Poutine nomme un ambassadeur controversé aux États-Unis

Le nouvel ambassadeur russe auprès des États-Unis. [Twitter account of the Russian embassy in the US]

Vladimir Poutine a désigné Anatoly Antonov comme prochain ambassadeur russe à Washington. Ancien ministre de la défense, il est actuellement sous le coup de sanctions européennes pour son rôle dans le conflit ukrainien.

Anatoly Antonov remplacera donc Sergei Kislyak, au centre de la polémique sur les élections américaines de par ses contacts avec certains membres de l’administration Trump. Michael Flynn, ancien conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, s’était en effet vu contraint de démissionner pour n’avoir pas révélé le contenu de ses conversations avec l’ancien ambassadeur et avoir occulté certaines de leurs rencontres au vice-président.

Jared Kushner, conseiller de la Maison-Blanche et gendre du président, a rencontré Sergei Kislyak à deux occasions en 2016, selon les informations officielles. Il s’est également entretenu avec l’ancien ambassadeur au téléphone entre avril et novembre 2016, selon Reuters.

Le nouvel ambassadeur a 62 ans, c’est un diplomate de formation, qui occupe actuellement le poste de ministre adjoint aux Affaires étrangères. Entre 2011 et 2016, période durant laquelle Moscou a annexé la péninsule de Crimée, il était ministre adjoint à la Défense.

Il y a deux ans, l’UE l’a ajouté à sa liste de représentants du pouvoir sous le coup de sanctions liées au conflit ukrainien, à cause de son soutien au déploiement de troupes russes en Ukraine.

Depuis qu’il a intégré le ministère de la Défense, l’an dernier, Anatoly Antonov a fait le lien entre le ministère et l’armée. L’influence des forces armées sur la politique étrangère est croissante, surtout depuis que Moscou a lancé son opération militaire en Syrie.

L’AFP décrit le nouvel ambassadeur comme un « pragmatiste expérimenté, capable de s’adapter à des changements soudains de la nature des relations avec l’Ouest ».

« Anatoly Antonov est un partisan de la ligne dure, qui maitrise les sujets dont il parle et connait bien l’Occident », renchérit Alexander Gabuev, analyste du Centre Carnegie de Moscou. « C’est un partisan loyal de la ligne du Kremlin, mais il ne croit pas aussi aveuglément aux théories conspirationnistes que nombre de ses pairs dans l’armée russe et dans la communauté des renseignements. »

Au ministère de la Défense, Anatoly Antonov a souvent été le représentant endurci chargé de réfuter les accusations liées aux actions russes en Ukraine, puis en Syrie, à mesure qu’une Russie de plus en plus assurée tentait d’instaurer son autorité à l’étranger.

En ce qui concerne l’Ukraine, il a nié que la Russie avait jamais envoyé de troupes au-delà de la frontière et tourné en dérision les accusations selon lesquelles les rebelles et Moscou étaient impliqués dans le crash du vol MH17 de Malaysia Airlines.

En février 2015, l’UE a réagi en imposant au diplomate une série de sanctions, dont le gel de ses avoirs et une interdiction de voyager.

Après la décision de Moscou de lancer une campagne surprise de bombardements en soutien du président syrien Bachar Al-Assad, Anatoly Antonov a régulièrement organisé des conférences de presse pour vanter l’opération.

Il a également été l’une des voix attaquant la Turquie après qu’un avion russe a été abattu à la frontière syrienne, accusant Recep Tayyip Erdoğan et ses proches d’être impliqués dans le trafic de pétrole mis en place par Daesh. « Les dirigeants, et en particulier Erdoğan, ne démissionneront pas et n’admettront jamais rien, même s’ils ont trempé dans le pétrole volé », a-t-il assuré.

Les États-Unis ont décidé de limiter les visas accordés en Russie depuis quelques jours, au grand dam de Moscou. Il y a trois semaines, le gouvernement russe avait ordonné à Washington de retirer plus de la moitié du personnel de son ambassade et de son consulat, après l’adoption de nouvelles sanctions contre la Russie.

L’ambassade américaine a indiqué avoir suspendu tous les octrois de visas de non-immigrants en Russie depuis le 23 août. Les délivrances recommenceront le 1er septembre « à une échelle très réduite ».

En pratique, cela signifie que les citoyens russes désirant se rendre aux États-Unis pour des raisons de commerce, tourisme ou formation ne pourront plus introduire de demande de visa en-dehors du consulat de Moscou. La Russie étant le pays le plus grand du monde, cette mesure risque de poser un problème logistique à de nombreux Russes, qui devront donc se rendre dans la capitale pour faire les démarches nécessaires. Les États-Unis disposent aussi de consulats à Saint-Pétersbourg, Vladivostok et Ekaterinbourg.

Sergei Lavrov, le ministre aux Affaires étrangères, a dénoncé cette décision américaine, estimant qu’il s’agissait d’une tentative de créer des tensions entre les citoyens russes et leurs autorités. « Les auteurs américains de ces décisions ont trouvé un nouveau moyen de créer le mécontentement des citoyens russes vis-à-vis des actions des autorités russes », a-t-il regretté.

 

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