Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi en visite en Ukraine : réel symbole ou politique intérieure ?

L’Allemagne et la France ont toutes deux été de plus en plus critiquées ces dernières semaines, plusieurs responsables ukrainiens ayant déclaré que les deux plus grands États membres de l’UE n’en faisaient pas assez pour soutenir les efforts de Kiev pour repousser l’invasion russe et qu’ils étaient trop réticents à couper les liens avec la Russie. [Shutterstock/Andreas Wolochow]

Les dirigeants de l’Allemagne, de la France et de l’Italie se rendent dans la capitale ukrainienne ce jeudi 16 juin pour assurer leur soutien au pays déchiré par la guerre, dans l’espoir d’apaiser le mécontentement croissant suscité par leur soutien timide.

Toutefois, les analystes avertissent que cette visite, qui intervient alors que Bruxelles s’apprête à rendre son verdict sur la candidature de Kiev à l’Union européenne, a des fondements de politique intérieure et n’est pas susceptible de modifier la substance des politiques de Berlin, Paris et Rome à l’égard de l’Ukraine.

Si la visite d’Olaf Scholz, d’Emmanuel Macron et de Mario Draghi n’a pas encore été officiellement confirmée, de multiples sources indiquent qu’ils se rendent à Kiev pour discuter de la candidature de l’Ukraine à l’UE et d’un soutien financier et militaire supplémentaire.

Une photo publiée jeudi (15 juin) matin par l’agence de presse italienne RAI montrant les trois dirigeants dans un compartiment de train semble confirmer ces informations.

L’Allemagne et la France ont toutes deux été de plus en plus critiquées ces dernières semaines, plusieurs responsables ukrainiens ayant déclaré que les deux plus grands États membres de l’UE n’en faisaient pas assez pour soutenir les efforts de Kiev pour repousser l’invasion russe et qu’ils étaient trop réticents à couper les liens avec la Russie.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déjà souligné qu’«  il ne faut pas tenter de trouver un équilibre entre l’Ukraine et les relations avec la Russie  », a-t-il déclaré mardi à la chaîne de télévision allemande ZDF.

Toutefois, si les trois chefs d’État tentent de montrer leur soutien indéfectible à l’Ukraine, il est peu probable que cette visite marque un changement de cap.

«  Je pense que c’est davantage une forme de politique symbolique que les trois chefs d’État les plus prudents et hésitants en termes de livraisons d’armes et de relations avec la Russie se rendent maintenant en Ukraine  », a déclaré à EURACTIV Stefan Meister, responsable du programme pour l’ordre international et la démocratie au Conseil allemand des Relations extérieures (DGAP).

Le choix de la date de cette visite n’est pas une coïncidence, puisque la Commission européenne doit annoncer vendredi si elle propose d’accorder à l’Ukraine le statut de candidat à l’UE.

Cependant, il y a aussi des raisons de politique intérieure à cette visite.

La pression est particulièrement forte sur M. Scholz, qui a déjà refusé de se rendre en Ukraine car il ne veut pas s’y rendre «  pour un rapide aller-retour avec une séance de photos  », a-t-il déclaré en mai.

Cependant, il a depuis été davantage pris entre deux feux, puisqu’il n’a pas livré à l’Ukraine l’armement lourd qu’il avait promis il y a un mois et a été de plus en plus critiqué par les responsables ukrainiens en raison de ses hésitations.

En France, en revanche, la visite intervient quelques jours seulement avant le second tour des élections législatives de dimanche, où M. Macron entend défendre sa majorité à l’Assemblée nationale contre l’alliance de gauche NUPES, qui a réussi à recueillir un soutien croissant ces dernières semaines.

Encourager les négociations de paix ?

Si la perspective d’un soutien financier et militaire supplémentaire et le statut de candidat à l’UE de l’Ukraine devraient figurer en tête de l’ordre du jour, il est fort probable que les dirigeants des plus grands pays de l’UE discuteront également d’éventuels négociations de paix avec la Russie.

Le président Emmanuel Macron s’est montré particulièrement franc à ce sujet. Il a souligné, début juin, que l’Occident «  ne doit pas humilier la Russie  », ce qui a suscité de nombreuses critiques en Ukraine.

M. Macron a réitéré cette position mercredi (15 juin) lors d’une visite en Roumanie et en Moldavie, où il a souligné que «  le président ukrainien, et ses dirigeants, devra négocier avec la Russie.  »

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Alors que M. Scholz s’est abstenu de plaider publiquement en faveur de négociations de paix, Stefan Meister, expert de la Russie, a déclaré que la France et l’Allemagne avaient «  des positions similaires sur la question  ».

«  Je pense que la visite aura également pour but d’explorer ce qui est possible en termes de cessez-le-feu et la position de l’Ukraine à cet égard  », a déclaré M. Meister.

Préférence pour «  la paix  » ou «  la justice  » ?

Par ailleurs, de nouveaux sondages publiés mercredi par le Conseil européen des relations étrangères (ECFR) pourraient indiquer que les dirigeants allemands et français ont bien pris la température de leurs populations respectives.

Dans tous les pays interrogés, à l’exception de la Pologne et du Royaume-Uni, le camp de la «  paix  » prédominait parmi les votants européens (35 %), qui souhaitent donc la fin à la guerre dès que possible, tandis que 22 % seulement pensent que seule une défaite nette de la Russie peut apporter la paix.

Ces chiffres sont encore plus élevés en Italie, en Allemagne et en France, où 52 %, 49 % et 41 % des personnes interrogées, respectivement, souhaitent la paix immédiate, même si cela implique des concessions ukrainiennes à la Russie.

Seuls 16 %, 19 % et 20 % pensent que seule la défaite de la Russie peut apporter la paix.

Parallèlement, l’Ukraine a déjà rejeté l’idée d’un éventuel plan de paix négocié par la France et l’Allemagne, comme ce fut le cas avec les accords de Minsk qui ont permis de geler le conflit en Ukraine en 2014 et 2015.

«  Je crains qu’ils n’essaient de parvenir à un accord Minsk III  », a déclaré à Bild le principal conseiller de M. Zelensky, Oleksiy Arestovych.

«  Ils diront que nous devons arrêter la guerre qui cause des problèmes alimentaires et économiques  », a-t-il déclaré.

Pour M. Arestovitch, une telle option n’est pas envisageable. Vladimir Poutine a tué des gens à Bucarest, «  et l’Occident dit que nous devons lui sauver la face  ».

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