Le Conseil s’interroge sur la campagne électorale turque dans l’UE

Recep Tayyip Erdoğan et sa femme, Emine, lors d'une visite à Strasbourg. [Reuters]

La campagne électorale turque a dépassé les frontières du pays pour atteindre la diaspora résident en Allemagne ou en Autriche. Une ingérence dont les chefs d’Etats européens doivent discuter lors du sommet.

Le 16 avril, les citoyens turcs devront décider d’élargir ou non les pouvoirs du président, Recep Tayyip Erdoğan, qui souhaite notamment pouvoir rédiger des décrets, déclarer l’état d’urgence et dissoudre le parlement en cas de crise.

Ankara tente donc de convaincre la diaspora turque vivant dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne où résident trois millions d’électeurs turques potentiels, de soutenir Recep Tayyip Erdoğan.

La Turquie balaie les critiques de l'UE au sujet des purges

Les remontrances de l’Union européenne passent mal auprès de la Turquie, après les purges de masse auxquelles se livre Ankara depuis le putsch raté en juillet 2016. Le ministre turc des Affaires européennes Ömer Çelik jugeant même « racistes » certaines prises de positions européennes. Un article de notre partenaire, Ouest France.

Pour Christian Kern, le chancelier autrichien, les personnalités politiques turques ne devraient pas être autorisées à faire campagne dans l’UE. Il a donc salué la décision de plusieurs villes allemandes d’annuler des événements prévus dans le cadre de la campagne turque. Une mesure qui n’a évidemment pas plu au président turc, qui a déclenché un tollé en Allemagne en l’assimilant à des « pratiques nazies ».

Selon les sources d’Euractiv,  la question de « l’activisme électoral turc » sera donc discutée par les dirigeants européens le 9 mars lors du sommet à Bruxelles.

Juncker accuse Erdogan de surréagir à une chanson satirique allemande

La décision d’Ankara de convoquer l’ambassadeur allemand à cause d’une chanson diffusée sur la télé allemande est contraire aux valeurs démocratiques selon la Commission européenne.

Mobiliser la diaspora

Ce n’est pas la première fois que Recep Tayyip Erdoğan tente de mobiliser la diaspora turque. Ankara est particulièrement active en Bulgarie, où elle ne s’adresse pas uniquement aux citoyens turcs travaillant dans le pays, mais aussi aux Bulgares d’ethnie turque, installés là depuis l’époque de l’empire ottoman.

Le 26 mars, des élections parlementaires anticipées auront lieu en Bulgarie. Ankara fait ouvertement campagne pour DOST (« ami » en turc), un tout nouveau parti mené par Lyutvi Mestan, qui dirigeait jusque-là le mouvement pour les droits et les libertés (DPS), représentant traditionnel des Bulgares turcophones.

Lyutvi Mestan a quitté le DPS dans des circonstances floues en décembre et s’est réfugié à l’ambassade turque de Sofia. Bien qu’il milite pour les droits de l’ethnie turque en Bulgarie, le mouvement a toujours gardé ses distances vis-à-vis d’Ankara. Lyutvi Mestan a ensuite créé DOST avec le soutien de la Turquie. Selon la presse bulgare, les ministres turcs appellent ouvertement les électeurs bulgares à voter pour le nouveau parti.

Binationaux

Le ministre turc du Travail, Mehmet Müezzinoğlu, a ainsi promis que les binationaux dont les papiers n’étaient pas en ordre ne seraient pas pénalisés à leur retour en Turquie s’ils allaient voter en Bulgarie. « Nous devons soutenir le DOST, afin que les Turcs aient plus de possibilités [en Bulgarie] », a-t-il affirmé.

Le 7 mars, le ministère des Affaires étrangères bulgare a convoqué l’ambassadeur turc pour protester contre l’engagement d’Ankara dans les élections parlementaires. Le Conseil des médias électroniques, une entité publique de contrôle des contenus radio et télévisés, a pour sa part saisi la commission électorale, dénonçant des vidéos du DOST dans lesquelles apparait l’ambassadeur.

Officiellement, les partis fondés sur l’origine ethniques sont interdits en Bulgarie, mais l’establishment politique a jusqu’ici évité de créer la polémique en s’attaquant à la représentation politique des citoyens turcophones, qui représentent environ 9% de la population.

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Des ONG et des journalistes bulgares, ainsi que l’un des partis minoritaires de la coalition du gouvernement de Boyko Borissov, ont exprimé leur désarroi concernant l’extradition d’un partisan de Fetullah Gülen, le prêtre exilé aux États-Unis qu’Ankara accuse d’être l’instigateur du putsch du 15 juillet.

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