Rencontre entre les talibans, l’UE et Washington, un milliard d’euros promis au G20

L'UE a promis, lors d'un sommet virtuel du G20 organisé par l'Italie, de fournir une aide humanitaire d'un milliard d'euros à l'Afghanistan, où les talibans, des islamistes radicaux, ont pris le pouvoir mi-août. [FILIPPO ATTILI / HANDOUT/EPA]

Les talibans afghans ont rencontré pour la première fois une délégation conjointe des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE) mardi (12 octobre) à Doha, le jour même où les dirigeants du G20 se sont engagés à travailler ensemble pour éviter une catastrophe humanitaire en Afghanistan.

L’UE a promis, lors d’un sommet virtuel du G20 organisé par l’Italie, de fournir une aide humanitaire d’un milliard d’euros à l’Afghanistan, où les talibans, des islamistes radicaux, ont pris le pouvoir mi-août.

Confrontés à la paralysie de l’économie et l’imminence d’une grave crise humanitaire, les talibans cherchent à obtenir un soutien international, bien que leur régime ne soit encore reconnu par aucun pays.

Les pourparlers directs à Doha entre représentants des talibans, des Etats-Unis, du Canada, de l’UE et de plusieurs pays européens dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont été facilités par le Qatar, pays proche des talibans.

Ils devaient « permettre aux Etats-Unis et aux Européens d’aborder des problèmes » tels que la liberté de déplacement pour les personnes désirant quitter l’Afghanistan, l’accès à l’aide humanitaire et les droits des femmes, selon la porte-parole de l’UE, Nabila Massrali.

A l’ouverture du sommet du G20, l’UE a promis un milliard d’euros, dont une partie est destinée aux besoins humanitaires urgents et aux voisins de l’Afghanistan qui avaient accueilli les Afghans fuyant les talibans.

« Une aide spécialisée pour les vaccinations, l’hébergement, ainsi que la protection des civils et des droits humains » est également prévue, a-t-elle précisé.

« Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter un effondrement humanitaire et socio-économique majeur en Afghanistan », a dit la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

« Agir rapidement » 

Les dirigeants du G20 ont réaffirmé leur promesse d’apporter de l’aide humanitaire à Kaboul, tout en rappelant qu’ils restaient « extrêmement concentrés » sur la lutte contre le terrorisme, a indiqué Washington.

Le régime taliban est lui-même confronté à la menace du groupe jihadiste Etat islamique, qui a mené une série d’attaques meurtrières en Afghanistan ces derniers mois.

Le chef du gouvernement italien Mario Draghi a souligné que le G20 envisageait « un mandat général » à l’ONU afin de superviser la réponse internationale aux problèmes socio-économiques de l’Afghanistan.

Mais selon lui, il est encore « tôt » pour une reconnaissance du régime des talibans bien qu’une « sorte d’implication » de leur part serait nécessaire pour fournir l’aide à leur pays.

La France s’est montrée « inquiète de l’isolement économique du pays » et de ses « 600.000 déplacés », des facteurs pouvant avoir un « effet déstabilisateur ».

En amont des discussions de Doha, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, avait affirmé que l’UE cherchait avant tout à prévenir un « effondrement » de l’Afghanistan. « Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder et d’attendre. Nous devons agir, et rapidement ».

« Il y a une différence entre un dialogue pragmatique, pratique, sur nos intérêts nationaux majeurs que sont pour nous le contreterrorisme, la liberté de déplacement, les droits humains », et « toute sorte de reconnaissance ou de légitimisation des talibans », a aussi prévenu mardi à Washington le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price, tout en saluant des rencontres « positives » et « productives ».

Durant le week-end à Doha, les talibans avaient déjà rencontré des responsables américains, premier face à face depuis la prise du pouvoir à Kaboul. Leur chef de la diplomatie, Amir Khan Muttaqi, a ensuite appelé les Etats-Unis à établir de « bonnes relations » et à ne pas « affaiblir l’actuel gouvernement afghan ».

« Une réalité » 

La reprise du pouvoir par les talibans est une « réalité dont nous devons tenir compte. Le plus important maintenant est d’interagir avec eux », a déclaré Mutlaq al-Qahtani, émissaire spécial du Qatar pour l’Afghanistan, esquivant une question sur la reconnaissance éventuelle du régime des talibans par son pays.

Les Etats-Unis ont envahi l’Afghanistan en 2001 et fait chuter le régime des talibans, en réponse aux attentats du 11-Septembre planifiés par le réseau jihadiste Al-Qaïda depuis l’Afghanistan, alors contrôlé par les talibans. Les troupes américaines se sont retirées fin août.

La prise de pouvoir par les talibans a entraîné l’évacuation d’Afghanistan de plus de 100.000 personnes qui redoutaient des exactions ou des actes de vengeance de la part des nouveaux maîtres du pays.

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