Schengen : les eurodéputés demandent des comptes

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A Strasbourg, les élus ont réclamé à la Commission une clarification des exceptions à la liberté de circulation proposées par Bruxelles.

Au lendemain de la publication du texte de la Commission européenne sur la politique migratoire de l’UE, la France et l’Italie ont crié victoire. Selon elles, la Commission avait entendu leurs doléances et acceptait de revoir les règles. 

« Pas très claire… »

En jeu, l’introduction d’un nouveau mécanisme qui permettrait aux gouvernements de fermer leurs frontières en cas d’urgence ou de pression migratoire forte.

La Commission s’était pourtant montrée évasive en se bornant à écrire qu’elle étudiait « actuellement la faisabilité » du projet et qu’elle « pourrait présenter prochainement une proposition en ce sens. »

Lors de la séance plénière du Parlement européen à Strasbourg, mardi 10 mai, les élus ne se sont pas privés de critiquer ce grand écart, et donc les faiblesses du texte de la Commission. « La communication n’était pas très claire. Je vous prie de la réécrire », a conseillé, sarcastique, le chef de file des libéraux Guy Verhofstadt.

Blancs vs bronzés

« Les commentateurs disent que la Commission européenne a donné raison à la France et l’Italie. Barroso nous dit qu’il ne veut pas donner raison aux États. Qu’est-ce qui est vrai dans tout ça ? » s’est agacée l’eurodéputée socialiste Sylvie Guillaume.

Emporté par sa fougue habituelle, Daniel Cohn Bendit a lancé un avertissement  : « Le contrôle aux frontières sera un contrôle de faciès. Les blancs, ça rentre, les bronzés ça ne rentre pas. C’est contre cette Europe que nous voulons nous battre », a-t-il asséné.

Pour d’autres, en revanche, le débat sur l’ambiguité du texte n’existe pas. La Commission a donné « une réponse pragmatique et nécessaire », a résumé l’eurodéputée française Véronique Mathieu, du parti conservateur PPE.

Dans l’espace Schengen, si un État ne respecte pas ses obligations, « c’est tout le système qui devient défaillant. Il est donc raisonnable d’autoriser les États à limiter les conséquences de ces défaillances », a-t-elle conclu.

Embrouillamini

En préambule du débat, le président de la Commission a justement souhaité redéfinir la nature des réponses données. « Il ne s’agit pas, pour les États, de trouver un moyen de réintroduire les contrôles aux frontières, a assuré José Manuel Barroso. Ces options existent déjà. »

Un scénario sur lequel la Commissaire européenne Cécilia Malmström a apporté des clarifications. « Schengen est une conquête magnifique, a-t-elle reconnu, mais le système n’est pas parfait. » Le renforcement des contrôles aux frontières s’appuierait sur « une approche européenne » et sur « la base des législations actuelles ». Le but étant d’éviter les manœuvres « unilatérales » des États.

Si cette exégèse ne suffisait pas, la Commission européenne se dit prête à clarifier davantage l’interprétation du texte à travers des « lignes directrices ». Une manière de renvoyer à plus tard des questions pourtant posées aujourd’hui. Jeudi 12 mai, les ministres européens de l’immigration doivent se prononcer sur les propositions de Bruxelles. 

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