Rio+20 : la révolution mondiale de l’énergie propre s’essouffle

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EDITION SPECIALE / La volonté des Nations unies de fournir de l'électricité à plus d'un milliard de personnes qui n'y ont pas encore accès est menacée par l'indécision qui risque de dominer la conférence mondiale sur le développement cette semaine, et ce malgré un soutien solide des dirigeants européens.

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, a appelé à une « révolution mondiale de l'énergie propre » pour fournir de l'électricité aux pays en développement d'ici 2030, une initiative à laquelle la Commission européenne a apporté son soutien au début de l'année.

Mais les négociateurs, réunis à New York en amont du 20e anniversaire du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, ne sont pas parvenus à s'accorder sur des engagements envers l'énergie durable pour certaines des régions les plus pauvres du monde, même si cette initiative devrait être soutenue dans les conclusions finales.

« Aucun accord n'a été conclu à New York sur ce point », a déclaré le commissaire à l'environnement, Janez Poto?nik, avant de décoller pour le Brésil.

« C'est une question de logique et tout le monde devrait soutenir ce projet. Nous espérons qu'un accord sera conclu », a-t-il expliqué. « C'est absolument essentiel pour le développement humain. »

M. Poto?nik souhaite que l'UE joue un rôle décisif à Rio pour convaincre ses partenaires méfiants dans les pays développés et en développement d'adopter des objectifs contraignants en faveur de l’environnement.

Il a déclaré à EURACTIV qu'il ne savait pas pourquoi l'accès à l'énergie n'avait pas été un sujet très populaire lors des préparations informelles de la Conférence des Nations unies sur le développement durable.

Difficultés financières

L'un des fonctionnaires du programme des Nations unies pour le développement a toutefois affirmé, sous couvert d'anonymat, que le problème venait en partie de la réticence des donateurs à allouer des fonds en période de difficultés économiques.

Ce fonctionnaire proche des négociations de Rio a précisé que certains États du Groupe des 77 pays en développement soutenaient cet objectif avec enthousiasme, mais ne voulaient pas que les pays riches décident de la manière de l'atteindre en soumettant les aides financières à des conditions environnementales.

Olivier Consolo, directeur de la confédération caritative bruxelloise CONCORD, estime que les promesses de l'UE et des donateurs en faveur de l'accès à l'énergie sonnent creux.

« C'est un peu facile pour les pays occidentaux d'exiger que les pays en développement prennent des engagements plus durables », a commenté M. Consolo. « Mais nous manquons de nouvelles ressources et il semblerait que ce soit le prétexte [du G77] pour bloquer les négociations. Pas plus de ressources, pas plus d'engagement. »

M. Ban a exhorté les États donateurs à promouvoir l'accès à l'électricité, afin de stimuler la croissance économique tout en réduisant les risques liés à la combustion de bois, de kérosène et de charbon pour la santé et l'environnement.

Dans un discours passionné lors duquel il a évoqué son enfance dans la Corée du Sud d'après-guerre sans électricité, il a exhorté les gouvernements à collaborer avec le secteur privé pour stimuler les investissements en faveur de l'énergie durable dans les pays en difficulté.

Soutien des entreprises

Il a rallié des partenaires importants à sa cause. Le directeur du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable, qui inclut 68 grandes entreprises européennes, est l'un des conseillers de M. Ban sur son initiative pour l'énergie universelle.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le commissaire au développement, Andris Piebalgs, ont promis en avril dernier d'allouer des fonds européens pour soutenir les investissements privés et publics en faveur de projets d'énergie renouvelable dans les pays en difficulté, par le biais d’une initiative pour le développement énergétique de 50 millions d'euros.

Avant le lancement de cette initiative, la Commission investissait déjà des millions d’euros dans des projets visant à développer les énergies renouvelables et l’accès à l’énergie dans les pays en développement. Il s'agit notamment de la Facilité ACP-UE pour l’énergie, qui finance des projets énergétiques transfrontaliers en Afrique, dans les Caraïbes et dans les États du Pacifique ;  d'un projet de coopération établi il y a deux ans et qui vise à développer les énergies renouvelables en Afrique ; et d’un fonds d'aide qui a fourni plus de 200 millions d’euros de financements pour des infrastructures en Afrique subsaharienne.

