Les relations commerciales UE-Afrique, en proie à des tensions

Les relations commerciales seront vraisemblablement au cœur du « partenariat stratégique » tant attendu entre l’UE et l’Afrique, mais seulement si les tensions entre les deux parties concernant, entre autres, le contenu et la forme du prochain accord commercial peuvent être résolues.

Les relations commerciales seront vraisemblablement au cœur du « partenariat stratégique » tant attendu entre l’UE et l’Afrique, mais seulement si les tensions entre les deux parties concernant, entre autres, le contenu et la forme du prochain accord commercial peuvent être résolues.

Le sommet entre l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE), initialement prévu mi-octobre, a été reporté à 2021, pandémie mondiale oblige. Néanmoins, les tensions couvent entre les deux continents en raison des différends sur leur prochaine entente commerciale.

Du côté africain, il semblerait que les autorités impliquées dans le dossier souhaitent que l’accord s’axe sur la capacité du continent à développer les entreprises locales et le potentiel de production afin d’exporter des produits à haute valeur ajoutée et non des matières premières.

« Nous espérons que ce nouveau partenariat créera de nouvelles chaînes de valeur à l’échelle mondiale pour augmenter les exportations des produits finis », a déclaré la ministre de l’Industrie et du Commerce du Botswana, Peggy Serame, soulignant que l’Afrique subsaharienne exportait en majeure partie de la matière première vers l’UE plutôt que des produits finis.

« Nous devons examiner notre capacité de production pour prendre des mesures afin d’améliorer notre compétitivité, mais bien entendu nous pouvons travailler avec l’UE de différentes façons. Le bloc peut nous encourager et nous aider à développer notre propre capacité locale de production », a-t-elle soutenu.

Les ministres africains devraient également appeler à la création de nouveaux instruments visant à stimuler les investissements dans les infrastructures correspondantes et à améliorer l’accès aux fonds européens existants, tels que le programme d’investissement extérieur (PIE) et les aides de la Banque européenne d’investissement (BEI).

Mme Serame a indiqué que dans le cas du Botswana, les relations commerciales avec l’UE peuvent être améliorées par le biais de l’accord de partenariat économique (APE) entre le navire européen et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA) – le seul accord commercial européen avec un bloc régional africain à avoir été ratifié sans réserve et pleinement mis en œuvre.

La nouvelle stratégie entre l’Afrique et l'UE doit renforcer les relations commerciales

L’Union européenne et l’Union africaine devraient utiliser le nouveau « partenariat stratégique » pour renforcer leurs relations commerciales.

« Je ne réécrirais pas complètement l’accord », a-t-elle déclaré.

 « Bruxelles mettra en exergue le fait que nous bénéficions des meilleures conditions au monde, par rapport à ce que le bloc offre habituellement, mais nous savons qu’il y a encore certains domaines dans lesquels nous pourrions nous engager davantage afin de déceler de nouvelles opportunités. J’encouragerais les pays qui ne jouissent toujours pas d’accord à en conclure un avec l’UE dans le but d’œuvrer au bon déroulement du partenariat [intercontinental] », a-t-elle poursuivi.

Le développement d’APE entre les deux géants semble s’être enlisé ces dernières années. Les pays africains les moins avancés bénéficient d’un accès en franchise douanière au marché européen avec ou sans les APE, tandis que les pays plus riches déplorent que les conditions de ces accords les empêchent de protéger les industries locales et de renforcer la capacité pour exporter les produits finis.

La chancelière allemande Angela Merkel a laissé entendre que certains des accords entre l’UE et l’Afrique pourraient faire l’objet de nouvelles négociations afin d’y inclure davantage de conditions commerciales préférentielles.

Des tensions semblables ont émergé entre les blocs commerciaux régionaux africains et les États-Unis d’Amérique concernant la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA), qui exclut l’imposition de droits de douane sur de nombreuses exportations américaines vers l’Afrique.

Tandis que 54 pays africains se sont entendus pour créer une zone de libre-échange continentale, des sources impliquées dans les pourparlers entre l’UE et l’UA ont suggéré que Bruxelles insistait pour que l’accord entre les deux parties demeure axé sur les accords de partenariats économiques.

Lors d’un évènement organisé par Euractiv le mois dernier, un représentant de la Commission européenne a avancé que la zone de libre-échange continentale africaine (ACFTA) devrait respecter le Pacte vert pour l’Europe, qui propose un plan d’action visant à mobiliser 1 000 milliards d’euros sur 10 ans afin de parvenir à la neutralité carbone dans l’UE d’ici à 2050.

Les gouvernements africains craignent désormais que la proposition de l’UE d’introduire une taxe carbone aux frontières pour financer les budgets futurs de l’UE ne les touche également. Une chose est claire : de nombreux pays africains ne pourront probablement pas passer au vert aussi rapidement que leurs homologues européens.

Le Covid-19 entrave la stratégie de l’UE avec l’Afrique

Les discussions sur un nouveau partenariat UE-Afrique s’enlisent en raison du SARS-CoV-2, a admis le responsable des affaires étrangères de l’UE, Josep Borrell, lundi (21 septembre), alors qu’un sommet crucial entre les deux parties a été reporté à 2021.

Parallèlement, les troubles dans les chaînes d’approvisionnement et activités commerciales régionales engendrés par la pandémie de Covid-19 ont poussé plusieurs pays africains à prioriser la production industrielle locale, notamment dans l’agriculture, afin de garantir la sécurité alimentaire.

« Nos chaînes d’approvisionnement ont été confrontées à de graves perturbations, si bien que nous avons mis en place plusieurs procédures pour nous protéger contre la propagation du virus. Les flux de marchandises au Botswana en ont subi les répercussions », a expliqué la ministre de l’Industrie.

« Nous avons également vu que le secteur privé a rapidement identifié de nouvelles opportunités. En effet, de plus en plus de sociétés s’intéressent désormais à la production alimentaire », a renchéri Mme Serame.

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