Mobilisation européenne historique pour les valeurs républicaines

Jean-Claude Juncker, avec David Cameron, Federica Mogherini, Anne Hidalgo, François Hollande et Angela Merkel à Paris le 11 janvier- Reuters

Près de 4 millions de personnes en France ont défilé pour défendre les valeurs républicaines contre le terrorisme, notamment à Paris aux côtés des principaux responsables politiques européens.  Les ministres de l’Intérieur de l’UE estiment que les textes actuels de lutte contre le terrorisme en UE sont insuffisants.?

Les chefs d’État et de gouvernement européens se sont massivement retrouvés à Paris dimanche 11 janvier pour afficher leur unité contre le terrorisme, après une semaine sanglante qui a fait 17 victimes en France dont 7 journalistes. Une journée historique où les politiques ont fait fi de leurs dissensions pour afficher une unité inédite.

Mobilisation « sans précédent »

La marche républicaine a rassemblé un nombre de participants sans précédent. En France, environ 4 millions de personnes ont défilé dans la capitale et dans les différentes villes de province, selon les chiffres officiels de la préfecture, faisant du rassemblement le plus important jamais recensé. A Paris, les participants étaient entre 1,5 et 2 millions, même si toute estimation semblait difficile. Des chiffres totalement inédits à ce jour pour une manifestation dans l’Hexagone.

Au-delà de la mobilisation en France, de nombreux rassemblements ont eu lieu en Europe et dans le monde, qui ont rassemblé environ 100 000 participants:  20 000 à Bruxelles, 18 000 à Berlin, mais aussi en Autriche, en Suède en Italie ou en Espagne.

Arrivée à la mi-journée à l’Élysée, la chancelière allemande, Angela Merkel a même incliné la tête sur l’épaule de François Hollande, offrant une image surprenante de concorde franco-allemande. De même, David Cameron qui s’oppose fermement aux positions plus fédéralistes de la France en matière européenne, et qui avait été le premier à annoncer sa venue aux côtés du Président français, et fait montre de fraternité.

Ribambelle de chefs d’États européens

Parmi les chefs d’État européen présents dans le cortège de tête de la marche républicaine, figuraient notamment Matteo Renzi (Italie), Mariano Rajoy, Helle Thorning-Schmidt (Danemark), Charles Michel (Belgique), Mark Rutt (Hollande),  Antonis Samaras (Grèce), Alexander Stubb  (Finlande), mais aussi des invités plus gênants, tels que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov ou encore Viktor Orban, le premier ministre hongrois, régulièrement critiqué pour ses attaques envers la presse et l’indépendance des médias.

L’ensemble des présidents des institutions européennes: Martin Schulz (Parlement européen), Donald Tusk (Conseil européen) et Jean-Claude Juncker (Commission européenne) avaient également fait le déplacement.

Autre présence hautement symbolique, les leaders politiques Benhyamin Netanyaou et Mahmoud Abbas ont participé au même déjeuner et au même défilé dans les rues de Paris. Les principaux leaders européens ont mené le cortège aux côtés de François Hollande, y compris le président du Conseil européen, Donald Tusk, Jean-Claude Juncker le président de la Commission, et Federica Mogherini, en charge des affaires étrangères.

La mobilisation européenne avait commencé dans la matinée avec celle des ministres de l’Intérieur réunis place Beauvau. En plus des 28 ministres des pays membres, le secrétaire d’État américain Eric Holder était présent et a assuré l’UE de son soutien dans la lutte contre les « combattants étrangers ».

Priorité à la lutte contre les « combattants étrangers »

Le ministre français Bernard Cazeneuve avait dans une déclaration commune estimé que les textes européens actuels organisant la lutte contre le terrorisme ne suffisaient, et affiché sa volonté d’aller plus loin. Deux pistes prioritaires vont être explorées : celle des moyens destinés à contrecarrer les déplacements de combattants étrangers, ainsi que la lutte contre la propagande faite sur Internet. Le recours à Europol, Eurojust et Interpol doit également s’intensifier tout comme les échanges d’informations entre polices européennes.

>>Lire aussi : Réunion d’urgence des ministres de l’intérieur européens

Le ministre a clairement insisté sur la question des « PNR » ou passenger name record, un projet de registre unique pour les passagers du trafic aérien, actuellement bloqué au Parlement européen où les élus s’inquiètent du danger pour les libertés individuelles. « Nous souhaitons une approche constructive avec les représentants du Parlement européen, et je recevrai prochainement les élus français chargés du dossier » a prévenu le ministre.

De son côté, l’américain Eric Holder a annoncé la tenue d’une réunion internationale sur le terrorisme le 18 janvier prochain à Washington.

Un Français sur 20 dans la rue

Aux alentours de la place de la République, une foule compacte s’est rassemblée sur un parcours visiblement trop juste pour contenir les deux millions de participants. Réunis dès 12h place de la République pour certains, les manifestants ont dû patienter jusqu’à 16h15 avant de pouvoir partir de la place de la République, alors que la marche des « VIP » devant eux bloquait le cortège. Les chefs d’État ont en effet marché sur une longueur de 400 mètres avec les familles des victimes et les salariés de Charlie Hebdo, avant de discuter avec eux au milieu du boulevard, retardant la progression de la marche.

En attendant, la foule composée d’enfants, de personnes âgées et de quidams cosmopolites affichait des banderoles de soutien au journal décimé, trompant le froid en chantant la Marseillaise ou l’Internationale, ou encore en applaudissant. Mais la plupart des participants n’étaient pas exactement des manifestants aguerris. « Je ne défile jamais, mais là je suis meurtri, on a abîmé mon pays » expliquait un retraité marchant péniblement, avec une canne.

Des forces de l’ordre acclamées

Entre la place de la République et celle de la Bastille, un cortège de voitures de CRS a été longuement applaudi par la foule, un phénomène rare dans les manifestations parisiennes où  les forces de l’ordre sont le plus souvent conspuées. Parmi les dizaines de « snipers » postés sur les toits en marge de la manifestation,  certains ont aussi été acclamés par la foule, et ont répondu en agitant la main.

Le défilé s’est finalement déroulé sur plusieurs itinéraires parallèles, dans un certain chaos, les manifestants ne se dispersant qu’à la nuit tombée, au moins deux heures après le départ des dirigeants européens rentrés à l’Élysée entre temps, dont Matteo Renzi qui fêtait ses 40 ans.

Ministère de l'Intérieur

Déclaration des ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, 11/01/2015

 

 

 

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