Bruxelles renforce son aide au Soudan du Sud pour lutter contre la famine

L’UE a condamné la famine ravageant le Soudan du Sud et aggravée par les affrontements, tout en promettant 82 millions d’euros d’aide d’urgence au pays.

La situation de famine dans le plus jeune pays du monde – le Soudan du Sud a déclaré son indépendance du Soudan en 2011 – a officiellement été confirmée le 20 février par le gouvernement de Juba. Les agences d’aide humanitaire réclament désormais de l’aide pour gérer la crise.

Selon l’UE, 100 000 personnes sont confrontées à la famine, alors que d’autres organismes d’aide, comme Save the Children, parlent d’un chiffre encore plus élevé.

En annonçant le paquet européen d’aide d’urgence, le commissaire en charge de l’aide humanitaire et de la gestion de crise, Christos Stylianides, a réclamé un accès à la zone de conflit pour les ONG et annoncé qu’il était prêt à retourner dans la région pour faire avancer la situation.

« La tragédie humanitaire du Soudan du Sud est entièrement créée par l’homme. Une action urgente est nécessaire pour éviter que d’autres personnes ne meurent de la faim », a-t-il déclaré. « J’ai vu de mes propres yeux les conséquences de cette crise lorsque je me suis rendu au Soudan du Sud et dans les pays voisins comme l’Ouganda, et je suis prêt à retourner dans la région. »

« Il est crucial que toutes les parties permettent aux organisations humanitaires d’avoir un accès immédiat et total [aux zones de conflit] pour faire leur travail et fournir de l’aide. En fin de compte, ce n’est qu’en déposant les armes que le pays pourra se reconstruire et que les espoirs qui ont accompagné la prise d’indépendance pourront être réalisés. »

Selon l’ONG Save the Children, qui s’est appuyée sur les chiffres du système d’alerte précoce en cas de famine, quelque 4,9 millions de personnes dans le pays seront en proie à une situation de crise alimentaire, proche de la famine, entre aujourd’hui et avril.

Ce chiffre comprend un million d’enfants et devrait grimper à 5,5 millions de personnes au total d’ici à juillet.

La crise est une combinaison de mauvaises récoltes et d’affrontements sur le terrain. Depuis que le conflit a éclaté autour de Juba l’année dernière, la plupart des régions centrales et de l’est du pays, garde-manger du Soudan du Sud, ont été en proie à des affrontements.

Selon les travailleurs humanitaires sur le terrain, le conflit n’a pas seulement détruit des récoltes, mais aussi forcé les agriculteurs à fuir leur foyer, abandonnant leurs terres et leurs récoltes, rendu les routes commerciales impraticables et perturbé la distribution d’aide.

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Depuis 2013, déjà plus de trois millions de personnes ont fui vers les pays voisins, dont 9 000 enfants non accompagnés.

Pour aggraver la situation, la crise alimentaire se propage désormais à la Corne de l’Afrique, avec 14 millions de personnes à travers la Somalie, l’Éthiopie et le Kenya également affectés par de graves pénuries alimentaires et en eau – compliquant encore plus le travail des ONG.

En 2011 et 2012, près de 260 000 personnes sont mortes en Somalie lorsqu’une famine a frappé les régions du sud du pays.

Le pire des scénarios

« En plus de 30 ans de travail dans ces régions affectées, Oxfam n’a jamais été témoin d’un besoin aussi urgent », a déclaré Emma Jane Drew, chargé d’un programme au Soudan du Sud pour Oxfam.

« Les gens ont été poussés à survivre avec ce qu’ils trouvaient à manger dans les marécages – et comme c’est souvent le cas en situation de crise, les plus touchés sont les femmes et les enfants. » Emma Jane Drew est d’accord sur le fait qu’il s’agit d’une tragédie « provoquée par l’homme ».

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« La saison des pluies devrait arriver dans quelques semaines, et une fois qu’elle s’installe, les routes deviennent impraticables, ce qui signifie que des millions de personnes seront privées d’aide humanitaire », a prévenu Perry Mansfield, directeur national de World Vision au Soudan du Sud.

Les enfants, notamment ceux âgés de moins de cinq ans, sont ceux qui risquent le plus de mourir puisqu’ils supportent moins bien une malnutrition aigüe et sont plus exposés à des maladies comme la rougeole, le paludisme et le choléra, selon l’ONG Save the Children.

