Les avocats de Snowden se tournent vers l’Europe pour obtenir l’asile

La Russie a octroyé l’asile à Edward Snowden jusqu’en 2020, mais le lanceur d’alerte devrait maintenant bénéficier de la protection légale des pays de l’UE, réclament ses avocats.

Les avocats d’Edward Snowden n’ont pas officiellement demandé l’asile dans un des pays de l’UE depuis que des preuves de l’espionnage massif des États-Unis ont été divulguées. Pourtant, c’est ce qu’ils souhaitent.

Selon eux, il devrait pouvoir circuler librement entre ces pays comme tout citoyen européen. Jusqu’à présent, aucun pays du bloc n’a garanti qu’il puisse y voyager en toute sécurité et sans être extradé vers les États-Unis.

1 000 ans de prison

« Ce qui l’attend aux États-Unis est contraire aux standards européens », a déclaré l’avocat berlinois d’Edward Snowden, Wolfgang Kaleck, lors d’une audition le 23 janvier au Parlement européen. Il a également souligné qu’Edward Snowden pouvait être condamné séparément pour toutes les données qu’il avait divulguées, à 1 000 ans de prison. « Nous pensons que les États membres de l’UE ont l’obligation de le soutenir », a affirmé Wolfgang Kaleck.

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Les eurodéputés ont adopté une résolution non contraignante en 2015, demandant aux pays européens de faire en sorte qu’Edward Snowden ne soit pas extradé vers les États-Unis, où il est accusé d’avoir volé et partagé des documents des services de renseignements. Des révélations qui ont mis au jour une surveillance massive des agences de renseignement américaines et provoqué un tollé aux États-Unis et en Europe.

Wolfgang Kaleck a reconnu qu’ils avaient cru qu’Edward Snowden avait une chance d’être accepté en Suède lorsqu’une délégation de politiques suédois s’était rendue à une réunion à Moscou. Mais lorsqu’Edward Snowden a voulu se rendre en toute sécurité dans le pays pour recevoir un prix sur les droits de l’Homme en 2014, le gouvernement n’a pas donné suite à sa demande. Le tribunal norvégien a rejeté une demande similaire des avocats d’Edward Snowden l’année dernière.

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« Nous ne sommes pas désespérés », a expliqué Wolfgang Kaleck, faisant référence à l’approbation de la Russie la semaine dernière pour une prolongation de la protection du lanceur d’alerte.

Wolfgang Kaleck et l’avocat d’Edward Snowden basé aux États-Unis surveillent les tendances politiques en Europe et en Amérique du Sud et préparent déjà des demandes d’asile dans l’éventualité où des responsables politiques seraient plus ouverts aux libertés civiles et au respect de la vie privée. Ils espéraient notamment que le nouveau gouvernement espagnol serait réceptif à leur appel, mais les choses n’ont pas marché comme prévu.

La Cour constitutionnelle allemande est en train d’examiner une requête qui permettrait à Edward Snowden de se rendre légalement dans le pays pour témoigner devant la commission du Bundestag chargée de traiter l’espionnage dont a été victime Berlin. Une invitation qui a provoqué des querelles entre les partis politiques.

« Les gens tournent désormais leur regard optimiste vers l’Islande », a déclaré Ben Wizner, avocat d’Edward Snowden à l’American Civil Liberties Union (l’Union américaine des libertés civiles, ACLU). En octobre dernier, le parti pirate islandais, défenseur des principes sur la vie privée, a remporté 14,5 % des voix, se positionnant ainsi troisième lors des élections parlementaires.

Pression de Trump?

À l’automne dernier, l’ACLU a commencé une campagne de pression pour pousser le président Barack Obama à gracier Edward Snowden, mais l’ONG a interrompu sa campagne au moment de l’investiture de Donald Trump vendredi dernier. En 2013, Donald Trump avait qualifié Edward Snowden de « traître » et de « menace terrible ».

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Barack Obama a quant à lui gracié Chelsea Manning, autre lanceur d’alerte du gouvernement, une semaine avant que son mandat se termine. L’ex-président a expliqué qu’il ne pouvait pas gracier Edward Snowden car celui-ci n’avait jamais été jugé.

« Vous n’avez pas besoin de condamnation pour être gracié. Le pardon n’est pas pour les gens qui n’ont pas commis de crimes, il s’applique aux personnes qui ont commis un crime », a rappelé Ben Wizner.

Après la publication des documents en 2013, accélérant la fuite d’Edward Snowden à Hong Kong puis à Moscou, les responsables du gouvernement américain auraient demandé à plusieurs pays européens d’extrader le lanceur d’alerte s’il se rendait dans leur pays. Les avocats d’Edward Snowden ont expliqué qu’il avait besoin d’avoir la garantie qu’il ne sera pas trainé aux États-Unis si le président Donald Trump fait pression sur un pays pour lui refuser l’asile.

« Par ailleurs, nous devons être doublement prudents avec le nouveau gouvernement américain désormais au pouvoir », a déclaré Ben Wizner.

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