L’Allemagne piégée par l’accord UE-Turquie

Angela Merkel [European Council]

Angela Merkel défend toujours l’accord sur les réfugiés, malgré une opposition croissante aux niveaux national et européen. Un article d’Euractiv Allemagne.

Malgré ses limites, l’accord entre l’UE et la Turquie sur les réfugiés est toujours le meilleur outil, a assuré la chancelière, Angela Merkel, au parlement allemand le 9 mars. Elle a fait remarquer que cet accord valait toujours mieux qu’une solution nationale isolée.

La Turquie et l’accord sur les réfugiés ont certainement constitué les parties les plus sensibles du discours de la chancelière. Si la comparaison au régime nazi a clairement refroidi les relations entre Berlin et Ankara, le gouvernement est très conscient de l’impact qu’aurait un véritable effondrement de ces relations.

Norbert Lammert, le président du Bundestag, ne s’est cependant pas gêné pour dénoncer les commentaires de Recep Tayyip Erdoğan.

La chancelière a elle-même regretté les commentaires « injustifiables » du président turc et de ses ministres, ajoutant que « les comparaisons à l’Allemagne nazie mènent toujours à de la misère et à la minimisation des crimes contre l’humanité commis par le national-socialisme ».

Le Premier ministre turc, Benali Yıldırım, a répondu que l’Allemagne « est peut-être déçue » de voir que le ‘oui’ risque de l’emporter au référendum turc, mais que toute interférence de sa part serait une ingérence dans les affaires d’un autre État.

Le Conseil s'interroge sur la campagne électorale turque dans l’UE

La campagne électorale turque a dépassé les frontières du pays pour atteindre la diaspora résident en Allemagne ou en Autriche. Une ingérence dont les chefs d’Etats européens doivent discuter lors du sommet.

L’arrestation du journaliste turco-allemand Deniz Yücel par Ankara avait déjà mis les relations entre les deux pays sous tension et provoqué une vague de critiques vis-à-vis du gouvernement en Allemagne. Trois députés verts qui portaient des t-shirts « Libérez Deniz » ont été escortés avec force vers la sortie du parlement récemment.

Dietmar Bartsch, qui dirige le parti de gauche, a accusé Angela Merkel de ne pas avoir assez essayé de libérer le journaliste, qui travaillait pour Die Welt. Il estime que les ventes d’armes et les versements humanitaires vers la Turquie devraient cesser jusqu’à sa libération. L’homme politique regrette la dépendance de Berlin vis-à-vis de l’accord UE-Turquie.

Thomas Oppermann, chef de file du SPD, a pour sa part estimé que les provocations du président turc n’avaient d’autre but que de provoquer l’Europe.

L’accord UE-Turquie entrave la position de l’Allemagne sur les droits de l'homme

Angela Merkel a qualifié l’arrestation du journaliste turco-allemand Deniz Yücel de « décevante », mais agira avec prudence pour ne pas menacer l’accord UE-Turquie sur les réfugiés. Un article de notre partenaire, le Tagesspiegel.

L’accord s’attire également des critiques au niveau européen. Lors de la Conférence des présidents du 9 mars, un débat en séance plénière a été proposé, puis écarté par les présidents des groupes politiques du Parlement. Cette proposition avait été formulée par le groupe des Verts/ALE, qui désapprouve l’accord, et notamment le jugement de la Cour de justice européenne, qui a décidé en février de rejeter la plainte de trois demandeurs d’asile contre l’accord.

La cour, basée au Luxembourg, a jugé ne pas avoir l’autorité nécessaire à l’examen du dossier parce que l’accord a été établi entre le ministre des Affaires étrangères turc et les dirigeants des États membres entre eux, et non via le Conseil. Or, ses juges n’ont pas juridiction sur les accords bilatéraux.

Philippe Lamberts, le président des Verts/ALE, estime qu’« une majorité du Parlement européen » a « abandonné le contrôle démocratique de l’accord UE-Turquie de bon gré ». « Alors que nous approchons du premier anniversaire de l’accord, nous nous trouvons encore une fois impliqués dans un accord raté, et personne ne veut en prendre la responsabilité », a-t-il reproché.

La redistribution des réfugiés dans l’UE reste également un problème pressant, surtout depuis que certains États membres, comme la Hongrie, continuent de s’opposer au système de relocalisation.

La relocalisation de 160 000 réfugiés patine en Europe

L’Union européenne n’a relocaliseé que 4 455 réfugiés depuis la Grèce et l’Italie vers d’autres pays européens. Certains Etats comme la Hongrie ou la Pologne n’ont acceuilli aucun réfugié depuis le début de la relocalisation en 2015.

La gestion européenne des réfugiés doit donc être repensée. Le 9 mars, l’eurodéputée Cecilia Wikström (Suède, ALDE) a présenté un rapport sur la question. Elle propose de réformer les règles liées à l’asile, appelé règlement de Dublin III, en excluant notamment des paiements de solidarités prévus par les Fonds structurels et d’investissement les pays qui n’en veulent pas. Elle suggère également la fin des vérifications d’admissibilité avant la relocalisation.

Parmi les mesures mentionnées, on trouve également le transfert automatique des demandeurs d’asile vers d’autres pays quand le pays d’arrivée a atteint 100 % de sa capacité d’accueil, contre les 150 % suggérés par la Commission européenne.

L’eurodéputée prévoit une période de transition de cinq ans durant laquelle les quotas d’accueil seront fixés, à partir de facteurs comme le PIB et le nombre d’habitants.