Sécurité en Europe : Paris veut une stratégie de détente plutôt qu’un bras de fer avec Moscou

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à Paris, ce lundi (10 janvier). [BERTRAND GUAY/epa]

Les Européens veulent promouvoir une « stratégie Helsinki II » de détente pour la sécurité du continent, à l’opposé du « Yalta II » bloc contre bloc que les Russes tentent d’imposer, a déclaré mercredi (12 janvier) le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

« La Russie a proposé des fondamentaux qui ressemblent beaucoup à un retour au statu quo d’avant 1975, c’est-à-dire un format Yalta II aboutissant en fait à la résurgence des blocs, des zones d’influence », a-t-il lancé dans un entretien avec l’AFP.

« Les orientations proposées privent certains pays de leur liberté de choix et de souveraineté, d’adhérer à des alliances« , a-t-il ajouté.

La Russie demande aux Etats-Unis et à l’Otan des garanties de sécurité qui visent à reconstituer sa sphère d’influence dans l’ex-URSS et à recréer une zone tampon entre l’Alliance et son territoire en Europe de l’est et orientale.

Moscou exige notamment un engagement de l’Otan à cesser tout élargissement vers l’Est, notamment en Ukraine, et à réduire sa présence militaire dans les nouveaux Etats-membres de l’Alliance, des pays baltes à la Roumanie.

« Pour nous, c’est inacceptable », a martelé le chef de la diplomatie française, dont le pays assure depuis le 1er janvier la présidence tournante de l’UE, à l’unisson des États-Unis et des autres pays membres de l’Alliance.

Cela reviendrait de fait à un nouveau partage de l’Europe à l’image de ce qui avait été acté aux conférences de Yalta puis de Potsdam en 1945 entre les États-Unis et l’Union soviétique, les deux puissances victorieuses de la Seconde guerre mondiale.

« Face à une stratégie qui veut promouvoir un Yalta II, nous devons développer une stratégie qui voudrait promouvoir un Helsinki II, dans la logique des engagements pris en 1975 par l’ensemble des signataires des accords d’Helsinki, dont l’URSS à l’époque, prolongés par la Charte de Paris de 1990 », a ajouté Jean-Yves Le Drian.

Ces accords, signés à l’issue de la conférence d’Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe, ont consacré la détente entre Occidentaux et Soviétiques après des décennies de Guerre froide en garantissant l’inviolabilité des frontières et en permettant une plus grande circulation des personnes et des idées.

« A la manoeuvre »

La Charte de Paris pour la sécurité européenne, établie sur la base des accords d’Helsinki, a entériné la fin de la Guerre froide à l’issue de la réunification allemande en 1990 et de la chute des régimes communistes.

Les Européens doivent caler leurs position lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Brest ce jeudi et vendredi (13/14 janvier) après l’intense séquence diplomatique de la semaine entre Américains, Russes, Otan et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Que ce soit au sein de l’Alliance ou à l’OSCE, « ils prennent toute leur place » dans le dialogue avec la Russie, a insisté Jean-Yves Le Drian.

« Le fait que nous ayons été consultés par les États-Unis avant leur réunion avec les Russes, lundi à Genève et après cette première réunion, est un signe positif. Ce dialogue-là doit se poursuivre », a-t-il ajouté.

Il a aussi esquissé une reprise prochaine des discussions du groupe Normandie (Allemagne, France, Russie, Ukraine) pour le règlement du conflit ukrainien qui a fait plus de 13000 morts depuis le début du conflit entre Kiev et les séparatistes prorusses dans l’Est du pays.

« Je vois des signes de possibilité de reprise », a-t-il souligné, après une visite conjointe des conseillers diplomatiques du président français Emmanuel Macron et du chancelier allemand Olaf Scholz à Moscou puis Kiev.

La Russie boude depuis plusieurs mois ce format de discussions, qui vise à mettre en oeuvre les accords de paix de Minsk (2015) et fait référence à une première rencontre des dirigeants des quatre pays en 2014 en Normandie.

Dans toutes ces enceintes, y compris à l’OSCE où la rencontre de ce jeudi se tiendra sous présidence polonaise, « les Européens sont à la manoeuvre pour défendre leurs propres intérêts de sécurité », a assuré Jean-Yves Le Drian.

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