Macron joue les éclaireurs d’une alliance sino-européenne sur le climat

Emmanuel Macron a plaidé pour une alliance franco-chinoise sur le climat. [EPA-EFE/ANDY WONG / POOL]

Dès le premier discours de son premier déplacement officiel en Chine, le président français a mis l’accent sur le climat. Depuis la sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris, Macron se trouve de facto dans un rôle d’ambassadeur européen sur le sujet. Un article de notre partenaire La Tribune.

« Make our planet great again ». Plus de sept mois après l’avoir prononcé une première fois en anglais au soir de l’annonce par Trump de la prochaine sortie des Etats-Unis de l’Accord de Paris, c’est en mandarin que le président français, en voyage officiel en Chine, a réitéré ce 8 janvier son credo climatique.

Il l’a fait dans le cadre d’un discours appelant à une coopération franco-chinoise pour « relancer la bataille climatique » et à « préparer un rehaussement de nos engagements » contre le réchauffement lors de la prochaine COP24, prévue en Pologne à la fin de l’année 2018. Plus largement, Emmanuel Macron a plaidé pour une alliance franco-chinoise pour « l’avenir du monde », en particulier dans l’environnement, et pour que l’Europe coopère aux « nouvelles routes de la soie ». Ce gigantesque projet d’expansion chinois également baptisé « One belt, one road » prévoit la construction de routes, ports et voies ferrées dans 65 pays pour plus de 1.000 milliards de dollars constituant une ceinture terrestre, via l’Asie centrale et la Russie, ainsi qu’une route maritime vers l’Afrique et l’Europe, via l’océan indien, visant à renforcer les échanges entre la Chine et le reste du monde.

La force d’entraînement mondial de la Chine

Le président français a rappelé le rôle essentiel de la Chine – premier émetteur de gaz à effet de serre au monde mais aussi premier investisseur dans les énergies renouvelables – d’abord dans l’obtention de l’Accord de Paris et plus encore dans son maintien suite à la défection américaine. « La Chine a tenu parole. Vous avez démontré la réalité de votre prise de conscience et votre immense sens des responsabilités, a-t-il déclaré. Qui aurait pu imaginer il y a quelques années que la Chine démontrerait une force d’entraînement mondial dans ce domaine ? » , s’est-il demandé. Rappelant que sa propre initiative « One planet summit » du 12 décembre dernier avait pour objectif d’aller plus vite sur la question climatique en réunissant les acteurs progressistes et en mobilisant la finance mondiale, il a notamment cité l’élargissement du marché carbone à l’échelle nationale (annoncé d’ici à 2020) comme gage des ambitions chinoises en la matière. Il n’a pas manqué de rappeler la contribution de l’Agence française de développement à cette transition chinoise, affirmant que 25 des 30 projets financés depuis 15 ans sur le sol chinois pour un montant global de 1 milliard d’euros y contribuaient directement. Il a également souhaité que les deux pays coopèrent autour du « Pacte mondial pour l’environnement »élaboré par Laurent Fabius pour aligner le droit et les objectifs climatiques. Autre projet plus concret : l’organisation en 2019 d’une « année franco-chinoise de la transition écologique », une version augmentée du mois franco-chinois sur l’environnement organisé en 2017 autour de 100 événements qui se sont déroulés dans une vingtaine de villes chinoises.

Une Chine qui joue le jeu du multilatéralisme

Teresa Ribera, ex-secrétaire d’Etat espagnole aux Changements climatiques qui préside aujourd’hui l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), salue l’initiative française. « C’est une très bonne nouvelle qu’Emmanuel Macron souligne le climat comme champ de collaboration et sujet à inscrire à l’agenda bilatéral franco-chinois. » Un agenda qui englobe d’ores et déjà des projets nucléaires (le premier EPR au monde devrait entrer en service à Taishan cette année) et aéronautiques. Dans un entretien avec la presse chinoise, le président français a également évoqué les secteurs de l’agro-alimentaire, de la santé, de la silver economy, du tourisme, des services financiers, de l’art de vivre et…de la transition énergétique. Gageons que les ONG françaises auront à cœur de souligner le risque de décalage entre la posture très proactive adoptée sur la scène internationale et les retards à l’allumage qu’elles déplorent sur le sol français. Mais pour Teresa Ribera, cette initiative vient à point nommé, dans un contexte compliqué aussi bien pour le multilatéralisme que pour l’Europe.

