Polémique Ikea après la reconnaissance de la Palestine par la Suède

Wallström

La ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström, en discussions avec le premier ministre suédois Stefan Löfven. (Socialdemokraterna/Flickr)

Le gouvernement suédois a officiellement reconnu l’État de la Palestine, s’attirant des critiques d’Israel. Mais aussi de parlementaires conservateurs suédois.

Un mois seulement après être entré en fonction, le nouveau gouvernement suédois de centre-gauche a choisi de reconnaître officiellement l’État de la Palestine le 30 octobre. Un choix politique sans précédent parmi les États membres d’Europe occidentale.

Le jour même de l’annonce du gouvernement, Israël a rappelé son ambassadeur de Stockholm. Jérusalem a par ailleurs mis en garde que les relations diplomatiques pourraient se détériorer à l’avenir entre les deux pays.

« La Suède doit comprendre que les relations au Moyen-Orient sont plus compliquées que l’assemblage d’un meuble Ikea » a lancé Avidgor Lieberman, le ministre israélien des Affaires étrangères. Ce à quoi Margot Wallström, la ministre des Affaires étrangères suédoise, a rapidement répondu.

« Je serai ravie d’envoyer un kit Ikea à Avigdor Liberman pour qu’il l’assemble. Il s’apercevra qu’il faut un partenaire, de la coopération et un bon manuel» a-t-elle assuré.

Birgitta Ohlsson, l’ancienne ministre aux Affaires européennes, qualifie pour sa part cette décision d’immature. Selon elle, reconnaître la Palestine revient à reconnaître le Hamas, le parti nationaliste et islamiste qui dirige actuellement la bande de Gaza, et par conséquent revient à bloquer le processus de paix.

Le cas de la Croatie et du Kosovo

Valter Mutt, membre du Parlement suédois, le Riksdag, dont le parti des Verts est actuellement au pouvoir avec les sociaux-démocrates, a expliqué au quotidien suédois Expressen que reconnaitre la Palestine apportait un soutien important pour lancer un vrai processus de paix, qui serait bénéfique pour les Palestiniens et les Israéliens.

Margot Wallström, l’actuelle ministre suédoise des Affaires étrangères, a expliqué que reconnaître la Palestine visait à rendre « plus équitables » les négociations entre la Palestine et Israël dans le cadre du processus de paix. Il ne s’agit en aucune manière de choisir un camp, a-t-elle précisé. La sociale-démocrate a également rappelé le succès rencontré dans le cas de la Croatie et le Kosovo. La Suède avait alors reconnu la première dès 1992 et le second en 2008.

Gaza n’est pas les Balkans

Mais pour Birgitta Ohlsson, membre du Parti libéral du peuple, les deux situations ne sont pas comparables.

« Le problème c’est que nous n’avons pas le contrôle sur tout le territoire, et je fais ici allusion à Gaza », a expliqué l’ancienne ministre au quotidien suédois Aftonbladet.

« Il y a une grande différente entre les États européens et le Hamas, qui est une organisation terroriste. À l’époque, il existait une forte unité sur la question au sein de l’Union européenne. Aujourd’hui, la Suède s’écarte de ses principes historiques qui ont guidé notre politique extérieure », a-t-elle ajouté.

L’UE a déclaré à la suite de l’annonce du gouvernement suédois que son objectif était la création de deux États, avec d’un côté un État indépendant palestinien et de l’autre Israël.

>> Lire : La majorité de l’UE déconseille le commerce avec les colonies israéliennes

Kerstin Lundgren, porte-parole du Parti du centre, considère que la décision du gouvernement suédois pourrait avoir des conséquences sur la réputation du pays au niveau international. Selon elle, la Suède doit reconnaître les États avec une base réflexive plus solide. Cependant, elle est convaincue que le gouvernement a fait le bon choix.

« Les Palestiniens ont le droit d’avoir leur propre État. C’est le point de vue que partagent l’ONU, l’Union européenne et la Suède. Nous sommes convaincus au Parti du centre qu’il est justifié de renforcer la position des Palestiniens en vue d’obtenir des décisions fortes. Ainsi, [la Suède] a lancé un signal important », considère-t-elle.

>> Lire : L’UE envisage de suspendre son aide à la Palestine en cas de statu quo

Une décision unilatérale prématurée

Mais d’autres députés suédois auraient préféré attendre une politique commune au niveau européen afin d’avoir un véritable impact sur les négociations au Moyen-Orient. Karin Enström, ancienne ministre de la Défense du Parti du rassemblement modéré, pense ainsi que seule l’UE, si elle parle d’une voix unique, peut avoir des effets de longue durée sur la question israélo-palestinienne.

« Prendre une décision unilatérale n’aura aucun effet sur le processus de paix », selon elle.

Entre temps, Abdurazik Rawduan, Gazaoui résident en Suède depuis cinq ans, a déclaré à une radio suédoise que le pays scandinave était le plus courageux au monde, et représentait un exemple à suivre pour les États.

« Celà fait du bien de voir qu’un autre pays dans le monde porte attention à notre situation », a-t-il partagé.

Au Royaume-Uni, la Chambre des Communes a aussi demandé au gouvernement britannique de se proposer de reconnaître la Palestine.

Les Palestiniens souhaitent fonder un État en Cisjordanie et dans l'actuelle zone occupée de Gaza, dont la capitale serait Jérusalem-Est. Le territoire est occupé par Israël depuis 1967 et la guerre des Six Jours, même si en 2005, les soldats israéliens et les colonies se sont retirés de Gaza.

Des années d'efforts en vue de trouver une solution pour deux états n'ont abouti qu'à peu de progrès. La dernière tentative s'est soldée par un échec en avril dernier. Les Palestiniens ne voient d'autres choix que de faire pression de façon unilatérale pour créer leur propre État.

Au total près de 135 États ont déjà reconnu la Palestine, dont plusieurs pays de l'Europe de l'est qui l'ont fait avant de rejoindre l'Union. La Suède est le premier pays occidental à en faire autant.

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