier est soutenu par la Turquie, qui a des militaires sur place, et le second par l’Egypte voisine, les Emirats arabes unis et la Russie.

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