Bullmann appelle Weber à cesser sa croisade contre le gouvernement grec

«M. Weber ferait mieux de vérifier l’exactitude des faits qu’il avance plutôt que de spéculer sur des coups d’État financiers», estime Udo Bullmann. [European Parliament]

Selon Udo Bullmann, le Spitzenkandidat du PPE, Manfred Weber, devrait arrêter d’imaginer des « coups d’État financiers » et d’autres scénarios pour destituer le gouvernement grec d’Alexis Tsipras qui a sorti le pays de la crise.

Le 7 février, Manfred Weber avait déclaré qu’un changement de gouvernement était nécessaire en Grèce. Lors d’une visite de deux jours à Athènes, le président du groupe PPE avait rencontré le chef de file de Nouvelle Démocratie grecque, Kyriakos Mitsotakis, affilié au PPE. Les deux hommes se sont beaucoup rapprochés.  Nouvelle Démocratie a d’ailleurs été le premier parti de centre droit à nommer officiellement Manfred Weber en tant que Spitzenkandidat.

Les médias grecs ont rapporté que lors d’une conférence, le chef de groupe avait fustigé le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, pour sa position sur la crise politique vénézuélienne. La Grèce et Chypre sont en désaccord avec la majorité des États membres de l’UE, qui reconnaissent Juan Guaidó comme président légitime du Venezuela.

Toujours selon les médias locaux, Manfred Weber est allé plus loin en déclarant que s’il devenait président de la Commission européenne et que le gouvernement grec changeait, il ferait en sorte de soulager le pays financièrement. Et si le pays se dotait d’un autre gouvernement « procroissance », ses créanciers pourraient prendre d’autres mesures.

« La Grèce doit changer de gouvernement », a-t-il insisté.

Juncker rabroue Weber après ses critiques sur Tsipras

Alexis Tsipras « appartient au passé », a déclaré Manfred Weber, aussitôt contredit par Jean-Claude Juncker, qui a réaffirmé sa « confiance » dans le Premier ministre grec.

Un coup d’État financier 

« Depuis quand est-ce que le président du PPE dicte la politique économique de la zone euro ? J’invite M. Weber à revoir l’histoire récente de la Grèce », a réagi le tête de liste S&D allemand Udo Bullmann.

« Le gouvernement grec que M. Weber aimerait faire tomber est parvenu à conclure un programme d’ajustement, chose à laquelle les précédents gouvernements de Nouvelle Démocratie avaient lamentablement échoué », a-t-il ajouté. Le mouvement socialiste panhellénique (PASOK), parti frère des socialistes européens faisait alors partie de la coalition au pouvoir. « M. Weber ferait mieux de vérifier l’exactitude des faits qu’il avance plutôt que de spéculer sur un coup d’État financier ».

Quand Manfred Weber taxe Alexis Tsipras de populiste

La victoire du parti de droite grec Nouvelle démocratie sur le parti Syriza d’Alexis Tsipras aux prochaines élections montrerait que la montée des populistes en Europe n’est pas irréversible, selon le candidat du Parti populaire européen, Manfred Weber.

Candidat par « procuration »

Les propos de Manfred Weber ont été accueillis avec joie par Nouvelle Démocratie et décriés par le gouvernement Syriza qui fait partie de la gauche européenne. Selon le député européen et vice-président du Parlement européen, Dimitris Papadimoulis (Syriza), il est de plus en plus évident qu’à la veille des élections, Manfred Weber est le Spitzenkandidat « par procuration » du PPE. Dimitris Papadimoulis a déclaré que ces apparitions publiques ne faisaient que confirmer que Manfred Weber n’était pas le véritable candidat du groupe, mais un candidat « par procuration » pour la campagne préélectorale.

« Le comportement de M. Weber qui vient à Athènes pour jouer les ‘groupies’ de Kyriakos. Mitsotakis annihile toute possibilité qu’il soit élu président de la Commission », a jugé Dimitris Papadimoulis.

L’allié d’Alexis Tsipras a ajouté que Manfred Weber avait décidé de s’en prendre au gouvernement grec en jouant les Cassandre avec l’opposition alors que la Commission européenne revoyait à la hausse ses prévisions pour l’économie grecque. Dans ses prévisions économiques de l’hiver 2019, la Commission prévoit un taux de croissance de 2% pour 2018 et 2,2% pour 2019 et 2,3% pour 2020, une amélioration par rapport aux prévisions précédentes.

« La Grèce est l’un des rares pays pour lesquels les prévisions de la Commission ont été légèrement revues à la hausse », a déclaré le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, le 7 février.

Dimitris Papadimoulis a réagi amèrement aux propos de Manfred Weber, déclarant que le conservateur allemand « oubliait » de mentionner les données officielles d’Eurostat démontrant que sous Nouvelle Démocratie en 2009, la Grèce avait enregistré un déficit de 15,1% et allait droit vers la faillite. « Manfred Weber prétend que si M. Mitsotakis devient Premier ministre, le taux de chômage baissera […] il oublie encore de mentionner que sous Nouvelle Démocratie, celui-ci atteignait 27 %, contre 18 % pour le gouvernement actuel. »

L’agence de presse Athènes-Macédonienne, partenaire d’Euractiv en Grèce a demandé au porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, de commenter les déclarations de Manfred Weber. « Je m’exprime au nom du gouvernement fédéral et ne commenterai pas les déclarations des partis politiques. Nous travaillons dans un climat de confiance avec nos homologues grecs […] preuve en est la dernière visite de la Chancelière à Athènes. […] Nous sommes convaincus que cette coopération se poursuivra à l’avenir, indépendamment des résultats des prochaines élections européennes », a déclaré Steffen Seibert, qui a également souligné l’importance de l’application des accords conclus entre Athènes et l’Eurogroupe.

Antonio Tajani et le prix Nobel

Dimitris Papadimoulis a également critiqué le « silence » de Manfred Weber à l’égard de l’accord de changement de nom de la Macédoine du Nord (l’accord de Prespa) auquel la Nouvelle Démocratie grecque s’est opposée.

« Il n’a rien dit par rapport au changement de nom de la Macédoine du Nord, pourtant largement soutenu par la Commission, le Conseil et l’ensemble de l’UE », a déclaré Papadimoulis ». « Il préfère soutenir M. Mitsotakis en silence, à l’instar de Viktor Orbán, de Vladimir Poutin et de Recep Tayyip Erdoğan et contrairement aux autres leaders mondiaux ».

L’accord entre Athènes et Skopje a été salué par l’UE et les États-Unis et est largement considéré comme un exemple de stabilisation d’une région fragile.

Les dirigeants du S&D et des Verts/ALE estiment donc qu’Alexis Tsipras et son homologue macédonien, Zoran Zaev, devraient recevoir me prix Nobel de la paix.

Antonio Tajani, président du Parlement européen et membre du PPE, a assisté à la conférence à Athènes, ne partage pas cette vision. « Je n’ai pas signé l’initiative pour leur donner le prix parce que je trouve qu’il devrait revenir à quelqu’un d’autre […] Je pense que le prix doit être dédié à Helmut Kohl, et non à quelqu’un qui est encore impliqué en politique. »

Les règles du comité Nobel stipulent pourtant que le prix ne peut être accordé à titre posthume, sauf si son bénéficiaire est mort entre l’annonce de l’attribution et la cérémonie officielle, en décembre.

La Grèce, nouvel allié de la Macédoine du Nord

Après des années de conflit, la Grèce sera très certainement le premier État à ratifier le protocole d’adhésion de la Macédoine du Nord d’ici le 8 février.

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