Olaf Scholz entend renforcer les relations avec les démocraties africaines sur fond de guerre en Ukraine

Olaf Scholz a débuté sa visite de trois jours en Afrique par le Sénégal, dont le président assure actuellement la présidence de l’Union africaine (UA). [Bundesregierung/Kugler]

Le chancelier allemand Olaf Scholz s’est rendu en Afrique dimanche (22 mai) pour tenter de resserrer les liens avec les démocraties du continent partageant les mêmes idées dans un ordre mondial de plus en plus multipolaire, qui est aujourd’hui remodelé en raison de la guerre menée par la Russie en Ukraine.

M. Scholz a débuté sa visite de trois jours en Afrique par le Sénégal, dont le président assure actuellement la présidence de l’Union africaine (UA). Dans les prochains jours, il poursuivra son voyage en Afrique du Sud et au Niger, que Berlin considère comme l’une des plus importantes démocraties du continent africain.

« Pour éviter que ces crises n’alimentent de nouveaux points chauds, nous devons agir résolument parce que le monde devient de plus en plus multipolaire avec différents centres et influences », a déclaré Scholz lors d’une conférence de presse avec son homologue sénégalais Macky Sall.

« De nombreux pays dans le monde sont touchés par cette guerre alors qu’ils en sont éloignés », a-t-il poursuivi.

Ce voyage s’inscrit dans une tentative plus large de Berlin de convaincre le plus grand nombre possible d’États partageant les mêmes idées de défendre un ordre international fondé sur des règles, a déclaré un haut fonctionnaire allemand, notamment en ce qui concerne la guerre menée par la Russie en Ukraine.

L’Allemagne et l’Union européenne cherchaient déjà à renforcer leurs liens avec l’Afrique avant la guerre en Ukraine. Lors du sommet UE-Afrique de début février, l’UE a promis 150 milliards d’euros d’investissements pour le continent.

L’Allemagne a elle-même essayé de jouer un rôle clé dans la politique africaine de l’UE, car le continent voisin est considéré comme crucial pour garantir la stabilité de l’ordre mondial fondé sur des règles. Le chancelier allemand entend poursuivre cette approche au cours de sa visite en Afrique.

Le Sénégal et l’Afrique du Sud sont tous deux considérés comme des États clés dans l’ordre multipolaire émergent et l’Europe ne se retrouvera probablement pas avec ce « duopole de la Chine et des États-Unis », a déclaré ce même fonctionnaire. La multipolarité émergente du monde rendra donc encore plus essentielle une collaboration étroite avec les démocraties non occidentales, a-t-il ajouté.

L’Allemagne veut jouer un rôle clé dans la nouvelle politique africaine de l’UE

Le gouvernement allemand espère que le sommet UE-Afrique marquera un nouveau départ dans la politique africaine du bloc, notamment avec le développement et la politique énergétique au premier plan.

Un rapprochement avec les démocraties « de même sensibilité » ?

Berlin a déjà fait des efforts pour renforcer la collaboration avec d’autres démocraties. Début mai, le gouvernement allemand a tenu des consultations étroites avec l’Inde, soulignant l’importance de l’unité des États « partageant les mêmes idées », malgré les violations persistantes des droits de l’homme dans ce pays.

L’Allemagne a également lancé des initiatives dans le cadre de sa présidence du G7, qui regroupe les plus grandes économies de l’Occident.

Pour envoyer un signal fort de résilience démocratique et d’unité, Berlin a invité l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et le Sénégal à participer au sommet du G7 de cette année, qui se tiendra en Bavière fin juin.

Toutefois, la situation des démocraties non occidentales n’est pas aussi rose que pourraient le laisser penser ces initiatives. L’Inde et l’Afrique du Sud se sont abstenues de condamner publiquement la guerre d’agression russe et n’ont pas voté contre cette guerre à l’Assemblée générale des Nations unies.

Toutefois, le gouvernement allemand est convaincu que les deux pays seraient beaucoup plus proches de la position occidentale sur l’Ukraine à huis clos.

Au-delà des déclarations publiques qui tiennent compte des considérations politiques, il existe un degré élevé d’accord sur la question, a déclaré un haut fonctionnaire allemand.

L'Allemagne veut renforcer ses liens avec l'Inde dans le contexte de la guerre en Ukraine

L’Allemagne a annoncé lundi 2 mai qu’elle cherchait à renforcer ses liens bilatéraux avec l’Inde afin de soutenir les efforts de l’UE pour relancer sa relation avec New Delhi et accroître la coopération avec ce pays « partageant les mêmes idées ».

 

Contrer l’influence russe dans la région du Sahel

Ces dernières années, Moscou a intensifié ses efforts pour asseoir son influence sur le continent africain. Bien que sa petite économie ne permette pas de lancer une offensive d’investissement à grande échelle sur le continent, la Russie cherche à influencer la politique africaine par le biais de la désinformation.

La Russie a notamment tenté d’exploiter les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, Telegram ou TikTok pour diffuser des messages anti-occidentaux.

Avec la guerre en Ukraine, de faux comptes russes ont par exemple posté 23 millions de messages sur Twitter pour que les hashtags #IstandwithPutin et #IstandwithRussia deviennent tendance dans les pays BRICS, indique un rapport de l’Africa Center for Strategic Studies.

« Nous observons en effet une campagne de désinformation russe massive », a déclaré le responsable allemand, notamment en ce qui concerne la sécurité alimentaire mondiale.

Ces stratégies de guerre ambiguë ont déjà porté leurs fruits dans les pays du Sahel avant le début de la guerre, puisque la Russie a lancé avec succès une campagne de désinformation après le coup d’État au Mali l’année dernière.

Il en va de même pour le Burkina Faso voisin, où des manifestants brandissaient des drapeaux russes après le coup d’État militaire de janvier et demandaient un « partenariat » avec la Russie.

Dans un contexte de forte instabilité au Sahel, M. Scholz a également choisi de se rendre au Niger, l’un des plus petits États africains sur le plan économique et démographique, qu’il considère comme une « ancre de stabilité » dans la région.

Comme le Niger se distingue positivement au Sahel, le voyage de M. Scholz à Niamey se veut également une reconnaissance de son rôle positif dans la région, a ajouté le haut fonctionnaire.

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