Prague adresse un ultimatum à Moscou après l’expulsion de diplomates tchèques

La République tchèque a expulsé 18 diplomates russes et Moscou a riposté en expulsant 20 diplomates tchèques lundi (19 avril), à la suite d’accusations de Prague sur l’implication d’agents secrets russes dans une explosion mortelle en 2014 sur le sol tchèque. [EPA-EFE/MARTIN DIVISEK]

Le gouvernement tchèque a adressé mercredi (21 avril) un ultimatum à la Russie, avertissant qu’il pourrait expulser davantage de diplomates russes si les diplomates tchèques expulsés de Moscou n’étaient pas autorisés à y retourner jeudi (22 avril) à midi.

La République tchèque a expulsé 18 diplomates russes et Moscou a riposté en expulsant 20 diplomates tchèques lundi (19 avril), à la suite d’accusations de Prague sur l’implication d’agents secrets russes dans une explosion mortelle en 2014 sur le sol tchèque.

« La Fédération de Russie a jusqu’à 12h00 demain (heure locale) pour autoriser le retour de tous les diplomates expulsés de l’ambassade tchèque à Moscou », a déclaré aux journalistes le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jakub Kulhanek.

« S’ils ne peuvent pas rentrer, je réduirai le nombre des membres du personnel de l’ambassade de Russie à Prague pour que cela corresponde à la situation actuelle à l’ambassade de République tchèque à Moscou », a-t-il ajouté.

Après avoir convoqué l’ambassadeur de Russie Alexander Zmeïevski, M. Kulhanek a déclaré que les représailles de Moscou étaient « disproportionnées et en fait paralysaient l’ambassade ».

La République tchèque compte actuellement cinq diplomates et 19 membres du personnel technique à son ambassade à Moscou, bien moins que la représentation russe à Prague.

Des responsables tchèques, dont le ministre de l’Intérieur Jan Hamacek, qui a occupé le poste de chef de la diplomatie jusqu’à la nomination de M. Kulhanek, avaient déclaré mardi (20 avril) qu’ils pourraient même expulser tous les diplomates russes en poste.

Ton « inacceptable » pour Moscou

La Russie a aussitôt rejeté cet ultimatum.

« Nous suggérons que Prague garde les ultimatums pour les relations à l’intérieur de l’Otan. Un tel ton à l’égard de la Russie est inacceptable », a déclaré la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova.

Elle a ajouté que l’ambassadeur tchèque serait convoqué jeudi (22 avril).

L’Union européenne a exprimé mercredi soir « sa pleine solidarité » avec Prague. L’UE « soutient les mesures prises par (l)es autorités » tchèques et « condamne la réaction disproportionnée et les menaces de la Fédération de Russie à l’égard de la République tchèque », a déclaré le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

« Les actions perturbatrices des services de renseignement russes contre les intérêts et la sécurité de l’UE et de ses États membres continueront d’être combattues avec la plus grande fermeté, y compris au niveau de l’Union européenne, le cas échéant », a-t-il ajouté.

Prague avait demandé mardi à ses partenaires de l’UE et de l’Otan d’expulser des diplomates russes pour la soutenir dans sa confrontation avec Moscou.

La République tchèque a accusé samedi les services secrets russes d’avoir été à l’origine d’une explosion dans un dépôt de munitions près du village de Vrbetice en 2014 qui avait provoqué la mort de deux personnes.

La police tchèque a pour sa part déclaré rechercher pour leur rôle présumé dans cette explosion deux hommes porteurs de passeports russes aux mêmes noms que les suspects de la tentative d’empoisonnement au Novitchok de l’ex-agent double Sergueï Skripal à Salisbury, en Grande-Bretagne, en 2018.

Selon Prague, les munitions ciblées dans les explosions appartenaient à un marchand d’armes bulgare qui vendait des armes à des entités luttant contre la Russie.

L’attaque avait eu lieu en 2014, après l’annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée et le début d’un conflit entre les forces ukrainiennes et des rebelles soutenus par la Russie dans l’est de l’Ukraine.

Le gouvernement tchèque a exclu l’agence russe de l’énergie atomique Rosatom d’un appel d’offres de plusieurs milliards d’euros pour la construction d’une nouvelle unité dans une centrale nucléaire tchèque, et a indiqué qu’il n’envisageait plus d’acheter le vaccin anti-Covid russe Spoutnik V.

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