Zdeněk Hřib, maire de Prague, persiste à tenir tête à la Chine

[EPA/FILIP SINGER ]

Zdeněk Hřib est le premier maire de Prague affilié au Parti pirate. En fonction depuis 10 mois seulement, il a déjà attiré l’attention de médias internationaux : il s’oppose à l’ingérence chinoise dans les affaires de son pays.

Zdeněk Hřib est devenu le symbole de la résistance contre l’ingérence chinoise pour de nombreux habitants de la République tchèque. Il va à l’encontre des positions du Premier ministre, Andrej Babiš, et du président, Miloš Zeman, qui sont tous les deux connus pour encourager les investissements chinois.

« Je me considère comme un politique libéral. Nous (le Parti pirate) ne nous situons ni à gauche ni à droite, nous sommes au milieu », a indiqué Zdeněk Hřib. Le parti est également présent dans d’autres États membres de l’UE comme l’Allemagne, la Suède ou le Luxembourg.

Mais qu’a donc fait le maire pour susciter l’intérêt de journaux comme The Guardian, the Washington Post et le Neue Zürcher Zeitung ?

Au début de sa mandature, il a refusé de renvoyer l’ambassadeur de Taiwan à Prague à la demande de l’ambassadeur chinois. Il a par la suite installé le drapeau du Tibet dans le bâtiment de l’hôtel de ville, et organisé une rencontre avec le Premier ministre tibétain en exil, Lobsang Sangay.

Toutefois, ce qui a vraiment rendu Zdeněk Hřib célèbre c’est sa lutte pour supprimer l’article 3 de l’accord conclu entre les villes jumelles que sont Prague et Pékin, alors que les conséquences auraient pu entraver la collaboration avec Pékin. L’article 3 stipule que la République tchèque reconnait le principe de la « Chine unique », selon lequel Taïwan, Hong-kong, le Tibet, Macao et le Xinjiang font partie d’une Chine réunifiée.

« Nous voulons maintenir des partenariats apolitiques avec les villes étrangères, qui s’appuient sur des échanges culturels bénéfiques à chacun. S’il est impossible d’abolir l’article 3, peut-être que l’annulation du contrat est l’un des scénarios envisageables », a-t-il déclaré.

Certains y voient la volonté de réinstaurer les valeurs défendues par le premier président de la République tchèque, Václav Havel, qui soutenait le Tibet et était devenu un symbole de la lutte contre le communisme.

« Je ne me considère pas comme l’héritier de Václav Havel. Mon parti progresse vers une politique centrale et libérale. Personnellement, Prague est ma seule priorité », a-t-il affirmé, avançant que son intention n’était pas de lutter contre la Chine, mais les seuls intérêts qu’il défend sont ceux de « La capitale magique de l’Europe ».

D’ailleurs, le maire a pour priorité de planter un million d’arbres à Prague, dont 170 000 ont été déjà plantés. Il soutient également la construction d’une nouvelle ligne de métro, le développement général des infrastructures et l’écologie.

« Le conseil municipal de Prague gère toutes les affaires liées à Prague et à son gouvernement municipal. Ainsi, le conseil est compétent dans toutes négociations visant à modifier l’accord de partenariat avec Pékin ou concernant la tradition de hisser le drapeau tibétain à l’hôtel de ville », a-t-il ajouté.

Entre temps, la guéguerre entre la Chine et le maire se poursuit.

Fin août par exemple, les autorités chinoises ont annulé la visite du quatuor Pražák, un quatuor à cordes célèbre en République tchèque, sur leur territoire. Plus tôt dans l’année, la tournée organisée par l’orchestre philharmonique de Prague avait également été annulée dans l’Empire du Milieu.

Zdeněk Hřib a indiqué que le conseil municipal de Prague ne s’exprimerait pas sur la crise à Hong Kong, mais le maire dénonce les violences policières injustifiées.

Le sénateur Pavel Fischer et le président de la confédération syndicale tchèque morave, Josef Středula, ont appelé l’ambassadeur de Chine en République tchèque à respecter les droits de l’homme et à mettre un terme aux actes de violence contre les manifestants hong-kongais.

L’ambassade chinoise a rétorqué « qu’elle avait remarqué que plusieurs politiques et institutions avaient récemment exprimé des opinions erronées et avaient même publié des lettres ouvertes sur la situation à Hong Kong. Ces actions interfèrent avec les affaires intérieures de la Chine ».

« Hong Kong fait partie de la Chine. Le gouvernement chinois ne permettra jamais que la communauté internationale s’immisce dans les affaires liées à Hong Kong et y sème le chaos », a écrit l’ambassade chinoise.

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