Le Kremlin compte influencer les élections en Europe

Après l’élection de Donald Trump, le Kremlin veut lancer un campagne d’influence auprès des électeurs européns, notamment en France et en l’Allemagne, selon un opposant à Vladimir Poutine.

L’objectif ultime de Vladimir Poutine est de détruire l’UE, a déclaré Ilya Yashin, un activiste russe et politique libéral. Selon lui, le point de vue de Poutine est que l’Europe devrait être constituée de pays hétérogènes et divisés, occupés par leurs problèmes nationaux et incapables d’adopter des positions communes pour contrecarrer l’influence grandissante de Moscou sur la scène internationale.

Le Kremlin n’a qu’une idée en tête : placer des amis au pouvoir en Ukraine, a commenté Ilya Yashin avant d’ajouter que les mêmes méthodes d’agression hybride étaient employées par Moscou pour influencer l’opinion publique dans des pays européens clés. Ilya Yashin a fait référence aux Pays-Bas, à la France, à l’Allemagne et à la République tchèque.

>> Lire : 2017, un tournant pour les démocraties libérales

En effet, le 15 mars, les Néerlandais se rendront aux urnes pour faire entrer un nouveau gouvernement, un nouveau Premier ministre et gouvernement.

En France, le premier tour des élections présidentielles est le 23 avril, suivi du second tour le 7 mai. L’Allemagne organisera quant à elle des élections fédérales pour élire les membres du Bundestag à l’automne, mais la date n’a pas encore été arrêtée. Enfin, les législatives tchèques se tiendront en octobre.

Menaces hybrides

Les responsables russes rejettent l’idée selon laquelle leur pays cherche à diviser l’UE.

Le 16 janvier, des sources européennes ont toutefois informé des journalistes de l’inquiétude croissante émanant des « menaces hybrides » en provenance de la Russie et des tentatives du pays de « déstabiliser le processus démocratique » ou d’« attaquer des infrastructures critiques » dans certains pays européens. Ces menaces vont du simple espionnage aux opérations de cybercriminalité « pouvant avoir divers objectifs », a indiqué le responsable européen sous couvert d’anonymat, citant notamment des « objectifs commerciaux et politiques ».

La stratégie de l’UE pour la cybersécurité « doit être mise à jour » pour répondre à de telles menaces hybrides, a ajouté le responsable européen. Il a rappelé que l’Estonie prévoyait de se concentrer sur la cybersécurité lorsqu’elle prendra les rênes de la présidence tournante de l’UE, lors du second semestre. Cela passera par la coordination d’un exercice pan-européen sur la cybersécurité, a-t-il déclaré, rappelant que la réponse européenne s’appuiera sur une communication de la Commission européenne sur les menaces hybrides, présentée en avril de l’année dernière.

Pour Ilya Yashin, qui s’est entretenu avec EURACTIV le 17 janvier, l’Europe devrait développer des moyens de contrer les attaques hybrides. Selon lui, un mécanisme clé pourrait être les sanctions personnelles : non pas des sanctions sectorielles contre l’économie européenne, mais des sanctions contre des individus, basées sur la responsabilité personnelle des personnes impliquées dans ce conflit.

L’activiste russe a expliqué que de telles sanctions personnelles ne devaient pas seulement concerner les fonctionnaires, les responsables de l’application de la loi, les oligarques, mais aussi les membres actifs de la propagande russe.

« Il n’est pas normal qu’aujourd’hui à la télévision russe on entende que les États-Unis devraient être réduits en cendres à coup de bombe nucléaire [propos tenus par le responsable d’une agence de presse russe, Dmitry Kiselyov, en 2014], et qu’une semaine plus tard, cette même personne parte en vacances à Miami et y ouvre un compte en banque », a commenté Ilya Yashin.

Reprise de l’espace post-soviétique

Vladimir Poutine veut reprendre le contrôle agressif sur l’espace post-soviétique au moins », a déclaré l’activiste, ajoutant que le président russe ferait son possible pour rétablir cette zone d’influence du Kremlin, y compris avec les pays européens.

Interrogé sur ce que l’UE pourrait faire, Ilya Yashin a déclaré que le plus important était que l’UE préserve son unité, et ne fasse aucun compromis sur l’Ukraine. Selon lui, Vladimir Poutine et Donald Trump ne concluront pas un nouvel accord de Yalta. La conférence de Yalta en février 1945 a mené à la division de l’Europe post-guerre en des zones d’influence et a ouvert la voie à la Guerre froide.

Donald Trump ne pourrait pas prendre cette décision à lui seul, a-t-il estimé, puisque le gouvernement américain ne le laisserait pas faire.

« Pires que des prostitués »

Le politique russe a également parlé de la fabrication de « kompromats », mot russe désignant des informations compromettantes créées de toutes pièces, par le Kremlin contre des opposants politiques et des responsables étrangers. Selon lui, face à de tels kompromats, Donald Trump ne risque rien, puisqu’il est désormais immunisé à ce genre d’attaques.

Le 17 janvier, Vladimir Poutine a déclaré que ceux qui avaient commandité un faux rapport sur les prétendus dossiers compromettants de Moscou sur Donald Trump étaient « pires que des prostitués ». Le président russe a rejeté l’information selon laquelle Donald Trump aurait passé la nuit avec des prostitués russes à Moscou.

>> Lire : L’auteur du rapport Trump a aussi enquêté sur Georgieva

Vladimir Poutine a rappelé qu’il s’agissait « d’un adulte, de quelqu’un qui a organisé toute sa vie des concours de beauté, et qui a fréquenté les plus belles femmes au monde. Vous savez, je peux difficilement m’imaginer qu’il a couru à l’hôtel pour rencontrer ces filles à la conscience sociale réduite, même si bien sûr, ce sont les meilleures au monde », a déclaré Vladimir Poutine, ajoutant « je doute que ce soit le genre de Trump ».

Vladimir Poutine a tenu ces propos après une rencontre avec le président moldave Igor Dodon. Ce dernier a annoncé qu’il appellerait à l’annulation de l’accord d’association entre son pays et l’UE, et qu’il préparerait les documents pour rejoindre l’Union économique eurasiatique, menée par Moscou.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.