Maduro rejette l’ultimatum européen

Nicolas Maduro [EPA-EFE/MIGUEL GUTIERREZ]

Le chef de l’État vénézuélien Nicolas Maduro a rejeté l’ultimatum de plusieurs pays européens pour l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle. La France, l’Espagne et la Suède ont reconnu l’opposant Juan Guaido comme président.

Dans un entretien avec la chaîne de télévision espagnole La Sexta, Nicolas Maduro a déclaré qu’il ne ferait pas preuve de « lâcheté face aux pressions » de ceux qui réclament son départ.

L’Espagne, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, le Portugal, rejoints dimanche par l’Autriche, exigeaient de Nicolas Maduro qu’il annonce la convocation d’une présidentielle anticipée, faute de quoi ils reconnaîtraient à partir de lundi Juan Guaido, 35 ans, comme président.

L'Europe souhaite des élections au Venezuela

Alors que les présidents d’Amérique latine reconnaissent un à un le président autoproclamé au Venezuela, le leader de l’opposition Juan Guaidó, l’UE reste réticente à emboiter le pas des États-Unis et appelle plutôt à des élections libres et crédibles.

« Pourquoi faut-il que l’Union européenne dise à un pays du monde qui a déjà organisé des élections qu’il doit refaire son élection présidentielle, parce que ce ne sont pas ses alliés de droite qui l’ont gagnée ? », s’est interrogé M. Maduro, qui s’exprimait depuis Caracas.

« Ils tentent de nous coincer avec des ultimatums pour nous obliger à en venir à une situation extrême de confrontation », a-t-il poursuivi.

Quelques heures après l’expiration de cet ultimatum, Ottawa doit accueillir lundi matin une réunion de crise des ministres des Affaires étrangères du Groupe de Lima, qui regroupe le Canada et une dizaine de pays latino-américains.

Des « participants de l’ensemble de la communauté internationale » devraient également se joindre aux discussions, selon le ministère canadien des Affaires étrangères. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo y participera par vidéoconférence, a indiqué le département d’État. Et l’Union européenne pourrait aussi y prendre part.

« Trois piliers de la crise »

Cette réunion, censée débuter à partir de 9h00 locales (14h00 GMT), vise à discuter des « trois piliers de la crise vénézuélienne », selon l’expression de la diplomatie canadienne : humanitaire, économique et politique. Une conférence de presse est prévue à l’issue des débats, vers 20h30 GMT.

Dimanche, le Premier ministre Justin Trudeau, qui s’est impliqué personnellement dans cette crise, a d’ailleurs téléphoné à Juan Guaido. Les deux hommes ont appelé à l’organisation d’une présidentielle « libre et juste » et réaffirmé « l’illégitimité » de Nicolas Maduro.

Créé en 2017, le Groupe de Lima comprend l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, le Guyana et Sainte-Lucie.

Si M. Maduro n’organisait pas de présidentielle, avait prévenu dimanche la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau, « nous considèrerons que M. Guaido est légitime pour les organiser à sa place et nous le considèrerons comme le président par intérim jusqu’à des élections légitimes ».

« Ce que répond jusqu’à présent M. Maduro, c’est ‘je vais organiser des élections législatives’, sous-entendu ‘je veux me débarrasser du président du Parlement (où l’opposition est actuellement majoritaire, ndlr), Juan Guaido’, qui est justement soutenu par les manifestants. Là encore, cette réponse est une farce, une farce tragique », ajoutait-elle.

Jeudi, le Parlement européen a reconnu l’autorité de M. Guaido et a appelé l’ensemble des pays de l’Union européenne à faire de même.

Les États-Unis, le Canada et de nombreux pays d’Amérique latine, dont la Colombie et le Brésil, ont déjà reconnu Juan Guaido.

Le Parlement européen prend le parti de l'opposition vénézuélienne

Le Parlement européen a reconnu Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela puisque Nicolás Maduro « a refusé publiquement d’organiser de nouvelles élections présidentielles ». L’hémicycle a aussi réclamé la libération immédiate de journalistes. Un article d’Euroefe.

« Ingérence destructrice »

Donald Trump a de son côté réaffirmé que le recours à l’armée américaine au Venezuela était « une option », dans un entretien avec la chaîne de télévision américaine CBS diffusé dimanche.

Soutenu par la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Turquie ou encore Cuba, M. Maduro, 56 ans, accuse les États-Unis d’orchestrer un coup d’État.

« La solution à ces problèmes (au Venezuela), avant tout socio-économiques, doit être trouvée et mise en œuvre par les Vénézuéliens eux-mêmes. La tâche de la communauté internationale est de les aider dans ce domaine, sans ingérence extérieure destructrice », a à cet égard déclaré le responsable du département chargé de l’Amérique latine au ministère russe des Affaires étrangères, Alexandre Chtchetinine, cité par l’agence de presse Interfax.

Lors de sa première réapparition en public pour la première fois en six mois, Nicolas Maduro avait rassemblé samedi des milliers de ses partisans à Caracas. Il avait relancé l’idée de législatives anticipées dans le courant de l’année, pour remplacer un Parlement dépouillé de l’essentiel de ses prérogatives au profit d’une Assemblée constituante qui lui est acquise.

Un groupe de contact international constitué par l’UE pour favoriser l’organisation d’une élection présidentielle « libre, transparente et crédible » doit se réunir jeudi à Montevideo, ont annoncé la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le président uruguayen Tabaré Vazquez.

L’UE et huit de ses États membres (Allemagne, Espagne, France, Italie, Portugal, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) en font partie, ainsi que la Bolivie, le Costa Rica, l’Équateur et l’Uruguay.

Devant la représentation de l’Union européenne à Caracas, Juan Guaido a prédit samedi un mois de février « déterminant » et a appelé ses partisans à une nouvelle manifestation le 12 février. Il a également annoncé l’arrivée dans les prochains jours d’une aide humanitaire.

Selon lui, des centres de collecte doivent être installés de l’autre côté de la frontière, en Colombie et au Brésil, et sur une « île des Caraïbes ».

Les États-Unis ont de leur côté fait savoir, via un message sur Twitter du conseiller à la Sécurité nationale John Bolton, qu’à la demande du chef de l’opposition, ils préparaient déjà et « transportaient de l’aide humanitaire » destinée au Venezuela.

Les habitants du Venezuela, pays pétrolier et autrefois le plus riche d’Amérique latine, sont désormais confrontés à de graves pénuries de vivres et de médicaments, ainsi qu’à une inflation galopante. Depuis 2015, quelque 2,3 millions d’entre eux ont choisi de s’exiler, sur une population totale de 31 millions d’habitants.

« Régler la crise économique et humanitaire qui dévaste le Venezuela exigera un large soutien de la communauté international », a twitté le numéro deux du FMI, l’Américain David Lipton.

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