Paris et Londres imposent leur tempo sur la Syrie

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Le conflit en Syrie a pimenté les discussions des chefs d’Etat européens réunis à Bruxelles. Ils sont divisés sur l’action à mener contre le régime criminel. Pour la France, l’issue passe par l’armement des rebelles.

Stupéfaction dans les rangs quand la France décide de bousculer l’ordre du jour d’un Conseil européen sans suspens pour faire avancer le dossier syrien.

Abordé dans la soirée, jeudi 14 mars, l’enjeu a largement occupé les débats du lendemain, initialement consacrés aux relations UE-Russie. Le but n’est pas de « conclure aujourd’hui », mais le sujet « est préempté par les chefs d’Etat », indique une source gouvernementale.

Droit de veto

L’escalade de la violence en Syrie conduit le tandem franco-britannique à pousser les feux d’une levée de l’embargo d’ici fin mai. Le but de la manoeuvre est de donner des moyens militaires à l’armée libre. Elle est disproportionnellement sous-équipée par rapport aux forces du régime de Bachar el-Assad qui, pour « parler clairement », bénéficient des armes « d’un certain nombre de pays – dont la Russie », réagit François Hollande.

A ses côtés, l’allié britannique est transparent sur le déroulé de la séquence : « Le Royaume-Uni est un pays souverain, si nous voulons mener des actions individuelles dont nous pensons qu’elles relèvent de l’intérêt national, nous sommes libres de le faire », a déclaré le premier ministre David Cameron à l’issue du sommet.

En clair, oser la livraison d’armes de type missiles sol-air aux rebelles, contre le gré des Etats de l’UE. Paris et Londres pourraient donc passer outre la réticence de la majorité des gouvernements européens en faisant usage de leur droit de veto, puisque le maintien de l’embargo doit être décidé à l’unanimité.

Larmes et sang

Peu à l’aise avec cette méthode, la France préfère toutefois lancer une campagne de persuasion en direction de ses voisins européens, car « le plus grand risque serait de ne rien faire. Le plus grand risque serait que Bachar el-Assad continue de massacrer son peuple », martèle François Hollande. Le tableau est d’autant plus noir que plane la menace d’une utilisation d’armes chimiques par le régime.

La révolution syrienne fête son deuxième anniversaire dans les larmes et le sang : le bilan dépasse les 70 000 morts et les réfugiés affluent. Un décompte des Nations Unies porte à un million le nombre de Syriens « réfugiés ou recevant une assistance » sur le territoire libanais, lequel abrite seulement 4 millions d’habitants.

L’effet ricochet d’une guerre qui s’étendrait au pays du Cèdre n’est plus à exclure, tant les tensions sont vives entre le mouvement chiite du Hezbollah au Liban, du côté de Bachar el-Assad, et les forces rebelles syriennes. « On est très préoccupés pour la stabilité du Liban », confie-t-on à l’Elysée.

Pour convaincre, Paris invoque plusieurs arguments : la coalition opposée au régime est reconnue par l’UE et aucune solution politique n’a pu être dégagée par l’entremise du médiateur Lakhdar Brahimi, qui tente de rapprocher les deux factions.

L’idée d’envoyer des armes n’exclut pas une solution politique. Elle peut même servir cette option, estime François Hollande. Le scénario reposerait alors sur une coopération avec la Russie, qui n’aurait plus intérêt à soutenir le dictateur syrien. Déjà, Moscou contribue à dresser des listes de membres du régime susceptibles de négocier avec les rebelles.

Divisions européennes

A ce stade, l’option militaire est accueillie froidement dans les capitales européennes. Les Pays-Bas, la République tchèque et l’Autriche la réfutent sèchement. La riposte est parfois ferme, à l’image de la menace de retrait des forces autrichiennes agissant pour la mission de paix conduite par les Nations unies sur le plateau du Golan en Syrie.

« Nous devons chercher la position commune. Il y a des nuances, des sensibilités, des pays viennent de la neutralité », reconnaît François Hollande. Plus qu’une question de « sensibilité », beaucoup de dirigeants européens redoutent les effets pervers de livraisons d’armes, qui passeraient aux mains des djihadistes. On en compterait 5000 sur le territoire syrien.

« Nous avons toute certitude de ce que serait l’utilisation de ces armes », estime François Hollande. La coalition syrienne fournit « toutes les garanties », assure-t-il, sans plus de détails. Sur place, des représentants de la Ligue arabe pourront être chargés du contrôle des moyens militaires. Sans monter au créneau, Angela Merkel veut encore se donner du temps avant de « prendre une décision ». L’Elysée est pourtant décidé à aller vite, quitte à parvenir à la levée de l’embargo avant fin mai.
 

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