Sous la houlette de l’Allemagne, la politique étrangère de l’UE sera souveraine et solidaire

Le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas. [EPA-EFE | Hayoung Jeon]

La souveraineté et la solidarité seront les maîtres mots de la présidence allemande de l’UE, selon le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas. L’Europe devra également se montrer plus confiante face aux États-Unis et à la Chine. Un article d’Euractiv Allemagne.

Mercredi 1er juillet, l’Allemagne succédera à la Croatie à la présidence du Conseil de l’UE et devra gérer les enjeux considérables auxquels l’Europe est confrontée en ce moment. En matière de politique étrangère, cela comprend les relations de l’UE avec les États-Unis, la Chine et l’Afrique, ainsi que la relation post-Brexit avec le Royaume-Uni.

Heiko Maas a exposé les priorités politiques de Berlin lors du discours qu’il a prononcé lundi 29 juin à l’ouverture de la réunion annuelle du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), un groupe de réflexion européen. L’Allemagne œuvrera en faveur d’une plus grande souveraineté européenne en termes de ressources, de technologie et de défense. Elle défendra aussi l’adoption d’une position plus confiante vis-à-vis de la Chine et des États-Unis.

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Face à la Chine

Pour l’UE, parler d’une seule voix à la Chine est « indispensable », selon Heiko Maas, notamment en raison de « la nécessité d’enquêter sur la pandémie et des mesures de plus en plus énergiques prises par la Chine à Hong Kong et dans son voisinage ».

Dans la bouche de Heiko Maas, ces propos peuvent être considérés comme un discours musclé.

Lorsque la Chine a annoncé en mai sa nouvelle « loi sur la sécurité nationale » à Hong Kong, qui doit renforcer l’emprise de Pékin sur l’ancienne colonie britannique, les observateurs avaient espéré que l’Allemagne prendrait position. Après tout, une rencontre avait eu lieu il y a neuf mois entre Heiko Maas et Joshua Wong, le chef de file du mouvement pro-démocratie hongkongais, au grand dam de Pékin.

Il a cependant fallu attendre une semaine pour que Berlin publie un communiqué sur la loi. Un texte « dépourvu de toute vigueur », selon le parti d’opposition libéral FDP. D’après lui, Berlin aurait dû rappeler son ambassadeur en Chine.

L’appel de Heiko Maas à une position européenne unifiée sur la Chine et les actions qu’elle mène à Hong Kong mérite donc d’être souligné. Il a également demandé que le sommet UE-Chine, qui n’a eu lieu ce mois-ci qu’en visioconférence, soit reprogrammé « pour cette raison » et « dès que possible », laissant entendre que le gouvernement pourrait y affronter la Chine.

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Propos implicites

Heiko Maas a également critiqué le fait que la Chine constitue la principale source d’approvisionnement de l’Europe en équipements médicaux essentiels. Cela montre « où il faut agir » pour que l’Europe rétablisse sa souveraineté en la matière. Parmi les autres domaines dans lesquels l’Europe doit devenir plus indépendante figurent la 5G, les technologies de stockage et d’information, la logistique, l’énergie et les ressources naturelles, a indiqué le ministre.

Le politicien a également fait des observations indirectes, qui faisaient peut-être allusion à la présence chinoise en Afrique, où Pékin se montre très actif dans l’aide au développement. Une politique qui suscite des craintes quant à l’influence croissante du pays sur le continent. Au point d’inciter, en 2018, le chancelier autrichien Sebastian Kurz (ÖVP) à déclarer que l’Europe ne devait pas « laisser l’Afrique aux Chinois ».

Heiko Maas ne s’est pas montré aussi direct, mais il a souligné que les régions les plus pauvres du monde auraient « besoin de beaucoup d’aide » et que « si nous, les démocraties, nous ne la leur apportons pas, d’autres le feront à un prix qui, à long terme, sera nettement plus élevé pour nous, mais aussi pour les autres ».

« Même sans les États-Unis »

L’Allemagne sera toujours à la tête du Conseil européen lors de l’élection présidentielle américaine, le 3 novembre. Heiko Maas a déclaré que l’une des priorités de l’Allemagne serait d’élaborer « un programme constructif avec lequel nous pourrons aborder une nouvelle administration Biden ou une deuxième administration Trump ».

Le ministre a cependant insisté sur la nécessité d’accroître la souveraineté de l’UE dans le cadre de ses relations futures avec Washington, notamment en matière de défense. « Nous devrons réfléchir à la manière de mieux contenir les conflits dans le voisinage de l’Europe, même sans les États-Unis », a-t-il relevé.

Il a souligné l’importance de finaliser les travaux sur la facilité européenne pour la paix. Imaginé par la France, ce fonds de 8 milliards d’euros, extérieur au budget septennal de l’UE, a été proposé pour la première fois par l’ancienne cheffe de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini, en 2018. Il doit permettre le financement de projets militaires et de défense dans le cadre de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC).

Cette proposition fait suite à l’annonce du retrait d’un tiers des troupes américaines stationnées en Allemagne faite par Washington et confirmée par le président Donald Trump le 16 juin.

Pour Heiko Maas, une plus grande indépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis est nécessaire, quel que soit le résultat de l’élection. De nombreux observateurs espèrent cependant qu’une victoire du démocrate Joe Biden pourrait contribuer à normaliser les relations UE-États-Unis, étant donné le soutien du candidat à l’OTAN et les positions qu’il affiche en matière de politique étrangère.

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En campagne, Joe Biden promet non seulement de « rétablir nos partenariats historiques », mais aussi de « diriger les efforts visant à les réinventer pour l’avenir ».

Des propos qui ne suffisent pas à balayer les doutes d’Heiko Maas. « Ceux qui pensent qu’avec un président du parti démocrate, tout dans le partenariat transatlantique sera comme avant, sous-estiment les changements structurels », a-t-il déclaré à l’agence de presse allemande dpa, dans une interview accordée dimanche 28 juin.

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