Selon la Russie, la tirade contre Poutine à la télévision géorgienne vise à torpiller les relations entre les deux pays

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. [Sergei Karpukhin/Pool/EPA/EFE]

Lundi 8 juillet, la Russie a condamné une tirade obscène contre le président Vladimir Poutine sur une chaîne de télévision géorgienne, la qualifiant de provocation honteuse et inacceptable de la part de forces politiques radicales visant à nuire aux relations des deux pays.

La chaîne de télévision Rustavi 2 a diffusé dimanche un programme au cours duquel le présentateur, Giorgi Gabunia, parlant en russe, a utilisé un langage offensant pour insulter personnellement Vladimir Poutine et les parents décédés du leader russe.

Giorgi Gabunia a également qualifié Poutine d’« occupant » et a déclaré que lui et ses « esclaves » devaient quitter la Géorgie, une référence à la présence de troupes russes dans deux régions géorgiennes séparatistes qui sont soutenues par Moscou.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que ces débordements étaient indignes du peuple géorgien et montraient que les autorités de l’ancienne république soviétique n’avaient pas la volonté de réprimer les forces politiques extrêmes.

Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que l’incident était « un exemple clair montrant où mènent les sentiments anti-russes enragés ».

« Nous considérons cela comme une autre provocation ouverte des forces géorgiennes radicales visant à saper les relations russo-géorgiennes », a-t-il déclaré dans un communiqué.

La tirade de Giorgi Gabunia a également été décriée en Géorgie.

Le Premier ministre Mamuka Bakhtadze l’a qualifiée de grave menace pour la sécurité, et le ministère des Affaires étrangères a déclaré qu’elle visait à déstabiliser la situation.

Cette petite nation du sud du Caucase, alliée des Etats-Unis, a mené et perdu une courte guerre contre la Russie en 2008.

Les deux pays n’ont plus eu de relations diplomatiques depuis lors, et la Russie a ensuite reconnu l’indépendance de deux régions géorgiennes sécessionnistes, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, où des troupes russes sont maintenant en garnison.

La question de l’influence russe en Géorgie est donc politiquement sensible, l’opposition accusant le parti au pouvoir, Rêve géorgien, d’être trop doux envers Moscou.

Crise politique

Les relations ont été mises à rude épreuve il y a deux semaines lorsque des manifestations anti-kremlin ont éclaté à Tbilissi à la suite de la visite d’un législateur russe qui s’est adressé en russe au parlement depuis le fauteuil du président.

La présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, a accusé Moscou d’être responsable des troubles qui ont suivi, au cours desquels des dizaines de manifestants et de journalistes ont été blessés, laissant entendre qu’une « cinquième colonne » fidèle à Moscou avait attisé les troubles.

De nombreux manifestants ont déclaré qu’ils étaient en colère contre la présence continue des troupes russes dans les régions séparatistes.

Le Kremlin a réagi aux troubles en suspendant les vols de passagers entre les deux pays, une mesure qui menace de nuire à l’industrie touristique de la Géorgie puisque plus d’un million de Russes s’y rendent chaque année.

Les autorités russes ont également renforcé les contrôles sur les importations de vin géorgien, une mesure qui pourrait infliger de nouveaux dommages économiques.

Dimanche soir, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le siège de Rustavi 2 à Tbilissi pour protester contre l’émission de Giorgi Gabunia.

Certains d’entre eux arboraient des affiches disant « Nous voulons la stabilité » et plusieurs journalistes travaillant pour la chaîne ont été attaqués par des personnes dans la foule, ce qui a incité la chaîne à suspendre ses émissions jusqu’à lundi matin.

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