Spoutnik V, pas dans le radar de l’UE pour l’instant

Pour le vice-premier ministre ukrainien, Olha Stefanishyna, le vaccin russe contre le Covid-19 "représente 20 % de traitement médical et 80 % de menace et de propagande hybrides". [Esra Pekdemir/Shutterstock]

Malgré les déclarations publiques des officiels européens, il semble que la discussion sur Spoutnik V en soit encore à ses débuts à Bruxelles. « Pour l’instant, ce n’est pas vraiment sur les radar«, ont déclaré des sources de la Commission à EURACTIV.com, ajoutant que les services compétents de l’exécutif européen n’ont pas été contactés par les fabricants russes.

« Pour faire partie du programme de vaccination de l’UE, les fabricants doivent avoir des capacités de production sur le territoire de l’UE pour s’assurer de notre indépendance […] mais pour l’instant, ils sont tous produits en Russie« , ont ajouté ces sources.

La semaine dernière, le Haut Représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, s’était rendu à Moscou et avait qualifié le vaccin russe de « bien pour l’humanité« . Des sources ont cependant déclaré à EURACTIV que la question du vaccin n’avait pas vraiment été abordée, et qu’elle ne l’avait été seulement lors de la conférence de presse. « La quasi-totalité de la discussion a porté sur Navalny et les droits de l’homme, l’Ukraine et des questions plus importantes de politique étrangère« , nous ont-elles appris.

En dépit des apparences, les mêmes sources ont ajouté qu’il ne s’agit pas, en substance, d’une question politique puisqu’il faut l’aval scientifique de l’EMA pour valider le vaccin et que cela n’a « rien de politique« .

L'ambassadeur de Russie auprès de l'UE : Discuter de Navalny est inutile

Dans un entretien téléphonique accordé jeudi 11 février, l’ambassadeur de Russie auprès de l’UE, Vladimir Chizhov, évoque la récente visite du chef des affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, à Moscou, qu’il a contribué à organiser.

Avis que ne partage pas le vice-premier ministre ukrainien, Olha Stefanishyna, interviewé la semaine dernière par EURACTIV. « Pour autant que je sache, les autorités russes se sont adressées à l’Agence européenne des médicaments pour l’enregistrement de Spoutnik V. Il appartiendrait donc à vos autorités de décider », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que « nous avertissons officieusement l’UE que Spoutnik V représente 20 % de traitement médical et 80 % de menace et de propagande hybrides. » Déclaration que lui-même estime « absolument » politique.

Olha Stefanishyna se dit par ailleurs « sûr que la quantité de vaccins déjà achetés par l’UE est plus que suffisante pour garantir que chaque citoyen de l’UE, et aussi les citoyens ukrainiens, aient accès à la vaccination. »

Le vaccin russe Spoutnik V se fraye un chemin en Europe

La République tchèque envisage officiellement de commander le vaccin Spoutnik V après s’être intéressé à la stratégie vaccinale de la Serbie qui a déjà commencé son déploiement et devrait le produire d’ici la fin de l’année.

La semaine dernière, la Russie avait averti qu’elle était prête à couper ses liens avec l’UE au cas où celle-ci imposerait de nouvelles sanctions. Les relations sont à leur plus bas depuis la fin de la Guerre froide suite à l’incarcération de l’opposant russe Alexeï Navalny et le voyage infructueux à Moscou de Josep Borrell pendant lequel même la Russie avait expulsé trois diplomates européens.

Dans une entretien publiée sur le site du ministère des affaires étrangères russe, le ministre, Sergeï Lavrov, affirme que « nous sommes prêts » à couper les liens avec l’UE dans le « cas où nous verrions à nouveau des sanctions imposées dans certains secteurs qui créent des risques pour notre économie, y compris dans les sphères les plus sensibles. » Avant d’ajouter que « nous ne voulons pas nous isoler de la vie mondiale, mais nous devons être prêts pour cela. Si vous voulez la paix, alors préparez-vous à la guerre. »

Déclarations jugées de « déconcertantes et incompréhensibles » de la part d’une porte-parole du ministère allemand des affaires étrangères. Le Kremlin a pour autant offert une interprétation plus modérée des paroles de Lavrov plus tard dans la journée de vendredi (12 février). Il a déclaré que la Russie voulait développer des liens avec l’UE plutôt que de les rompre, mais que Moscou estimait qu’elle devait être prête à ce que Bruxelles prenne des mesures pour couper les liens. « Si l’UE s’engage dans cette voie, alors oui, nous devrions être prêts, car il faut être prêt pour le pire », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d’une conférence téléphonique.

Après l'échec de Borrell à Moscou, Michel veut se rendre à Kiev et Tbilissi

Alors que les législateurs européens réprimandaient le diplomate Josep Borrell pour son malheureux voyage en Russie, le président du Conseil européen Charles Michel a annoncé qu’il se rendrait en Ukraine et en Géorgie en mars.

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