À Bruxelles, Netanyahou s’oppose frontalement à l’UE

Benyamin Netanyahou et Federica Mogherini, à Bruxelles, le 11 décembre. [Council]

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s’est clairement opposé à la doxa européenne sur la question de la Palestine et du statut de Jerusalem que les Etats-Unis souhaitent voir devenir capitale d’Israël.

Il s’agissait de la première visite d’un Premier ministre israélien depuis longtemps. La dernière remonte en effet à 22 ans, avec Yitzhak Shamir.

Au sujet des discussions,  Benyamin Netanyahou a évoqué avec les 28 ministres des Affaires étrangères la situation à Jérusalem et de « la perspective du début des négociations pour une solution à deux États ».

Pour Federica Mogherini, « la pire chose qui puisse arriver à présent serait une escalade des tensions » qui, selon elle, serait « un cadeau pour les extrémistes ».

Benyamin Netanyahou a pour sa part remercié la Haute Représentante et le gouvernement lituanien – il a en réalité probablement voulu remercier l’Estonie, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE et est à l’origine de son invitation à Bruxelles. Dans sa déclaration, il a souligné que les services de renseignement israéliens avaient empêché de nombreuses attaques terroristes sur le sol européen.

« Israël remplit une fonction de sécurité très importante pour le peuple européen. Cette fonction n’est pas toujours comprise par tous, mais elle appréciée par les gouvernements concernés », a-t-il assuré.

Il a également affirmé qu’Israël était un grand partenaire de l’UE dans le champ de l’innovation, mentionnant  des domaines tels que l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les voitures connectées.

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« Pendant 3 000 ans, Jérusalem a été la capitale du peuple juif », a-t-il martelé, déplorant que cette situation ait été « niée par l’ONU », un commentaire qui visait surtout l’UNESCO. Pour lui, la reconnaissance de cette capitale par le président américain est donc naturelle et nécessaire à la paix.

Le Premier ministre israélien a cependant déclaré que l’administration américaine préparait une proposition de paix. « Je pense que nous devrions donner une chance à la paix. Il est temps que les Palestiniens reconnaissent l’État juif et sa capitale : Jérusalem », a-t-il ajouté.

La décision de Donald Trump a été condamnée par presque tous les pays de la région, ainsi que par un grand nombre de représentants du monde occidental, dont Emmanuel Macron. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne a en outre ravivé les tensions entre Israéliens et Palestiniens et les observateurs craignent une nouvelle intifada. La nouvelle a en effet été interprétée comme une négation des efforts de pour la paix et la création d’une solution pérenne pour la Palestine.

Pour l’eurodéputée Marietje Schaake, vice-présidente de la délégation pour les relations avec les États-Unis, la décision de Donald Trump risque de mettre le feu à la région, et les déclarations de Benyamin Netanyahou à Paris, le 10 décembre, ne font rien pour apaiser les tensions, au contraire.

« La position de l’UE est claire : une solution à deux États, où Jérusalem serait à la fois la capitale israélienne et palestinienne, est la seule solution possible », a-t-elle rappelé. « Nous devons rester unis et réitérer cette position clairement et avec force. »

« Je pense que tous les États européens, ou la plupart, déménageront leurs ambassades à Jérusalem, reconnaîtront Jérusalem comme la capitale d’Israël et s’engageront de manière énergique avec nous pour la sécurité, la prospérité et la paix », a estimé Benyamin Netanyahou, contre toute évidence, avant de rencontrer la représentante européenne.

De son côté, l’Italienne s’est distanciée de la décision américaine. « Nous pensons que la seule solution réaliste au conflit entre Israël et la Palestine est basée sur deux États, avec Jérusalem comme capitale des deux États, suivant les frontières de 1967. Ceci est notre position consolidée et nous continuerons de respecter le consensus international jusqu’à ce que le statut de la ville soit résolu par la négociation », a-t-elle insisté.

La colonisation reste aux yeux des Européens l’un des principaux obstacles à la paix, alors que le gouvernement israélien a relancé en octobre des projets de construction de milliers de logements de colons en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est annexée.

Recevant le Premier ministre israélien la veille de sa visite à Bruxelles, Emmanuel Macron l’a invité à faire « des gestes courageux envers les Palestiniens pour sortir de l’impasse » et permettre ainsi « la reprise du dialogue israélo-palestinien », notamment « le gel de la colonisation » et des « mesures de confiance à l’égard de l’Autorité palestinienne ».

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Le reste de l’ordre du jour

Par la suite, les ministres tiendront une discussion « plus large » sur le Moyen-Orient, qui abordera notamment sur le soutien de l’UE aux pays de la région, comme le Liban, où Federica Mogherini se rendra le 19 décembre pour apporter son soutien au Premier ministre Saad al-Hariri et aux institutions du pays.

Le Liban est toujours en train de se remettre d’une crise déclenchée il y a un mois, lorsque Hariri a annoncé sa démission lors d’une visite en Arabie Saoudite, accusant l’Iran et le Hezbollah de s’ingérer dans des conflits régionaux en violation de la politique de non-intervention du Liban.

Saad al-Hariri est retourné au Liban deux semaines plus tard et a retiré sa démission, qui aurait pu être forcée, la semaine dernière, tandis que son gouvernement a réaffirmé sa politique de non-intervention.

La Haute Représentante européenne a également souligné que la stratégie renouvelée de l’UE pour l’Irak, le soutien de l’UE alors que le pays sort de la « terrible expérience » de son combat contre Daesh, serait abordée.

Les forces irakiennes ont repris samedi les dernières zones encore sous contrôle de l’EI le long de la frontière avec la Syrie et ont sécurisé le désert occidental, marquant la fin de la guerre contre les militants, trois ans après la prise par Daesh d’environ un tiers du territoire irakien.

Les ministres européens auront également à valider la « décision historique de créer la CSP », la coopération structurée permanente (PESCO en anglais), telle que définie dans le Traité de l’UE. Cette initiative met l’accent sur le développement de la coopération en termes de projets individuels entre les États membres. Des projets d’armement, qui intéressent plusieurs États membres, seront lancés dans ce cadre. Ils seront alors considérés comme des projets de l’UE, même si tous les États membres n’y participent pas.

À ce jour, 25 États membres (tous sauf le Royaume-Uni, le Danemark et Malte) ont notifié leur intention de faire partie de la CSP. Ils identifieront 17 projets communs de l’UE.

Ensuite, les ministres de l’UE accueilleront leurs cinq partenaires du Sahel, le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger. La région du Sahel est confrontée à un certain nombre de défis pressants tels que l’extrême pauvreté, les crises alimentaires fréquentes, une croissance démographique très forte, les faiblesses institutionnelles, l’immigration illégale et tous les délits qui y sont associés, comme la traite des êtres humains et le trafic de migrants. L’extrémisme violent pose également de graves problèmes de sécurité dans la région et peut avoir des répercussions en dehors de la région, y compris en Europe.

Federica Mogherini a déclaré que l’UE soutient fermement travail de ces pays sur le développement, mais aussi sur la sécurité, la lutte contre la traite et la criminalité organisée.

Enfin et surtout, les ministres des Affaires étrangères et les ministres du Développement donneront suite au récent sommet UE-Union africaine : la première rencontre du groupe de haut niveau contre le trafic d’êtres humains aura lieu le 14 décembre.

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