Ces chiffres font pourtant pâle figure face à la demande. L’Agence internationale de l'énergie estime à 48 milliards de dollars (38 milliards d'euros) l'investissement annuel qui sera nécessaire ces 20 prochaines années pour fournir un accès à l'électricité à ceux qui n'en disposent pas, soit une partie seulement des 409 milliards de dollars (324 milliards d'euros) dépensés par les gouvernements pour subventionner les carburants fossiles, selon les chiffres de l'AIE.

M. Consolo de CONCORD a invité les pays développés réunis à Rio à s'engager davantage, par le biais d'une sorte de « Plan Marshall dans le cadre duquel les pays occidentaux accepteraient de financer les énergies renouvelables » dans les pays les plus démunis. Une étude à paraître sur l'aide internationale, réalisée par CONCORD, révèle cependant que certains pays européens, dont l'Allemagne et l'Espagne, reviennent sur leurs engagements pour le développement international, a expliqué M. Consolo.

Selon l'ONU, 1,5 milliard de personnes n'ont pas accès à l'électricité, soit près d'une personne sur cinq. Ce chiffre pourrait encore augmenter, dans la mesure où la population mondiale devrait passer de 7 milliards aujourd'hui à 9 milliards en 2050.

Le manque de raccordement des régions d'Asie du Sud et d'Amérique latine à des réseaux électriques ne fait qu'accentuer l'extrême pauvreté de leurs populations, selon le dernier rapport du PNUD sur le développement humain. Mais c'est en Afrique subsaharienne que le manque d'électricité est le plus criant, puisqu'il concerne 62 % des habitants les plus pauvres.

Simon Upton, directeur de la direction de l'environnement de l’Organisation de coopération et de développement économiques, a déclaré lors d'un entretien accordé à EURACTIV :

« Si les pays développés imposaient un prix du carbone et mettaient aux enchères les permis d'émission via un système d'échange, les sommes impliquées seraient faramineuses et permettraient de créer un fonds pour le climat bien plus important qu'aujourd'hui », a-t-il déclaré depuis Paris.

« Cet argument est d'autant plus solide dans un monde où les pressions budgétaires se font de plus en plus fortes. Comment peut-on dépenser de l'argent pour nuire à l'environnement alors qu'on ne parvient même pas à équilibrer nos budgets ? C'est ce type de logique. »

Le commissaire européen au développement, Andris Piebalgs, a proposé de modifier radicalement la répartition de l'aide internationale de l'UE. Il s'agit du programme pour le changement. Ce programme prévoit que l'aide se concentre sur les pays les plus démunis en réduisant progressivement les financements accordés aux pays à revenu intermédiaire.

Avec 54 milliards d'euros, soit 56 % de l'aide totale en 2010, l’UE est le plus grand donateur, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques.

Les dirigeants européens ont toujours considéré l'aide extérieure comme une extension de leur « pouvoir d'influence » et ont décidé d'attribuer une aide au développement équivalente à 0,7 % de leur revenu national brut d'ici 2015. Bien que les États membres semblent très mal partis pour atteindre cet objectif, ils dépassaient largement les Etats-Unis et leurs 30,2 milliards de dollars (22.4 milliards d'euros) en 2010 (0,21 % du RNB).

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le commissaire au développement, Andris Piebalgs, ont promis en avril dernier d'allouer des fonds européens pour soutenir les investissements privés et publics en faveur de projets d'énergie renouvelable dans les pays en difficulté par le biais d'une initiative pour le développement énergétique de 50 millions d'euros.

  • 20-22 juin: Conférence des Nations unies sur le développement durable, à Rio de Janeiro

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  • Conseil mondial des entreprises pour le développement durable : Access to Energy

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