« Alors que la menace d’une famine plane depuis des mois au Soudan du Sud, le pire des scénarios est maintenant devenue une réalité dévastatrice dans plusieurs régions du pays. Dans les prochains mois, la famine pourrait se répandre dans d’autres parties du pays, où des millions d’enfants et de familles vulnérables risquent désormais de mourir de faim », a déclaré Pete Walsh, directeur de l’ONG au Soudan du Sud.

L’argent européen sera dépensé en aide alimentaire, santé, nutrition, eau et hygiène ainsi que pour aider les réfugiés dans les pays voisins.

Depuis le début du conflit en 2013, la Commission a mis à la disposition du Soudan du Sud 381 millions d’euros. Plus de 40 % de l’aide totale dans le pays provient de l’UE, le plus grand donateur au monde.

Selon un porte-parole, une équipe d’experts humanitaires de la Commission est basée de manière permanente au Soudan du Sud et coopère avec les organisations humanitaires, les donateurs et contrôle les dépenses.

Le Soudan du Sud est plongé dans une crise économique et dans une guerre civile depuis sa naissance tragique, il y a six ans.

Le conflit a fait des dizaines de milliers de victimes et plus de trois millions de déplacés. Dans le pays, 98 % des revenus proviennent des exportations du pétrole, qui ont chuté de plus de moitié.

Avant que le Soudan du Sud ne devienne indépendant, le pays représentait la partie sud du Soudan, et était en proie à deux guerres civiles, opposant principalement des insurgés chrétiens et animistes dans le sud au gouvernement de Khartoum dominé par des Arabes. Des millions de personnes sont mortes au cours du conflit.

L’indépendance du Soudan de la Grande-Bretagne et de l’Égypte en janvier 1956 a provoqué une première guerre dans le sud contre la domination du nord. Les accords de 1972 ont mis fin à 17 ans de conflit, et le sud s’est vu accorder une certaine autonomie.

Mais en 1983, Khartoum est revenu sur les accords, déclenchant une nouvelle guerre entre le nord et le sud. Une situation qui a ravivé le mouvement pour l’indépendance mené par John Garang et sa guérilla, l’armée populaire de libération du Soudan (SPLA).

En janvier 2005, John Garang a signé un accord de paix avec Khartoum, exemptant le sud de la charia et octroyant à la région six années d’autonomie avant un référendum sur l’indépendance.

John Garang a été tué lors d’un crash d’hélicoptère en juillet 2005. Son successeur en tant que dirigeant du sud du Soudan est Salva Kiir.

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud a proclamé son indépendance, six mois après avoir voté à presque 99 % la sécession avec le nord. Salva Kiir est devenu le premier président du pays.

La communauté internationale, menée par les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Union européenne, ainsi que le Soudan, ont rapidement reconnu le nouvel État africain.

Salva Kiir et son ancien vice-président, Riek Machar, ont été liés par une cause commune durant la rébellion contre Khartoum avant l’indépendance, mais aussi par des rivalités politiques et ethniques.

Durant la seconde guerre civile soudanaise, Riek Machar, de l’ethnie des Nuer, a rejoint les rebelles du sud de la SPLA, qui était jusqu’alors principalement constituée de la tribu Dinka de Salva Kiir.

Riek Machar s’est opposé à John Garang et ses alliés, y compris Salva Kiir, et a créé un groupe rival qui s’est lui-même allié avec Khartoum, avant de réintégrer la SPLA au début des années 2000.

Salva Kiir l’a nommé vice-président, d’abord en 2005 dans la région semi-autonome du Soudan du Sud, puis en juillet 2011 lorsque le Sud a gagné son indépendance.

En décembre 2013, le pays a sombré dans une nouvelle guerre civile lorsque des affrontements ont éclaté au sein de l’armée nationale, déclenchée notamment par les rivalités entre Salva Kiir et Riek Machar.

Un accord de paix en aout 2015 a été laissé en lambeaux lorsque des combats ont éclaté à Juba en juillet de l’année dernière. En 2016, les Nations unies ont mis en garde contre un potentiel génocide et nettoyage ethnique, et ont pointé du doigt les violences sexuelles et ethniques ravageant le pays.

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