Premier test pour Trump après sa fermeture sélective des frontières

Des militants accueillent des ressortissants des pays visés par l'interdiction de voyager à l'aéroport de Dulles. [Geoff Livingston/Flickr]

Manifestations, condamnations politiques, recours judiciaires et pressions internationales : Donald Trump se retrouve sur la défensive pour sa deuxième semaine à la Maison Blanche, après sa décision de fermer les frontières pendant plusieurs mois à tous les réfugiés, ainsi qu’aux ressortissants de sept pays musulmans.

Après un week-end de confusion et de controverse, le président républicain s’est défendu de toute discrimination anti-musulmans dimanche soir, alors que des milliers de manifestants se sont rassemblés à Washington, New York, Boston et dans d’autres villes des États-Unis.

Les aéroports américains ont été le théâtre de scènes de détresse ou de joie tout le week-end, alors que des familles attendaient de retrouver leurs proches bloqués par les agents d’immigration. Un peu partout dans le pays, ils ont également été envahis de manifestants dotés d’un mot d’ordre : « Laissez-les entrer ».

« Les réfugiés sont les bienvenus ! », ont scandé quelque 10 000 personnes dans un parc à la pointe de Manhattan à New York. Des élus démocrates se sont joints au rassemblement. « C’est le début de la dégradation de nos libertés civiques et de nos droits constitutionnels, et nous savons où mène cette route », a lancé le maire de New York, Bill de Blasio.

Des milliers de manifestants se sont aussi fait entendre sous les fenêtres du président Trump dans le parc de la Maison Blanche à Washington. « S’il a fait ça pendant ses sept premiers jours, qui sait ce qui nous attend dans les quatre prochaines années », a déclaré Sonja Davidovic, 37 ans, une Serbe vivant aux États-Unis depuis dix ans.

Le milliardaire républicain n’a fait qu’appliquer ses promesses de campagne, souligne son entourage, comme lors de la signature toute la semaine passée de décrets sur la santé, l’immigration clandestine, la lutte anti-jihadiste ou le pétrole.

« Pour que les choses soient claires, il ne s’agit pas d’une interdiction visant les musulmans, comme les médias le rapportent faussement », a déclaré Donald Trump dans un communiqué. « Cela n’a rien à voir avec la religion, il s’agit de terrorisme et de la sécurité de notre pays. »

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Un haut responsable de l’administration Trump a expliqué que le président entendait mettre en place une politique d’immigration qui évite aux États-Unis de connaître des attentats comme ceux qui ont frappé la France, l’Allemagne et la Belgique ces deux dernières années.

« Des situations qui existent aujourd’hui dans certaines parties de la France, dans certaines parties de l’Allemagne, en Belgique, ce sont des situations que nous ne voulons pas voir se reproduire à l’intérieur des États-Unis: une menace large et permanente d’un terrorisme domestique multi-dimensionnel et multi-générationnel qui deviendrait une donnée permanente de la vie américaine », a déclaré ce responsable à la presse.

La fermeture sélective des frontières décidée par Donald Trump, qui n’est pas aussi large que sa promesse de décembre 2015 d’interdire temporairement à tous les musulmans de venir aux États-Unis, a provoqué un tollé et devrait continuer à occuper médias et tribunaux dans les prochains jours. Certains soulignent également que l’interdiction ne porte pas sur les pays d’où sont originaires les terroristes ayant frappés les États-Unis, comme la Russie, l’Arabie Saoudite, mais sur une sélection de pays dans lequel le président n’a aucun intérêts financiers.

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Confusion

Signé vendredi soir, le décret interdit l’entrée à tous les réfugiés, quelle que soit leur origine, pendant 120 jours (et de façon indéfinie pour les réfugiés syriens), ainsi qu’à tous les ressortissants de sept pays à majorité musulmane et considérés comme des viviers terroristes par Washington, pendant 90 jours: Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

En conséquence, au moins 109 personnes possédant des visas valides ont été arrêtées à leur arrivée aux États-Unis. Militants, et associations de juristes se sont rendus dans les aéroports pour tenter d’aider les détendeurs de visas à entrer sur le territoire et mettre un terme aux tentatives d’expulsions. Après l’intervention samedi soir d’une juge fédérale de Brooklyn, la plupart ont finalement été autorisées à entrer sur le territoire.

La constitutionnalité du décret n’a cependant pas été tranchée, et celui-ci reste donc en vigueur. On ignorait dimanche soir si des personnes restaient en rétention dans le pays, et combien.

L’application du décret s’est faite dans un relatif désordre. Des détenteurs de cartes vertes – des permis de résident permanent – originaires des sept pays de la liste noire ont déclaré au cours du week-end avoir été refoulés ou interdits d’embarquer dans des vols à destination des États-Unis.

Malgré le tollé, un membre de l’administration a déclaré dimanche que le décret était une réussite totale et à tous les niveaux. L’administration américaine a toutefois officiellement clarifié la situation: les détenteurs de cartes vertes auront le droit d’embarquer à destination des États-Unis et bénéficient d’une exemption. Les Américains à double nationalité également.

Reste la question des binationaux, par exemple les Canado-Iraniens ou Franco-Syriens. Samedi, le bureau du Premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le décret ne changerait rien pour les Canadiens. Ottawa est allé plus loin en annonçant que le Canada accueillerait tous ceux refoulés du voisin américain.

D’autres capitales sont entrées dans des discussions avec Washington pour obtenir des clarifications, ajoutant à la confusion. Londres a ainsi annoncé que ses ressortissants binationaux ne seraient pas concernés, sauf s’ils voyageaient depuis les pays ciblés.

Au-delà des condamnations internationales, de Téhéran au Caire en passant par les grands pays européens, le président républicain est critiqué par l’opposition démocrate et par un nombre croissant d’élus de la majorité républicaine.

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