La Chine a bien compris son intérêt de se positionner sur le sujet climat sur un plan économique ou géopolitique. Mais elle pourrait choisir de le faire dans un cadre exclusivement bilatéral. « Pour le moment, Pékin joue le jeu du multilatéralisme », constate Teresa Ribera. Et ce serait dramatique, pour l’avenir des négociations internationales sur le climat, qu’elle décide d’en sortir à son tour. Emmanuel Macron a d’ailleurs déclaré à la presse chinoise que les deux pays pouvaient agir efficacement ensemble pour sortir de la mauvaise passe que traverse ce mode de coopération, pourtant indispensable pour apporter des réponses globales aux enjeux du climat ou du commerce international. De son côté, en tant que cheville ouvrière de l’Accord de Paris, la France bénéficie d’une légitimité particulière sur le climat. « La France a la taille et l’expérience nécessaires pour jouer ce rôle », affirme Teresa Ribera. Les entreprises comme les acteurs financiers sont plutôt bien placés sur ce sujet, et Macron l’a bien compris.

Positionner l’Europe comme partenaire de référence

Il peut donc légitimement se présenter comme ambassadeur du reste de l’Europe, et préparer le terrain pour un accord plus large entre la Chine et l’Union européenne. « La France se transforme en profondeur et, avec elle, c’est l’Europe qui est de retour pour construire une coopération équilibrée avec la Chine », a-t-il d’ailleurs assuré. En effet, ce serait au niveau européen plutôt que franco-français que devrait se nouer l’alliance. Sauf qu’il n’y a guère que Macron en Europe aujourd’hui en mesure de proposer ce genre d’accord, les autres grandes puissances européennes étant chacune engluée dans une situation domestique compliquée. Rappelant que la Chine est déjà le premier partenaire commercial de l’Europe, il a néanmoins regretté que ce partenariat ne soit pas au niveau auquel il devrait, et espéré que son projet pour une Europe forte, souveraine et unie, fasse du Vieux continent un partenaire plus naturel encore pour la Chine. Cet enjeu pour devenir le partenaire de référence est d’autant plus essentiel que lors de la conférence sur ces nouvelles routes de la soie organisée par Pékin en juin dernier, à l’inverse des pays émergents, de Poutine et d’Erdogan, les dirigeants européens étaient bien peu représentés.

Vers des routes de la soie écologiques ?

Mais cette coopération souhaitée sur le front du climat rend plus nécessaire encore la convergence entre l’agenda expansionniste chinois incarné par les « nouvelles routes de la soie » et l’agenda 2030 regroupant l’Accord de Paris et les objectifs de développement durable (ODD). Ce qui n’est pas gagné, mais ne doit pas empêcher, selon Teresa Ribera, de distinguer dans la proposition française à la Chine « des impulsions sur lesquelles s’investir », qui constituent une « opportunité précieuse » à consolider via des alliances avec les banques de développement chinoises, l’AFD ou la BEI. « Si Obama était encore là, il aurait certainement proposé un ‘verdissement’ de ces nouvelles routes de la soie », affirme-t-elle. Macron n’est pas très éloigné de cette position lorsqu’il évoque les nécessaires relations avec les institutions multilatérales visant à la cohérence des objectifs. « Nous devons viser le meilleur résultat environnemental, avec, par exemple, l’objectif de créer des routes de la soie écologiques dans le siècle à venir », a-t-il suggéré.

Sur ce front de la coopération dans le cadre des nouvelles routes de la soie, l’initiative de Macron est diversement appréciée. D’aucuns moquent le peu d’importance qu’accorde la Chine à Paris, tandis que d’autres, plus nombreux encore, exhortent le président français à exiger plus de contrepartie. Dans Le Figaro, David Baverez, investisseur français installé à Hong Kong  et auteur de « Paris Pékin Express » qualifie le projet « One belt, one road » de hold-up stratégique. François Candelon, spécialiste de la Chine au Boston Consulting Group (BCG), basé à Shanghaï, renchérit :

« La naïveté serait de ne rien demander en contrepartie. Il y a une opportunité à saisir pour l’Europe au moment où les États-Unis sortent du multilatéralisme. »

Sur le climat comme sur la nouvelle route de la soie, le timing est le bon mais la question reste de savoir si la France peut faire figure d’ambassadeur européen aux yeux de la puissance chinoise.

La Tribune

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